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(2006) Volume XI, 1

Note du rédacteur

C’est avec des sentiments divers que j’assume ce poste de rédacteur en chef des Cahiers du dix-septième : de gratitude, tout d’abord et inévitablement, envers Francis Assaf de m’avoir confié cette responsabilité; de soulagement aussi d’avoir deux collègues aussi compétents que possible en Rose Pruiksma pour la gestion électronique et la mise en page et en Andrew Wallis pour les comptes-rendus; de reconnaissance envers mon prédécesseur John Boitano, qui a mis en état de publication trois numéros de cette revue. Ces sentiments-là relèvent sans doute plutôt de l’ordinaire. Ce qui me semble bien en sortir, par contre, c’est la perspective excitante de pouvoir réaliser enfin - plus systématiquement qu’au passé — la possibilité qui fut la raison d’être originale de la revue : celle d’une revue dix-septiémiste vraiment pluridisciplinaire.

C’est à ce titre que, avant d’accepter l’appel de Francis de reprendre les fonctions de rédacteur, je me suis posé la question : comment réaliser cette possibilité? Il m’est venu à l’esprit deux idées principales : tout d’abord, d’inviter des experts d’autres disciplines, ainsi que ceux de notre discipline principale, qui y ajoutent des compétences reconnues en des disciplines annexes - de mettre sur pied des numéros spéciaux orientés sur des questions qui ne peuvent se traiter qu’en ayant trait à des champs de savoir multiples. C’est ainsi que j’ai fait appel à John Powell, musicologue spécialiste de Charpentier, dont les travaux me sont précieux depuis près de vingt ans maintenant, avec Rose Pruiksma, musicologue elle aussi et experte dans notre dix-septième français, à lancer l’appel d’un numéro consacré à des questions musicales : champ qui a reçu peu d’attention dans les revues dix-septiémistes,pour des raisons aussi compréhensibles que regrettables. Puis, à Abbey Zanger pour monter un numéro centré sur des questions relatives aux rapports entres les sexes et, plus généralement, à la sexualité. Il s’agit là seulement de thèmes initiaux; à tous les lecteurs d’en proposer d’autres. Autant dire que, tout comme le site web en construction pour la SE-17, confié à Guy Spielmann, la revue se veut une entreprise de participation de la part des lecteurs, autant qu’une de publication.

Une autre idée m’avait poussé à accepter l’offre de Francis. Au colloque de la NASSCFL en Caroline du sud en avril 2005, j’ai noté un certain écart entre les générations, si bien que des chercheurs près du début de leur carrière risquaient de se faire oublier de ceux qui avaient fait plus de chemin. Je me presse d’en excepter entièrement de cette remarque Buford Norman, qui précisément avait accueilli tant de ces jeunes chercheurs « chez lui ». Ce « generation gap » me semble pourtant réel, actuel. L’autre face de cet écart, c’est que les idées des dix-septiémistes retraités, mûries de décennies de réflexion et d’expérience, peuvent nous rester précieuses. Comment en profiter et aussi réduire cet écart? J’ai cru bon de faire appel à un certain nombre de dix-septiémistes distingués pour contribuer leurs points de vue sur la profession de manière informelle, dans des morceaux en quelque sorte « op-ed » qui pourront, j’espère, inspirer et/ou aiguillonner nos efforts, en tout cas donner à réfléchir et à suggérer des avenues de recherche ou de pratique non encore exploitées. Dans un monde qui change d’une vitesse impossible à concevoir pour bien des générations antérieures, les questions centrales de notre discipline changent aussi, même si elles n’en ont peut-être pas trop l’apparence. Judd Hubert nous honore avec la première communication de cet ordre. Dans le passé, l’idéal de pluridisciplinarité butait contre des limites financières (le coût de reproduction des tableaux, des partitions musicales, etc.); maintenant, avec le développement de la technologie internet, nos moyens de reproduction s’élargissent de manière que seul Pascal au dix-septième, peut-être, aurait pu le concevoir. Un autre but s’est donc vite esquissé : profiter des possibilités neuves que nous présente la technologie actuelle, pour rétablir la revue principalement en forme numérisée, quitte à offrir une version imprimée à ceux qui la préféreraient, notamment aux institutions. L’idéal interdisciplinaire s’est vu parfois ternir par manque de maîtrise adéquate des disciplines variées en question; nous tenons également à éviter cet écueil avec la création d’un conseil éditorial et des lecteurs à la hauteur, prêts à appliquer tous les savoirs nécessaires à ce genre de travail. Le conseil devra s’établir d’ici le prochain numéro, prévu pour le printemps 2007.

C’est sur ce double axe d’interdisciplinarité sérieuse et d’intergénérationalité — une position qui peut aussi se reformuler en termes dûs au très-regretté Wolfgang Leiner, « ouverture et dialogue » — que ce volume des Cahiers paraît, avec une orientation quelque peu différente à l’intérieur. La rédaction s’intéresse vivement à vos points de vue, ainsi qu’à vos contributions éventuelles. Bienvenu aux nouveaux Cahiers du Dix-septième.

Stephen H. Fleck

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