Login | Join/Renew

Calls for Papers/Contributions

Appel à communications: Canards, occasionnels, éphémères : « information » et infralittérature en France à l’aube des temps modernes

Submitted by ccarlin on 21 November 2017 - 8:57pm

CÉRÉdI-Université de Rouen, 19-21 septembre 2018

organisé par Rafael Viegas (Unicamp, São Paulo),  Silvia Liebel (Université Fédérale de Minas Gerais) et Jean-Claude Arnould (CÉRÉdI, Université de Rouen)

 

Un large éventail de publications mineures des XVIe et XVIIe siècles est longtemps resté à l’écart des préoccupations des spécialistes de la littérature de cette époque. Les occasionnels, auxquels un collectionneur ou un commentateur pouvaient parfois accorder un regard passager, ont fini par capter l’intérêt d’abord des historiens du livre, puis grâce à leur apport, de quelques spécialistes de la littérature narrative ; si les “canards criminels” et la Bibliothèque bleue ont pu trouver leur place dans la recherche universitaire, une grande variété de publications occasionnelles reste encore à explorer, et c’est le dessein de ce colloque.

Les livrets de faits divers que nous connaissons aujourd’hui sous cette appellation de “canards” font partie d’une très vaste production qui commence avec l’imprimé et florit jusqu’à l’apparition de la presse périodique. Immergés dans les collections anciennes  puis dans nos fonds publics, ces textes, dans toute leur variété thématique, sont définis  par deux traits essentiels : le caractère occasionnel de la publication et le format éditorial réduit. Cette formule éditoriale à succès prend la forme d’almanachs, de calendriers, de feuilles volantes parfois illustrées, de livrets constituant un riche arsenal à la disposition des chercheurs et chercheuses.

À partir des travaux fondateurs de Jean-Pierre Seguin, auteur du premier recensement systématique quoique volontairement non exhaustif, suivi par le Répertoire Sud-Est de la France, enrichis des réflexions d’historiens du livre tels que Roger Chartier et Henri-Jean Martin, ont pu émerger de rares thèses de doctorat et quelques contributions ponctuelles intégrées dans des recueils non spécialisés. Le but de notre colloque est donc de réunir historiens, historiens du livre, littéraires et plus largement tout spécialiste intéressé par la question afin de procurer un ouvrage d’ensemble qui étudiera cet objet éditorial et textuel sous les divers angles permettant de rendre compte de ses modalités de production et de réception :

- histoire du livre et histoire éditoriale comprenant aussi bien les dimensions commerciale, technique, graphique et iconographique

- thématiques littéraires, problématiques sociales, idéologiques, historiques

- conditions de lecture, rapport avec l’information et le quotidien

- questions formelles (les canards sont-ils une « forme simple »?), insertion dans le paysage “littéraire” contemporain, etc.

Les contributions porteront sur les productions en langue française, et de préférence sur l’ensemble du corpus ou des parties de celui-ci, mais pourront également se présenter comme des études de cas et ne devront pas s’interdire, loin de là, des comparaisons avec les genres littéraires connexes ni les productions en d’autres langues européennes (chapbooks et broadsides, Fluglätter et Volksbücher, pliegos et relaciones de sucesoetc.).

Le colloque se déroulera à l’Université de Rouen, Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter du 18 au 21 septembre 2018 et sera publié en ligne sur le site du CEREdI ; outre la rapidité de publication, cette formule offrira l’avantage de ne pas limiter l’ampleur nécessaire des textes mais aussi d’insérer autant que de besoin des liens et des images (sous réserve que l’auteur en ait obtenu formellement les droits de publication numérique).

Les personnes intéressées qui auraient des difficultés d’accès aux originaux pourront obtenir des organisateurs communication d’une partie du corpus, sous forme de fichier numérisé ou papier.

 

Les propositions de communication doivent être adressées à Jean-Claude Arnould, jean-claude.arnould@univ-rouen.fr

 

Bibliographie indicative (chronologique)

Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, L’Apparition du livre, Paris, Albin Michel, 1958.

Jean-Pierre Seguin, L’Information en France avant le périodique. 517 canards imprimés entre 1529 et 1631, Paris, Maisonneuve et Larose, 1964.

Annie Parent, Les Métiers du livre à Paris au XVIe siècle (1535-1560), Genève, Droz, 1974.

Denis Pallier, Recherches sur l'imprimerie à Paris pendant la Ligue (1585-1594), Genève, Droz, 1976.

Roger Chartier et Henri-Jean Martin, Histoire de l’édition française, t. I,  Le Livre conquérant. Du Moyen Âge au milieu du XVIIe siècle, Paris, Fayard, 1982.

Livres populaires du XVIe siècle. Répertoire sud-est de la France, sous la dir. de Guy Demerson, Paris, Editions du CNRS, 1986.

Roger Chartier, « La pendue miraculeusement sauvée. Étude d’un occasionnel », Les Usages de l’imprimé (XVe-XIXe siècle), Paris, Fayard, 1987.

Maurice Lever, Canards sanglants. Naissance du fait divers, Paris, Fayard, 1993.

Jean-Claude Arnould, « Canards criminels des XVIe et XVIIe siècles : le fait divers et l'ordre du monde (1570 - 1630) », Tourments, doutes et ruptures dans l'Europe des XVIe et XVIIe siècles, Paris, Champion, 1995, p. 149-161.

Henri-Jean Martin, Histoire et pouvoirs de l’écrit, Paris, Albin Michel, 1996.

Nicolas Petit, L’éphémère, l’occasionnel et le non livre à la bibliothèque Sainte-Geneviève (XVe-XVIIIe siècles), Paris, Klincksieck, 1997.

Denis Crouzet, « Sur la signification eschatologique des ‘canards’ (France, fin XVe-milieu XVIe siècle) », in Rumeurs et nouvelles au temps de la Renaissance, éd. M. T. Jones-Davies, Paris, Klincksieck, 1997, p. 25-42.

Geneviève Guilleminot-Chrétien, « Les canards du XVIe siècle et leurs éditeurs à Paris et à Lyon », in Rumeurs et nouvelles au temps de la Renaissance, éd. M. T. Jones-Davies, Paris, Klincksieck, 1997, p. 48-49.

Histoire de la lecture dans le monde occidental, ss la dir. de Guglielmo Cavallo et Roger Chartier, Paris, Editions du Seuil, 1997.

Annie Parent-Charon, « Canards du Sud-Ouest (1560-1630) », in Albineana, Cahiers d'Aubigné, n° 9, 1998, p. 99-109.

Lise Andries, La Bibliothèque bleue. Littérature de colportage, Paris, Robert Laffont, 2003.

Christian Biet (dir.), Théâtre de la cruauté et récits sanglants en France (XVIe-XVIIe siècles), Paris, R. Laffont, 2006.

Jean-Claude Arnould, « Les canards criminels, ou le procès escamoté », Littérature et droit, du Moyen Âge à la période baroque : le procès exemplaire, Paris, Champion, 2008, p. 91-113.

Jean-Claude Arnould, « Le juge et le criminel dans les ‘canards’ (1574-1610) », in Juges et criminels dans la narration brève du XVIe siècle, 2010,http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?le-juge-et-le-criminel-dans-les.html

Silvia Liebel, Les Médées modernes. La cruauté féminine d’après les canards imprimés (1574-1651), Presses Universitaires de Rennes, 2013.

Martin Martial, « L'‘information internationale’ dans les occasionnels et les libelles des guerres de religion », Le Temps des médias, 2013, 1, n° 20, p. 9-21.

Rafael Viegas, « Cristeman, o Terrível: um fait divers do século XVI », Alea. Estudos Neolatinos, 16.2, 2014, p. 362-385.

Silvia Liebel, « Ingratas e pérfidas Medeias ! Infanticídio e normatização da sexualidade feminina na literatura de rua francesa dos séculos XVI e XVII », Topoi, Rio de Janeiro, v. 16, n. 30, 2015, p. 182-202.

Frank Greiner dans « Des canards aux romans : la mise en fiction du « fait divers » dans la littérature française des XVIe-XVIIe siècles », Du labyrinthe à la toile / Dal labirinto alla rete, Publifarum, n° 26, Università di Genova, 2016, http://publifarum.farum.it/ezine_articles.php?id=383

Silvia Liebel, « Os canards e a literatura de rua na França moderna », in Possibilidades de pesquisa em História, São Paulo, Contexto, 2017.

Silvia Liebel, Les canards, The Literary Encyclopedia. 22 August 2017. [http://www.litencyc.com/php/stopics.php?rec=true&UID=19449]

Silvia Liebel, « 17th century French street literature », The Literary Encyclopedia. 16 May 2017. [http://www.litencyc.com/php/stopics.php?rec=true&UID=19450]

 
Source: H-France

Appel à communications: "La transmission des savoirs"

Submitted by ccarlin on 12 November 2017 - 8:29pm

Inscrivez-vous au prochain congrès du CTHS !

"La transmission des savoirs"

Mesdames, Messieurs,

Les inscriptions au 143e congrès qui se tiendra sur le thème de la transmission des savoirs du 23 au 27 avril 2018 à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO-Paris 13e) sont ouvertes.

Il est encore temps de proposer une communication, la date limite de réception des propositions de communications est reportée au vendredi 17 novembre 2017.

Vous trouverez ci-joint le texte intégral de l'appel à communication, son résumé et une fiche d'inscription.

Inscrivez-vous directement en ligne sur le site du CTHS ou envoyez par courrier électronique  le bulletin à télécharger à congres@cths.fr

Pour assister au congrès en tant qu'auditeur, les inscriptions sont possibles jusqu'au dernier jour du congrès.

Nous vous rappelons que des bourses d'aide au déplacement sont proposées aux doctorants sous conditions de ressources.

Bien cordialement

Francine Fourmaux, chargée de l'organisation du congrès national des sociétés historiques et scientifiques

Christophe Marion, Délégué général du CTHS

 

Le secrétariat du congrès est fermé le jeudi.

CTHS - Congrès - 110 rue de Grenelle 

75357 Paris cedex 07

 

Découvrez le site du CTHS

Règlement du Congrès

S'inscrire !

En savoir plus sur le Congrès

 

La BNF et Gallica vous aident à traiter le thème du congrès grâce à cette bibliographie sélective

Source: H-France

 

Appel à communications: Le pouvoir dans les marges du livre, XVIe-XVIIIe siècles

Submitted by ccarlin on 31 October 2017 - 9:04pm

12-13 octobre 2018, Université d’Artois (Arras)

Propositions: avant le 15 janvier 2018

 

Sous l’Ancien Régime, l’éloge du pouvoir se déploie de manière privilégiée dans les marges des textes, des images et des spectacles : prologues, dédicaces, textes introductifs, privilèges, clés, etc. Ces textes disent la gloire du roi, de sa famille ou des grandes figures de pouvoir, offrent le livre à un puissant, l’autorisent depuis une position de pouvoir, ou programment sa lecture dans une perspective politique. Ce sont ces marges, souvent négligées, peu lues et peu commentées, que nous souhaitons prendre comme objet d’étude, à partir de l’apparent paradoxe que constitue leur investissement massif par l’écriture du pouvoir : situer le pouvoir dans les marges, est-ce marginaliser le politique ?

 

Les études sur les relations entre le pouvoir et les arts sous l’Ancien Régime et sur l’imaginaire monarchique du pouvoir abondent (L. Marin, Le Portrait du roi, Paris, Éditions de Minuit, 1981 ; P. Burke, The Fabrication of Louis XIV, Yale, Yale University Press, 1992 ; G. Sabatier, Le Prince et les arts. Stratégies figuratives de la monarchie française de la Renaissance aux Lumières, Paris, Champ-Vallon, 2010…). Elles se sont intéressées à la rhétorique de l’éloge, aux topiques de l’écriture du pouvoir et à ses genres privilégiés. La figure de Louis XIV et la politique de la gloire orchestrée autour d’elle ont fait l’objet d’un intérêt tout particulier. Récemment, l’anniversaire de la mort de Louis XIV a encore suscité de nombreuses publications associant études littéraires, histoire culturelle et histoire de l’art (E. Suire et B. Ringot, « Le tricentenaire de la mort de Louis XIV, un bilan historiographique fécond ? (I et II) », Revue Dix-septième siècle, 212 et 213, 2016 /3 et 4). Ces travaux se sont cependant peu intéressés aux écritures marginales du pouvoir et aux enjeux de leur position dans le livre.

 

La notion de « paratexte » introduite par Gérard Genette dans Seuils en 1987 a pourtant mis en lumière l’intérêt de ces textes marginaux. Si Genette s’est surtout intéressé aux plus « littéraires » des éléments paratextuels, à commencer par les préfaces, et aux ouvrages des XIXe et XXe siècles, l’histoire du livre s’est rapidement emparée de la notion pour l’appliquer à des périodes antérieures et à un corpus plus vaste (Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, VI, 2010 : « Le paratexte »). Dans ce mouvement, la hiérarchie entre texte et paratexte établie par Genette (« Le paratexte, sous toutes ses formes, est un discours fondamentalement hétéronome, auxiliaire, voué au service d’autre chose qui est sa raison d’être, qui est le texte », Seuils, p. 17) s’est vue bousculée. Dédicaces, remerciements, légendes d’illustrations, privilèges de librairie… ne sont plus apparus comme des auxiliaires du texte mais comme des éléments du tout formé par le livre.

 

Dans la continuité de ces travaux, nous préférons à la notion de paratexte celle de marges, qui prend la mesure de la nature hybride, équivoque, de ces écrits, tout en les inscrivant dans la totalité du livre, sans préjuger de leur valeur. Objet ambivalent, à la fois inscrit dans le livre et susceptible de s’en détacher, la marge permet de penser l’inscription du livre, et à travers lui des lettres et des arts, dans le monde social : non pas comme un document qui viendrait témoigner du contexte dans lequel l’œuvre se serait inscrite, mais comme le lieu d’une action qui mobilise à la fois le lecteur, le livre et le pouvoir.

 

Ce colloque se propose d’étudier les écritures marginales du pouvoir comme autant d’usages du livre dans des relations sociales et de pouvoir. Nous espérons ainsi contribuer à la compréhension des mécanismes de production et de diffusion d’un imaginaire du pouvoir. La représentation du pouvoir qui se construit dans ces écrits marginaux est le résultat d’actions diverses qui convoquent le pouvoir dans le livre pour l’autoriser, le légitimer, construire ou renforcer une réputation, peser dans un conflit… Étudier ces actions permet de penser la diffusion d’un imaginaire du pouvoir à distance du modèle de la propagande, dans la continuité de la démarche d’A. Zanger (Scenes from the Marriage of Louis XIV. Nuptial fictions and the Making of Absolutist Power, Stanford, Stanford University Press, 1997).

 

Nos travaux pourront ainsi contribuer à la compréhension des relations entre les arts et le pouvoir sous l’Ancien Régime. Dans le contexte d’un processus d’institution des lettres et des arts (A. Viala, Naissance de l’écrivain, Paris, Éditions de Minuit, 1985 ; C. Jouhaud, Les pouvoirs de la littérature. Histoire d’un paradoxe, Paris, Gallimard, 2000 ; D. Blocker, Instituer un art : politiques du théâtre dans la France du premier XVIIe siècle, Paris, Champion, 2009), les écrits marginaux du pouvoir, qui publient dans un même mouvement le livre, ses acteurs (l’auteur, l’éditeur…) et le pouvoir du roi ou d’un grand seigneur, apparaissent comme l’un des lieux où se configure la relation entre le littéraire et le politique et où se définit la valeur politique et sociale des lettres et des arts.

 

 

Les communications pourront étudier l’inscription du pouvoir dans les dédicaces, les prologues, les préfaces, avis et examens, les textes introductifs, les autorisations et privilèges, les annotations, les légendes de gravures ou d’illustrations, les clés, et toutes les marges du livre, du spectacle ou de l’image, dans l’espace européen entre le XVIe et le XVIIIe siècle, à partir des questions suivantes.

 

1. Y a-t-il une créativité de ces écritures du pouvoir ? Les écritures du pouvoir inscrites dans les dédicaces, les prologues, les textes d’autorisation ou de privilège, apparaissent souvent comme autant de passages obligés emplis de lieux communs, de formules stéréotypées dictées par le genre. Même le privilège de librairie, cadré par sa fonction juridique, est pourtant susceptible de variations : celui des Métamorphoses d’Ovide en rondeaux de Benserade est ainsi écrit… en rondeaux ! On s’attachera à mettre en lumière la variété de ces écrits, les marges de manœuvre des auteurs. On s’interrogera sur la valeur, les usages, l’efficacité des lieux communs et des innovations.

2. Qui est l’auteur de ces écrits ? Quel est le rôle du pouvoir, des institutions de la monarchie, dans leur production ? Dans quelle mesure la production institutionnelle de l’image du pouvoir constitue-t-elle un modèle pour ces écrits ? Comment configurent-ils les relations entre les différents acteurs du livre et le pouvoir ? On s’intéressera particulièrement aux auctorialités floues et à ce qu’elles peuvent produire en termes de hiérarchies, de légitimation, de représentations du pouvoir. On pourra aussi étudier les enjeux de la figure du roi comme auteur produite par de nombreuses dédicaces.

3. Ces écrits sont-ils lus et comment ? On s’intéressera aux traces de lecture de ces écrits marginaux, par exemple dans des contextes polémiques. Que deviennent les prologues des opéras dans les parodies ? dans les reprises ? Quel est le devenir de ces écrits marginaux dans les éditions successives, les traductions ? Comment continuent-ils (ou non) à être lus et interprétés, en dehors des circonstances de leur création, quand le régime politique a changé, dans un autre cadre géographique ? Quels sont les effets de cette circulation large sur leur portée politique ?

4. Quelle est la place de ces écrits dans le livre ? Leur position matérielle est-elle fixe, peuvent-ils se déplacer dans le livre, voire s’autonomiser ? En quoi cette position est-elle liée à une hiérarchie, à un ordre d’écriture ou de lecture, voire à des ordres (temporel, spatial, symbolique) en tension ou en conflit ? Que produisent les déplacements, les changements, les circulations des paratextes ? Les clés peuvent ainsi prendre des formes diverses, autonomes ou intégrées au livre, sous forme d’annexes ou de notes marginales (M. Bombart et M. Escola dir., Littératures classiques 2004/2, 54 : Lectures à clés). On interrogera la hiérarchie du texte et du paratexte en étudiant les éléments de cohérence, de dialogue, d’échos entre le centre et les marges. À partir de là, on pourra poser la question de la marginalité du discours politique, des relations et des hiérarchies entre valeur littéraire et valeur politique des textes.

5. Comment ces écrits convoquent-ils le pouvoir (du roi ou d’un autre) pour l’utiliser dans des actions diverses ? Le privilège peut ainsi être considéré comme un dispositif de légitimation des auteurs par le pouvoir (N. Schapira, « Quand le privilège de librairie publie l’auteur », De la Publication. Entre Renaissance et Lumières, Paris, Fayard, 2002). Dans quelle mesure la représentation du pouvoir fonctionne-t-elle comme une appropriation, voire un détournement ?

6. Comment ces écrits utilisent-ils le livre dans des actions diverses ? Les dédicaces présentent des scènes d’offrande, dans lesquelles l’auteur ou l’éditeur présente un livre au pouvoir (R. Chartier, « Dédicace et Patronage », Culture écrite et société, Paris, Albin Michel, 1996) : qu’offre-t-on quand on offre un texte, un livre ? Quelle est la valeur d’un tel présent ? Quelles valeurs (politique, sociale, éthique, esthétique…) les écrits marginaux du pouvoir donnent-ils au livre, et plus largement aux lettres et aux arts ? Comment cette valeur évolue-t-elle au cours de la période ?

 

 

Merci d’adresser vos propositions de communication avant le 15 janvier 2018 conjointement à :

Yohann Deguin                      yohann.deguin@univ-lorraine.fr

Marine Roussillon                 marine.roussillon@univ-artois.fr

L’éditeur à l’œuvre : reconsidérer l’auctorialité ? fin XVe s.-XXIe s.

Submitted by ccarlin on 30 October 2017 - 11:08pm

L’éditeur à l’œuvre : reconsidérer l’auctorialité ? fin XVe s.-XXIe s.

Colloque international organisé par

Dominique Brancher, Gaëlle Burg (Université de Bâle) et Giovanni Berjola (Université de Nancy)

Université de Bâle, 11-12 octobre 2018

Propositions: avant le 1er janvier 2018

Qui fait le livre ?  Aux yeux du sens commun, la réponse semble évidente : l’auteur écrit un texte, qu’il confie à l’éditeur, lequel imprime le livre puis le publie. Il revient alors aux lecteurs de le consacrer en l’érigeant en œuvre littéraire. La distinction paraît claire entre création et publication. Or, on le sait, dans le cadre sociologique de ce que Dominique Maingueneau nomme l’« institution littéraire »[i], les choses sont plus complexes et moins tranchées. De même que l’auteur est à la fois une personne, l’écrivain, et un personnage incarné par le nom de l’auteur, l’éditeur ne saurait se réduire à un individu unique mais regroupe un ensemble d’intervenants. Comme le montre Roger Chartier, l’œuvre imprimée est le fruit d’une convergence de systèmes, d’acteurs et de pratiques, véritables « machineries sémantiques »[ii]qui dépassent l’intentionnalité du seul écrivain. Les notions d’instance auctoriale et d’instance éditoriale seraient ainsi plus pertinentes puisqu’elles désignent moins des personnes que des fonctions qui contribuent toutes deux à la genèse de l’œuvre et à son sens.

À la Renaissance, l’œuvre littéraire se présente, pour reprendre l’heureuse expression d’Anne Réach-Ngô, comme une « création collaborative »[iii] : à l’écriture créatrice de l’écrivain répond une « écriture éditoriale »[iv]. Cette dernière ne se superpose pas au travail initial de l’auteur mais fait partie intégrante d’un processus où création et publication s’amalgament. Celui qui en porte la responsabilité se nomme « imprimeur » ou « imprimeur-libraire » au XVIe siècle, tant les processus de conception, de fabrication et de vente de l’objet livre demeurent solidaires. Plus tard, avec l’apparition des mots « éditeur » et « édition » au sens moderne, on parlera de « libraire-éditeur » (1813). « Édition », attesté dès le deuxième tiers du XVIe siècle, a d’abord désigné l’action d’établir un texte en vue de sa parution et prend seulement, à la fin du XVIIe siècle, le sens de reproduire un texte, préalablement établi, par un procédé technique. Tardif (1738), le terme « éditeur » suit la même évolution sémantique, n’adoptant le sens de publication et de mise en vente d’ouvrages imprimés que vers 1775. Aujourd’hui, on distingue éditeur-papier et éditeur numérique, les pure players désignant des sociétés dont l’activité d’édition, de distribution, et d’infomédiation s’est développée exclusivement sur internet.

Ces transformations lexicales reflètent des évolutions ou des ruptures sur le plan des concepts ou des pratiques, conditionnées par le changement des supports et des techniques, ainsi que la spécialisation des fonctions. Mais à l’inverse, ces mêmes transformations masquent des constantes dans le travail de l’instance éditoriale, dès lors qu’on s’autorise à employer ce concept d’éditeur de manière diachronique aussi bien pour parler des livres imprimés de la première Modernité que des livres numériques. On peut ainsi étendre la réflexion sur le travail éditorial à la Renaissance à d’autres périodes : que l’on songe à la part que prennent les choix éditoriaux dans les succès littéraires depuis le XIXe siècle, période qui constitue, avec l’industrialisation de l’édition, un jalon important dans l’histoire du livre. L’œuvre de Jules Verne est, par exemple, étroitement liée au travail de son éditeur, Hetzel, qui ne manquait pas d’intervenir dans le processus créatif. L’édition contemporaine place désormais l’éditeur au centre de la sphère littéraire : les prix récompensent des auteurs qui portent les couleurs de leurs maisons d’éditions respectives. Parfois même, le livre est un produit de masse pensé et projeté par l’instance éditoriale avant d’être la création de l’instance auctoriale. Dans le domaine du numérique, la dimension collaborative de la création devient un principe éditorial à part entière. On peut se demander si la posture éditoriale a réellement évolué depuis la naissance de l’imprimerie. En définitive, quel est le poids véritable de cette instance dans la création littéraire ? On s’interrogera sur les dispositifs, les stratégies et les enjeux de ce processus en vue de reconsidérer la notion d’auctorialité.

Durant ce colloque nous privilégierons les études de cas s’inscrivant dans le champ de la littérature française de la Renaissance à nos jours. Voici une liste non exhaustive d’axes de recherche et de pistes de réflexion :

  • Axe législatif : contrat, droits d’auteur, responsabilité pénale de l’auteur, etc.
  • Axe éditorial : mise en texte, mise en livre, péritexte, publication et commercialisation, support papier/numérique, etc.
  • Axe sociologique : création collaborative, tension entre éditeur et auteur, choix éditoriaux, réception de l’œuvre, concurrence et émulation entre éditeurs, concours et prix littéraires, etc.

Les propositions de communication de 250 mots maximum, accompagnées d’une courte bio-bibliographie, sont à envoyer à l’adresse suivante : gaelle.burg@unibas.ch avant le 1er janvier[v] 2018.

 

[i] Dominique Maingueneau, Le Discours littéraire, Paris, Armand Col.in, « U », 2004, p. 41.

[ii] Roger Chartier, Pratiques de la lecture, « Du livre au lire », Paris, Rivages, 1985, p. 79.

[iii] Anne Réach-Ngô, « Du texte au livre, et retour : la production littéraire à la Renaissance, une création collaborative ? », pp. 29-47, Genesis, 41, 2015, p. 32.

[iv] Ibid., p. 32.

 

Appel à communications: Femmes artistes à l’âge classique (Paris)

Submitted by ccarlin on 30 October 2017 - 11:03pm

(arts du dessin – peinture, sculpture, gravure)

Colloque international

Université Paris Nanterre

Université Bordeaux Montaigne

et avec le soutien de l’université Paris VIII et du Musée du Louvre

Paris, 31 mai et 1er juin 2018

Propositions: 20 décembre 2018

L’art au féminin n’est plus regardé comme une anomalie. Plusieurs expositions ont récemment mis à l’honneur des peintres femmes du XVIIIe siècle. Une première rétrospective française consacrée à Élisabeth Louise Vigée-Le Brun a été présentée en 2015-2016 au Grand Palais à Paris, au Metropolitan Museum of Art de New-York et au Musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa[1] et ses Souvenirs ont été à cette occasion réédités[2]. Longtemps restée dans l’ombre de son maître et beau-frère Fragonard, Marguerite Gérard est aujourd’hui révélée, notamment grâce à une exposition tenue en 2009 au musée Cognacq-Jay[3]. La nouvelle acquisition par la Neue Pinakothek de Munich du tableau de Marie-Gabrielle Capet représentant Adélaïde Labille-Guiard dans son atelier (Salon de 1808), les recherches menées autour de cette œuvre ainsi qu’une exposition au musée des Beaux-Arts de Caen en 2014[4] ont attiré l’attention sur cette artiste méconnue. Elle apparaît pourtant avec Marie-Marguerite Carreaux de Rosemond dans L’Autoportrait avec deux élèves[5] de Labille-Guiard dévoilé au Salon de 1785 et conservé aujourd’hui dans les collections du Metropolitan Museum of Art, tableau qui s’apparente à une véritable défense et illustration de la place des femmes en peinture. En 2015, le Portrait d’une violoniste, chef-d’œuvre d’Anne Vallayer-Coster, a été adjugé à 903 000 euros pour le Nationalmuseum de Stockholm, l’un des musées européens les plus actifs en matière d’acquisitions, en particulier pour l’art français du XVIIIe siècle[6]. Dans le sillage d’un accrochage thématique du Centre Pompidou, une exposition retraçait en 2011 le parcours des sculpteurs femmes du XVIIIe siècle à nos jours[7].

Les exemples pourraient être multipliés, en France et en Europe. Certaines artistes de la période classique sont de nos jours admirées et des listes fleurissent, qui recensent des peintres et des sculpteurs célèbres, et que retient la postérité : les peintres italiennes Artemisia Gentileschi (1593-1652) et Elisabetta Sirani (1638-1665), l’Espagnole et Lusitanienne Josefa de Óbidos (1630-1684), la Suissesse Angelika Kauffmann (1741-1807), les Françaises Catherine Duchemin (1630-1698), Geneviève (1645-1708) et Madeleine (1646-1710) de Boullogne, et Élisabeth-Sophie Chéron (1648-1711), les quatre premières femmes peintres à être admises à l’Académie royale, la Vénitienne Rosalba Giovanna Carriera (1675-1757), ou encore les sculpteurs françaises Marie-Anne Collot (1748-1821), Clémence de Sermezy (1767-1850) et Julie Charpentier (1770-1845), et la liste pourrait continuer. Dans le domaine de la peinture surtout, mais aussi dans celui, réputé plus « viril » et austère, de la sculpture, des artistes femmes se sont toujours illustrées. D’emblée, elles sont observées, scrutées, remarquées. Diderot surnommait Marie-Anne Collot, sculpteur surdouée, élève de Falconet, « Mademoiselle Victoire », en écho peut-être à « l’illustre Mademoiselle Chéron », ainsi baptisée. Malgré les louanges, la plupart ont payé de leur existence personnelle le prix fort, rançon du succès. Le public de jadis se délectait des esclandres, réels ou inventés, de leur vie privée, traquant les intrigues qui devaient nécessairement entourer leur carrière. Notre époque leur rend hommage, distinguant certaines destinées et brandissant l’étendard de leur modernité. Ces artistes femmes travaillent, apprennent et souhaitent se perfectionner, préfèrent fréquemment signer leurs œuvres de leur nom de naissance ou de leur double nom, tissent des liens avec d’autres artistes, gagnent de l’argent et parfois même de coquettes pensions, aspirent à la reconnaissance – artistique, sociale, économique – et à la renommée.

Mais ces femmes peintres et sculpteurs célèbres éclipsent les autres, artistes de l’ombre. Mises à part quelques figures emblématiques, que savons-nous de ces nombreuses peintres de natures mortes, de fleurs et de fruits, de portraits et de scènes de genre, souvent en miniature, de celles qui manient, taillent et sculptent la pierre et le marbre, inventent des techniques pour la gravure en pierres fines et sur médaillons, illustrent des ouvrages littéraires ou savants, et se piquent encore de collectionner et de vendre un art qu’elles apprécient, en amateurs éclairées et avisées ? Comment leur choix est-il motivé ? Par qui sont-elles guidées ? Quels réseaux de sociabilité artistique sont créés ? Et surtout, quelle fut la vraie vie, concrète, de ces artistes multiples ? L’idée de ce colloque est de sonder leurs intentions et d’explorer ces pistes, afin d’examiner à la fois la place et le rôle des artistes femmes dans le monde de l’art du XVIIIe siècle.

On se propose d’examiner 4 axes en particulier :

« Femmes artistes », « artistes femmes »

Comment ces artistes sont-elles désignées, et de quelle manière préfèrent-elles se nommer ? Le siècle hésite à se saisir d’expressions pour les qualifier. « Peintre » (des deux genres), « femme peintre », ou encore « peintresse[8] » dans les écoles professionnelles de Paris, semblent conjointement être employés, mais avec quelles connotations possibles et quelles revendications éventuelles ? Quels vocables sont utilisés dans les dictionnaires d’art, les textes des théoriciens, les écoles et les Académies, les manuels ou encore dans Les Vies qui tentent de dresser l’inventaire des artistes, dans leurs Mémoires et Souvenirs, et même dans les fictions littéraires ? Quand et sous quelles plumes apparaissent les expressions « femme sculpteur » et « sculptrice », « graveur » et « graveuse », « dessinateur » et « dessinatrice », « amateur » et « amatrice » et même « collectionneur » et « collectionneuse » ? À la fin du siècle, dans son Dictionnaire critique, Féraud enregistre le terme amatrice, « mot nouveau » jugé utile, et signale des usages divers et parfois contraires – « on dit, cette femme est Auteur, Poète, Philosophe, Médecin, Peintre, etc., et non pas Autrice, Poétesse, Philosophesse, médecine, Peintresse » – tout en précisant : « Peintre est de deux genres. Mlle de… peintre en miniatûre[9] ». À l’orée d’une nouvelle ère, Mercier discute longuement dans sa Néologie les querelles liées au mot « amatrice » pour conclure à sa nécessité, tandis qu’il se moque, amusé, et avec sous-entendus sensuels, du terme « peintresse[10] ». On s’interrogera ainsi sur la querelle du genre des mots, plus subtile qu’il n’y paraît.

 

Portrait de l’artiste en (jeune) femme : les conditions de vie

Quelles sont les conditions de travail et de vie de ces artistes ? De quelles façons apprennent-elles leur art, où peuvent-elles l’exercer et l’exposer, avec qui à leurs côtés ? Comment pensent-elles la théorie et la pratique de leur métier ? Quels sont leurs arts et leurs sujets de prédilection, favoris ou imposés, et théorisés ou non dans cette obligation ? On sait que la très grande majorité de ces artistes sont filles, sœurs ou femmes de peintres, sculpteurs, graveurs et marchands d’art ou collectionneurs et dépendent ainsi du bon vouloir des hommes, heureusement fort nombreux, qui les ont volontiers formées, aidées et considérées. Néanmoins, ces artistes sont cantonnées à certains arts et à certains genres. Plusieurs femmes s’adonnent ainsi à la gravure, telles Maria de Wilde – graveur et dramaturge néerlandaise, réputée notamment pour avoir gravé la collection d’art de son père – les sœurs Horthemels – Louise-Magdeleine épouse de Charles-Nicolas Cochin père, Marie-Anne Hyacinthe du graveur Nicolas-Henri Tardieu et Marie-Nicole du peintre Alexis Simon Belle, toutes trois professionnelles – ou encore Marie Fontaine – épouse de Bonnart, qui apprend le commerce de l’estampe aux côtés de son mari et décide à la mort de ce dernier de poursuivre l’activité de la boutique, non sans essuyer plusieurs revers professionnels. Relativement simplement acceptée, la pratique de la gravure est assimilée à une activité artistique modeste, orientée du côté de la reproduction et de la « traduction » entre les arts, donc convenable à la gent féminine[11]. Mais ces artistes femmes sont également reléguées à certains sujets, situés en bas de la hiérarchie des genres. Artistes du petit, elles sont privées de réalisations monumentales. Elles ne peuvent ni peindre ni sculpter d’après nature ou d’après des modèles nus, ne suivent aucun cours d’anatomie – n’en déplaise à Marie Biheron, qui tentera habilement d’y remédier – et sont ainsi empêchées de tout accès au succès et à la gloire. L’art du portrait, sous toutes ses formes – pictural, sculptural, miniature, médaillon – leur est dévolu, ainsi que celui de l’autoportrait. Fait significatif : l’art du portrait se situe précisément à la frontière, poreuse, entre grand style et scène de genre, manière à peine détournée de pratiquer une peinture d’histoire. Il hésite entre idéal mythologique – en vogue parmi la noblesse – et intimisme – plutôt prôné par la bourgeoisie montante. À côté de la dimension dynastique et familiale – femmes et mères, lignée – s’ajoute bientôt la veine culturelle et sociale – femmes au travail, ou lisant, écrivant, conversant. Or ces deux types de représentations obéissent à une même logique d’émancipation et appartiennent chacune à leur manière à une stratégie de communication, concertée avec leurs modèles. L’un des aspects essentiels de leur art est justement le lien qu’elles établissent entre théorie et pratique, dont l’autoportrait est le signe manifeste. Certaines deviennent maîtres à leur tour, et même théoriciennes, telle Catherine Perrot par exemple qui rédige déjà à la fin du XVIIe siècle Les Leçons royales ou la manière de peindre en miniature. Leurs réflexions sur leur art et sur l’art se transmettent. Et c’est à travers leur style, leur touche et leur technique qu’en véritables artistes elles disent le plus à la fois de leur vision de l’art et d’elles-mêmes. On cherchera à comprendre ces créatrices, autant de femmes peintres, sculpteurs, graveurs, et peut-être architectes, et encore amateurs et collectionneurs.

 

Ambition et pouvoir au féminin : l’étude ou la gloire[12]

Quelle est la réception de leur art dans les Salons et les journaux de l’époque, en France et en Europe ? En quelle réputation – nationale et internationale, bonne ou mauvaise – sont-elles ? Comment leurs œuvres ont-elles été reçues et comparées (dans les Salons de peinture, mais aussi dans les gazettes, journaux, etc., et même dans les fictions littéraires) ? Y a-t-il une trace de leur présence dans les salons littéraires et artistiques, ainsi que dans la littérature pamphlétaire[13] ? Comment circulent leurs œuvres ? Et quels sont les échanges – réels avec les voyages, ou intellectuels et épistoliers – qui existent entre elles et d’autres artistes ? Quels sont les discours tenus sur elles – satires, caricatures, éloges – et sont-elles nécessairement jugées au prisme de leur sexe ? Comment réagissent-elles dans leurs écrits, notamment autobiographiques ?

À quelles conditions et selon quelles modalités sont-elles reçues à l’Académie ? Constate-t-on une évolution à la fin du XVIIIe siècle et durant la période révolutionnaire ? Combien gagnent aisément leur vie et combien deviennent célèbres ? À quel point s’en soucient-elles ? Ces femmes artistes concourent à des Prix et pénètrent au sein des Académies, très souvent alors qu’elles ont entre 20 et 35 ans. Reçues à titre dérogatoire, elles ne sont pas autorisées à prêter serment, ni à enseigner dans les Académies ou à y voter. Quinze ans après la fondation de l’Académie royale de peinture et de sculpture, Catherine Duchemin, épouse du sculpteur François Girardon, est la première femme à entrer à l’Académie royale. Geneviève et Madeleine de Boullogne lui succèderont – sur présentation de leur père, l’un des fondateurs de l’Académie royale – ainsi qu’Élisabeth-Sophie Chéron – sur recommandation de Charles Le Brun – toutes comme peintres de fleurs ou portraitistes. Elles exposent aux Salons, reçoivent une pension du Roi et même une gratification. Dorothée Massé, veuve Godequin, est la première à être admise en tant que sculpteur en bois. À la fin du XVIIe siècle, quelques femmes sont donc agréées, mais un décret du début du XVIIIe siècle, resté sans suite, vise à réduire leur nombre. Le mouvement s’amplifie malgré tout et devient même international avec les admissions de la Vénitienne Rosalba Carriera, la Hollandaise Marguerite Havermann, la française Marie-Thérèse Reboul qui épousera Vien, la Prussienne Anna Dorothea Therbusch ainsi qu’Anne Vallayer-Coster et Marie Suzanne Giroust qui se mariera à Roslin. Admises ensemble, Adélaïde Labille-Guiard et Élisabeth Louise Vigée-Le Brun sont immédiatement évaluées à l’aune de leurs différences et leur style – jugé respectivement « masculin » et « féminin » – aussitôt confronté, voire caricaturé.

Mais pour l’une de ces femmes de génie, combien demeurent ignorées, goûtant et pratiquant les arts sans la moindre formation artistique, éloignées des circuits d’exposition ? L’Académie de Saint Luc autorise en son giron des femmes, moyennant des frais d’inscription. Quel rôle jouent également les Académies étrangères et les Académies de province ainsi que les Écoles particulières, seules à ouvrir peut-être plus facilement leurs portes à ces artistes en germe ? Si elles conjuguent au talent la chance de suivre des leçons ou la formation d’un parent, de jeunes artistes réussissent à devenir élève de peintres réputés. Tous n’envisagent pas de les instruire, mais elles sauront gré à ceux, parmi les plus renommés, qui acceptent de les guider – Chardin, Bachelier, Greuze, Vernet et David, en peinture notamment, et pour ne citer qu’eux. Certaines femmes deviennent professeurs et enseignent leur art à leurs jeunes consœurs, ainsi Élisabeth Vigée-Le Brun et Adélaïde Labille-Guiard. Des femmes artistes exposent Place Dauphine, au Salon de la Jeunesse ou de la Correspondance, se font connaître par les journaux. Le Salon Officiel de la Révolution permet à tous les artistes français ou étrangers, membres de l’Académie ou non, de dévoiler leurs ouvrages au Louvre. Extraordinaire aubaine, pour toutes ces artistes anonymes qui peinent à étudier comme elles le voudraient.

La gloire revient à un tout petit nombre d’entre elles, surtout alliées à des femmes de pouvoir ou à des mécènes. Marie-Anne Collot quitte la France pour la Russie avec son maître Étienne Falconet, reçoit une pension importante, une gratification et un traitement conséquents, en sus de la valeur de ses œuvres. En 1767, à 19 ans, elle devient la première femme à être agréée à l’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, puis elle est nommée portraitiste de Catherine II. Son travail avec Étienne Falconet en vue de la réalisation du monument de Pierre le Grand excite la polémique et déclenche des rumeurs sur la nature des liens entre le maître et sa très jeune élève. Élisabeth Vigée-Le-Brun fait scandale au Salon de 1783 avec un tableau de Marie-Antoinette en robe « de gaulle », œuvre d’une artiste imposée aux académiciens par le monarque, et provocation lancée au public qui regarde la reine devenue jolie femme en tenue d’intérieur. Adélaïde Labille-Guiard sera nommée à la fin du siècle « Premier Peintre de Mesdames », autant de preuves s’il en est des fonctions éminemment politiques de ces portraits.

 

Liberté, précarité

Entre ces femmes artistes, aux profils divers, quelles constantes apparaissent ? Liens familiaux et conjugaux, problèmes de la signature, du nom et du renom, dimensions privé et public : tels semblent être les invariants. À plus de trois siècles de distance, ces femmes artistes sont à maints égards nos contemporaines, étonnamment modernes. En reliant certaines oppositions – artistes et femmes, élèves et maîtres, tirant leur force de leur faiblesse – elles dénouent les contradictions et rapprochent les êtres. Il s’agit alors surtout pour elles d’être artiste, ce qui impose indépendamment des sexes un rapport à des pratiques et un certain regard sur le monde. Ces artistes femmes déchaînent les haines. Des hommes s’en méfient et les rejettent ; mais d’autres les estiment, les protègent et les aident. Des femmes mûres et au pouvoir soutiennent ces jeunes artistes ; d’autres, leurs aînées, les empêchent, entre elles règnent rivalité ou émulation, selon les natures humaines. Et la misogynie artistique est loin de se trouver toujours là où l’on s’y attendrait. La barrière qui s’élève est peut-être surtout sociale. Puisqu’à de rares exceptions près, ce sont les femmes de la bourgeoisie et de la noblesse qui vivent de leur travail ou cultivent leur don, jamais les femmes du peuple, les grandes oubliées de l’art. Il revient aux recherches critiques actuelles de devenir les tombeaux de l’artiste inconnue. Dans ce parcours de carrière artistique, combien – devenues mères ou artisans – sont contraintes à l’abandon ?

On pourrait penser que ces artistes, à tout le moins celles qui parviennent à être reconnues telles – mérite, statut, argent – ont consenti à la hiérarchie sélective, la course aux prix et à la reconnaissance, et même entériné cet état de faits. Nul doute en effet que leurs traces ne dessinent un parcours de la combattante en art réservé à une élite. Mais n’y a-t-il pas parmi elles, en nombre, des artistes qui choisissent de se fondre délibérément dans ce système des arts pour mieux en saper de l’intérieur, et avec l’aide de certains hommes artistes, à la fois l’autorité et les fondements ? Et promouvoir ainsi une raison artistique nouvelle, qui met en son centre le corps et le renouvellement non des formes mais des pratiques.

Reste à saisir ce qui distingue, ou non, ces femmes artistes, célèbres ou ignorées, de leurs homologues masculins, non pas tant une vision ou une pratique de l’art, possiblement communes, mais la conscience peut-être plus aigue d’une liberté artistique précaire, et dont il faut user, et profiter, de peur qu’elle ne s’éteigne.

Comité scientifique

Michel Delon, Université Paris Sorbonne

Guillaume Faroult, Musée du Louvre

Dena Goodman, University of Michigan

Huguette Krief, Université de Provence

Élisabeth Lavezzi, Université Rennes II

Christophe Martin, Université Paris Sorbonne

Madeleine Pinault Sorensen, Musée du Louvre

Catriona Seth, University of Oxford, All Souls College

Richard Wrigley, University of Nottingham

 

Calendrier

Remise des propositions (titre, présentation d’une page et bio-bibliographie) avant le 20 décembre 2017.

Validation par le comité scientifique : 30 janvier 2018. Colloque : jeudi 31 et vendredi 1er juin 2018.

Lieu – Musée / École du Louvre.

Organisation et contacts

Les propositions de communication (titre et présentation d’une page) ainsi qu’une courte bio-bibliographie (500 signes, espaces incluses) sont à envoyer avant le 20 décembre 2017 à Stéphane Pujol (stephane.pujol@parisnanterre.fr) et Élise Pavy-Guilbert (elise.pavy@u-bordeaux-montaigne.fr).

 

Stéphane Pujol, université Paris Nanterre, CSLF (EA 1586, Centre des Sciences de la Littérature Française)

stephane.pujol@parisnanterre.fr

 

Élise Pavy-Guilbert, université Bordeaux Montaigne, CLARE (EA 4593, Cultures, Littératures, Arts, Représentations, Esthétiques)/ CEREC (Centre de Recherche sur l’Europe Classique)

elise.pavy@u-bordeaux-montaigne.fr

 

[1] L’exposition « Élisabeth Louise Vigée-Le Brun. 1755-1842 » a été organisée par la Réunion des Musées Nationaux et le Grand Palais, le Metropolitan Museum of Art de New York et le Musée des Beaux-Arts du Canada (à Paris, du 23/09/2015 au 11/01/2016, New York du 9/02 au 15/05/2016 et Ottawa du 10/06 au 12/09/2016).

[2] Les nombreuses éditions ainsi que les traductions témoignent de l’engouement que suscita très rapidement les mémoires de Vigée-Le Brun, voir notamment leur parution chez les éditeurs Fournier (1835-1837) et Charpentier (Paris, 1869) et les éditions de Claudine Hermann, Pierre de Nohlac et récemment Didier Masseau (Paris, Tallandier, 2015), Geneviève Haroche-Bouzinac (Paris, Champion, rééd. 2015) et Patrick Wald Lasowski (Paris, Citadelles & Mazenod, 2015).

[3] « Marguerite Gérard (1761-1837). Artiste en 1789, dans l’atelier de Fragonard », Paris, Musée Cognacq-Jay, du 10/09 au 6/12/2009.

[4] Marie-Gabrielle Capet (1761-1818). Une virtuose de la miniature, Catalogue de l’exposition présentée au musée des Beaux-arts de Caen (14/06-21/09/2014), Snoeck, Heule, 2014.

[5] Le tableau est conservé depuis 1953 dans les collections du Metropolitan Museum of Art de New York.

[6] http://www.latribunedelart.com/le-portrait-de-violoniste-d-anne-vallayer-coster-a-ete-acquis-par-stockholm.

[7] « elles@centrepompidou. Artistes femmes dans les collections du Musée national d’art moderne » accrochage thématique des collections permanentes du Musée National d’Art Moderne du 27/05/2009 au 21/02/2011, Centre Georges Pompidou. Le Seattle Art Museum a prolongé cette manifestation avec l’accrochage « elles : sam » du 11/10/2012 au 17/02/2013. Dans ce sillage, l’exposition « Sculpture’Elles. Sculpteurs femmes du XVIIIe siècle à nos jours » a eu lieu au Musée des Années 30, espace Landowski, Boulogne-Billancourt, du 12/05 au 2/10/2011.

[8] Voir notamment Arlette Farge, La Révolte de Mme Montjean – L’Histoire d’un couple d’artisans au siècle des Lumières, Paris, Albin Michel, 2016, chapitre « La “pintresse” », p. 47-53.

[9] Dictionnaire critique de la langue française, par M. l’abbé Féraud, auteur du Dictionaire gramatical (sic), Marseille, Mossy, 1787-1788, articles AMATRICE, I, p. 94 : « *AMATRICE, s. f. J. J. Rousseau et M. Linguet ont employé ce mot. Un inconu (sic) prétend que c’est un mot nouveau et inutile, et qu’on doit dire une femme amateur comme on dit une femme auteur. Il est certain qu’amatrice est un mot nouveau, mais il n’est rien moins qu’inutile aujourd’hui que les femmes se piquent de goût pour les arts, autant et plus que les hommes. Pour la femme amateur, que l’inconu veut qu’on emploie au lieu d’amatrice, et à l’imitation de la femme auteur ; c’est aussi une nouveauté, et moins autorisée, et qui choque bien plus l’oreille qu’amatrice. », FEMME, II, p. 231 et PEINTRE, III, p. 115.

[10] Louis Sébastien Mercier, Néologie, ou Vocabulaire des mots nouveaux, à renouveler ou pris dans des acceptions nouvelles, Paris, Moussard/Maradan, 1801, AMATRICE, I, p. 24-31 et PEINTRESSE, I, p. 173-174.

[11] Voir l’article « Gravure » rédigé par Martial Guédron, Dictionnaires des femmes des Lumières, Huguette Krief et Valérie André (dir.), Paris, Champion, « Dictionnaire et références », 2015. Sur le thème des femmes artistes, cf. également les articles « Femme auteur » par Vicki Mitacco, « Gloire » par Huguette Krief, « Images picturales de la femme » par Martial Guédron, « Maternité (scène de genre) » par Lesley Walker, « Peintre » par Martial Guédron, « Portrait » par Catriona Seth, « Querelle de la langue » par Éliane Viennot, « Représentation politique » par Anne Verjus et « Sensibilité » par Geneviève Goubier ainsi que les monographies synthétiques sur chacune des artistes.

[12] En référence aux propos d’Émilie du Châtelet, Discours sur le bonheur (1706-1749), Robert Mauzi (éd.), Paris, Les Belles Lettres, 1961, p. 21 : « Il est certain que l’amour de l’étude est bien moins nécessaire au bonheur des hommes qu’à celui des femmes. Les hommes ont une infinité de ressources pour être heureux, qui manquent entièrement aux femmes. Ils ont bien d’autres moyens d’arriver à la gloire, & il est sûr que l’ambition de rendre ses talents utiles à son pays & de servir ses concitoyens, soit par son habileté dans l’art de la guerre, ou par ses talents pour le gouvernement, ou les négociations, est fort au-dessus de [celle] qu’on peut se proposer pour l’étude ; mais les femmes sont exclues, par leur état, de toute espèce de gloire, & quand, par hasard, il s’en trouve quelqu’une qui est née avec une âme assez élevée, il ne lui reste que l’étude pour la consoler de toutes les exclusions & de toutes les dépendances auxquelles elle se trouve condamnée par état. »

[13] Voir notamment Thomas Crow, Painters and Public Life in Eighteenth-Century, Paris, Yale University, 1985 et Richard Wrigley, The Origins of French Art Criticism. From the Ancien Régime to the Restoration, Oxford, Clarendon Press, 1993.

Appel à contribution: Romanesque et écrits personnels : attraction, hybridation, résistance (XVIIe-XXIe siècles) (Revue Romanesques)

Submitted by ccarlin on 30 October 2017 - 10:59pm

sous la direction d’Aurélie Adler et Anne Coudreuse.

 

 

                                                                                  Voglio vivere una favola

                                                                                  [Je veux vivre une histoire]

                                                  Inscription anonyme sur les marches de l’église Santa Croce, à Florence.

                                                                                  (Annie Ernaux, Se perdre, 2001)

 

Tout diariste, autobiographe, mémorialiste écrirait-il contre, tout contre, le romanesque ? À en juger par l’épigraphe du journal Se perdre d’Annie Ernaux, la pulsion romanesque serait gravée en chacun de nous et il reviendrait à l’écrivain.e de révéler ces élans anonymes, de leur donner forme et dignité. Pour ce faire, l’autrice de Se perdre commence par explorer en elle-même ce désir d’histoire qui prend la valeur d’un ex-voto au seuil du livre. Le romanesque relèverait-il d’une nécessité anthropologique sans quoi la vie humaine ne vaudrait pas la peine d’être vécue ? Au-delà du bovarysme qui affleure dans Se perdre comme dans d’autres écrits d’Ernaux, cette épigraphe suggère de multiples croisements entre romanesque et écriture de soi. Or cette tension des écrits personnels vers le romanesque, faite d’aimantation et de répulsion, mérite d’être questionnée plus largement.

Car si le très ample Dictionnaire de l’autobiographie[1] dirigé par Françoise Simonet-Tenant fait bien état des liens entre les écritures de soi et le roman (roman autobiographique, roman à clés, roman de formation), il n’interroge pas directement la notion de « romanesque » au prisme des écrits personnels. Or, les rapports entre romanesque et écritures de soi guidées par un impératif de vérité (autobiographie, mémoires…) demandent sans doute une attention spécifique tant ils engagent des formes d’attraction mutuelle, de porosité ou au contraire de démarcation entre les genres et les modes d’énonciation depuis l’Ancien Régime jusqu’à nos jours.

Les travaux de René Démoris[2] ont mis en évidence les jeux d’hybridation mutuelle entre le roman à la première personne, les mémoires et les formes de récit historique à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles. Si le roman à la première personne se développe en France sous l’influence des mémoires (Marivaux, Defoe, Courtilz de Sandras), parallèlement, les mémoires se défont en partie de la logique de la chronique pour gagner en unité narrative sous l’influence de la fiction. Autrement dit, la mimésis formelle n’est pas l’apanage de la seule fiction. Les écritures factuelles, et plus particulièrement les écritures de soi, imitent également le roman. Plus précisément, elles paraissent reprendre à leur compte ce qui constitue l’intérêt voire le charme de la fabula : le romanesque. Catégorie transhistorique et transgénérique, le romanesque, qu’on ne confondra pas avec le travestissement de la réalité pour des raisons de confort, tel qu’on peut le voir à l’œuvre dans l’autofiction, « connote le roman hors du roman[3] ». Archétype ou modèle mythique de la narration, le romanesque, catégorie « la plus proche de l’accomplissement du rêve[4] » selon Northop Frye, se situerait à mi-chemin entre la légende et la réalité. Quête aventureuse, tentative de dépassement de soi, arrachement à la platitude du quotidien, le romanesque emprunte volontiers ses figures à l’invraisemblance, à l’inouï ou à l’insolite pour mettre en récit une altérité constitutive. Il se manifeste tant du point de vue structurel (intrigue, personnages, durée, organicité de l’œuvre), thématique (sentiments, idées) que stylistique. Le romanesque a partie liée avec la « production de l’intérêt » (Grivel[5]) de la narration. Il participe pleinement de la tension narrative en alimentant les effets de suspens qui nourrissent la pulsion lectoriale[6]. Cette dramatisation du récit peut passer par un travail de la stéréotypie, une intertextualité plus ou moins marquée avec des genres narratifs tels que le roman pastoral, le roman d’aventures, le roman de cape et d’épée, etc. qui colorent bien souvent la notion d’une connotation péjorative. Est « romanesque » ce qui relève de l’excès, de la démesure ou de l’extravagance[7] : autant de caractéristiques qui peuvent tirer la notion du côté du comique ou de la parodie. Aussi les liens entre les écritures de soi, fondées sur un pacte de la sincérité, et la catégorie du « romanesque » ne vont-ils pas de soi.

En refusant nettement le statut d’auteur, les mémorialistes d’Ancien Régime (Retz, Saint-Simon…) manifestent toute leur défiance vis-à-vis du romanesque. Tirant leur légitimité de la vérité historique du témoin, ils invoquent encore l’argument nobiliaire, se défendant de toute forme d’abâtardissement ou de compromission avec les formes indignes du roman. Comment comprendre dès lors les formes d’affabulation présentes dans ces mémoires ? Plus largement, avec Rousseau émergent des formes d’écritures de soi plus démocratiques, réaménageant les rapports avec le romanesque. La variété stylistique des Confessions, dont les scènes ou les épisodes tirent bien souvent leur virtuosité des modèles romanesques, ne sacrifie jamais pour autant la revendication de la vérité et de la sincérité du discours sur soi. Performance destinée à séduire le lecteur, écriture compensatoire visant à panser un ego blessé, le romanesque n’a pas pour seule vocation de réenchanter des souvenirs partiellement oubliés (Rousseau) ou de redorer le blason de vies minuscules (Michon). Il permet peut-être plus fondamentalement de réorganiser les événements passés suivant une temporalité plus large, mettant en perspective le destin d’une vie dans la durée. Plus qu’un type de romanesque, les écritures personnelles mobilisent et/ou critiquent différentes échelles du romanesque, interrogeant à chaque fois le système de valeurs, « l’utopie existentielle[8] », qui lui est associé, système qui change d’une époque à l’autre[9]. Aussi conviendrait-il de questionner l’évolution du romanesque du point de vue des mémorialistes ou des autobiographes du XVIIe siècle à nos jours. Le romanesque dédaigné par le cardinal de Retz a-t-il encore quelque chose à voir avec le romanesque tel qu’il apparaît sous la plume de Madame de Staël, de George Sand, de Michel Leiris, de Philippe Vilain ou de Grégoire Bouillier ?

S’il paraît important de réfléchir à l’historicité de la catégorie axiologique du romanesque mise en jeu dans les écritures de soi, on pourra également s’interroger sur ses manifestations au sein des textes. Comment les écritures personnelles reconduisent-elles ou se jouent-elles des topoï romanesques ? Peut-on parler d’un style romanesque de l’autobiographie, des mémoires, du journal intime ? Et où se situe le romanesque des œuvres qui affirment leur refus farouche de suivre l’ordre logico-temporel du roman ? On pourra enfin réfléchir à l’articulation des régimes d’écritures au sein d’une même œuvre. Comment envisager le rapport entre deux lignées d’écriture : l’une romanesque et l’autre autobiographique pour un même auteur ou une même autrice ? Peut-on déceler des rapports de contamination entre l’un et l’autre ou au contraire mesurer des effets de rupture ?

 

Les propositions d’articles (500 mots environ) accompagnées d’une bio-bibliographie indicative sont à renvoyer à Aurélie Adler (aurelieadler@gmail.com) et Anne Coudreuse (anne.coudreuse@yahoo.fr) pour le 15 janvier 2018.

 

Les articles de 35000 signes sont à remettre pour le 15 juin 2018.

 

[1] Françoise Simonet-Tenant (dir.), Dictionnaire de l’autobiographie. Écritures de soi de langue française, Paris, Champion, « Dictionnaires et références », 2017.

[2] René Démoris, Le roman à la première personne. Du classicisme aux Lumières[1975], Genève, Droz, « Titre courant », 2002.

[3] Shakespeare et l’esthétique du romanesque, hors-série de la revue Romanesquesdirigé par Camille Guyon-Lecoq, Isabelle Hautbout et Audrey Faulot (à paraître aux éditions Classiques Garnier en janvier 2018).

[4] Northop Frye, Anatomie de la critique [1957], trad. de l’anglais par G. Durand, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 1969, p. 226.

[5] Charles Grivel, Production de l’intérêt romanesque, La Haye-Paris, Mouton, 1973.

[6] Raphaël Baroni, La tension narrativeSuspense, curiosité, surprise, Paris, Seuil, 2007.

[7] Voir les quatre composantes thématiques et structurelles retenues par Jean-Marie Schaeffer dans « La catégorie du romanesque », in Gilles Declercq, Michel Murat (dir.), Le romanesque, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2004, p. 291-302.

[8] J.-M. Schaeffer, art. cit., p. 302.

[9] Alain Schaffner considère ainsi le romanesque comme un « embrayeur culturel » : à une époque donnée, le romanesque engage un imaginaire culturel et social spécifique, renvoie à l’idéal qu’une société se donne, voir « Le romanesque, idéal du roman ? », in Le romanesqueIbid. p. 272.

Voir https://www.u-picardie.fr/unites-de-recherche/cercll/axes-de-specialites/roman-romanesque/roman-et-romanesque-439528.kjsp

Source: Fabula

 

CFP: REMEMBERING THE FRENCH WARS OF RELIGION

Submitted by ccarlin on 27 October 2017 - 1:38pm
International Conference, 6–8 September 2018 Institut protestant de théologie, Faculté de Montpellier
 
Organisers: David van der Linden (Groningen), 

Tom Hamilton (Cambridge) and Chrystel Bernat (IPT Montpellier)

 
CALL FOR PAPERS

The French Wars of Religion have fascinated historians ever since the opening shots were fired in a barn in Vassy in 1562. Over the centuries, scholars have explored the myriad political, religious, military, and social aspects of these devastating civil wars. In recent years, however, researchers have also started to examine the memory of the Wars of Religion. They have asked how Catholics and Protestants looked back on the events they had experienced during the wars, how they recorded their memories, and what impact these memories had on post-war society. Most of the scholarship in this nascent field has focused on printed histories and elite memories, but we still know very little about the distinctions between local, national, and transnational memory practices; how memories varied throughout the social hierarchy, among individuals and groups, or within and between confessions; and what long-term impact traumatic memories had on early modern society. 

A focus on memories contests the established view that the transition to post-war France was important primarily because of the policy of forgetting, which reinforced the authority of the French monarchy. When the Edict of Nantes ended the eighth civil war in 1598, it ordered in its first article that ‘the memory of everything which occurred ... during all the previous troubles, and the occasion of the same, shall remain extinguished and suppressed, as things that had never been’. Yet despite the edicts of pacification that compelled French subjects to forget the conflict, its memory has always remained a contested topic within and beyond France, with significant consequences for royal authority and religious coexistence within France and for exile communities beyond its borders. 

More generally, this workshop approaches the Wars of Religion as a particularly productive field for the wider study of memory, history, and forgetting. Can we distinguish between the study of memory and history, remembering and recording the civil wars? A range of sources might be re-evaluated in this light. During and after the conflict, people discussed events in genres such as diaries, chronicles, pamphlets, news sheets, engravings, paintings, and songs. They continued to do so long after the Edict of Nantes, and took their disputes from the streets and battlefields into the pulpits and the law courts. Oral, visual, and written media all had major roles in remembering the Wars of Religion. What difference does it make to focus our attention on how these sources were formed, reformed, and mobilised to different ends? From all of these perspectives, this workshop aims to evaluate how the study of memory can reshape our understanding of the Wars of Religion.

We welcome proposals for 30-minute papers covering topics anywhere between 1562 and 1794. Early career researchers are especially encouraged to submit. Proposals should include a brief CV and an abstract of no more than 300 words. Please submit your documents by e-mail before 15 January 2018 to rememberingthewars@gmail.com. Applicants shall be informed by 28 February 2018. The organisers will cover accommodation in Montpellier (2 nights), lunches, and the conference dinner. 

This conference is part of the NWO-funded research program ‘Divided by Memory: Coping with Religious Diversity in Post-Civil War France, 1598–1685’, led by Dr David van der Linden. For more information on the project, please visit http://vanderlinden.weebly.com

 

LA MEMOIRE DES GUERRES DE RELIGION
 
Colloque international, 6-8 septembre 2018 Institut protestant de théologie, Faculté de Montpellier

Organisé par David van der Linden (Groningue),  Tom Hamilton (Cambridge) et Chrystel Bernat (Montpellier)

 
 
APPEL A CONTRIBUTION

Les guerres de religion ont marqué l’écriture de l’histoire depuis les premiers coups tirés à Vassy en 1562. Au fil des siècles, les chercheurs ont travaillé sur les aspects politiques, religieux, militaires et sociaux de ces guerres civiles dévastatrices. Plus récemment, ils ont commencé à considérer la mémoire des guerres de religion à partir de nouvelles problématiques. Ils interrogent la façon dont catholiques et protestants réfléchirent aux événements vécus pendant les guerres, comment ces souvenirs furent retenus, et quel en fut leur impact dans la société d’après-guerre. Cependant, la plupart de ces recherches portent sur des histoires imprimées et se fondent sur la mémoire des élites. On sait par ailleurs très peu de choses concernant les distinctions entre les pratiques commémoratives locales, nationales et transnationales ; de même de la variété des mémoires selon la position sociale, de la diversité de leur expression individuelle et collective, ni même des variantes intra ou interconfessionnelles ; et des effets de ces mémoires traumatiques sur la société moderne.  Étudier la mémoire des guerres de religion, c’est aussi réviser l’idée reçue selon laquelle l’importance de la transition de la guerre à la paix réside dans la politique de l’oubli, qui renforça l’autorité de la monarchie. Lorsque l’édit de Nantes mit fin à la huitième guerre civile en 1598, il fut ordonné dans l’article premier « que la memoire de toutes choses passées d’une part et d’autre ... durant les autres troubles preceddens et à l’occasion d’iceulx, demourera estaincte et assoupie, comme de chose non advenue ». Malgré les édits de pacification qui appellent les Français à oublier le conflit, la mémoire des guerres de religion a toujours demeuré un sujet contesté, non sans conséquences sur l’autorité royale et la coexistence religieuse en France, mais aussi parmi les communautés exilées. Ce colloque aborde les guerres de religion comme un champ de recherche particulièrement fécond pour l’étude de la mémoire, de l’histoire, et de l’oubli. À quel moment l’histoire devient mémoire ? Et peut-on distinguer entre l’histoire, la mémoire individuelle et la mémoire collective des guerres ? S’agit-il de se souvenir ou de consigner la mémoire des affrontements ? Plusieurs types de documents peuvent être interrogés pour y répondre. Pendant et après les troubles, les sujets français ont discuté les événements aussi bien dans des journaux et des chroniques, des libelles et des nouvelles, que des gravures, des tableaux et des chansons. Ils continuèrent en particulier à commémorer les guerres bien après la promulgation de l’édit de Nantes, en transposant le conflit des rues et des champs de bataille aux chaires et aux tribunaux. Écrits, productions iconographiques et compositions orales ont joué un rôle majeur dans la formation des mémoires des guerres de religion. Le colloque invite à interroger la manière dont ces documents mémoriels furent créés, recomposés et mobilisés à des fins différentes. Dans ces perspectives, il vise à évaluer comment l’étude de la mémoire peut nous aider à repenser les guerres de religion. Les communications, d’une durée de 30 minutes, porteront sur des sujets compris entre 1562 et 1794. Les doctorants et post-doctorants sont particulièrement encouragés à soumettre une contribution. Les propositions sont à adresser à rememberingthewars@gmail.com, assorties d’un résumé de 300 mots (en français ou en anglais) et d’un bref curriculum vitae avant le 15 janvier 2018. Le Comité scientifique communiquera sa décision le 28 février 2018. Les frais d’hébergement (2 nuits) et de restauration à Montpellier seront pris en charge par les organisateurs.

 

CfP: Early Modern Cultures of Hospitality

Submitted by ccarlin on 25 October 2017 - 9:42am

26-27 October 2018

An interdisciplinary conference at the University of Toronto  sponsored by The Toronto Renaissance and Reformation Colloquium Regulating relationships among strangers was a primary concern of the early modern world. Both the rediscovery of the Ancients and the new encounters among Europeans, Eastern peoples, and Native Americans required a rethinking of the laws and customs of hospitality on both local and global scales.

Theological conflicts and shifting national alignments in Europe itself also imperiled traditional conceptions of host and guest, forcing thinkers to envision their responsibilities to others in new ways. What does it mean to welcome another into one’s home, or to be welcomed by another? When is the visitor a guest, when an enemy? What are the limits of the hospitable imperative? How do early modern nations negotiate the boundaries of obligation and relation to their subjects? How do different national, tribal, and religious cultures of hospitality intersect and clash? In what ways do new and traditional art forms enact spaces and events of hospitality and inhospitality? How do concepts of hospitality extend not just to other cultures and locales, but also to non-human environments? This conference will explore practices, symbols, and philosophies of hospitality and obligation in the early modern world.

Proposals will be accepted for individual papers, panels, roundtables, and alternatives to traditional academic models. To submit, please include: the name of the speaker; the speaker’s academic affiliation (or “independent scholar” as applicable); the title of the presentation; a 150-word abstract; full contact information for the speaker (name, address, telephone, email); the speaker’s one-page CV. In the case of complete session proposals, this information is to be repeated for each presenter. Proposals should be emailed in Word format to both conference organizers: Prof. David Goldstein at dgolds@yorku.ca Prof. Konrad Eisenbichler at konrad.eisenbichler@utoronto.ca 

Deadline for submission: 31 December 2017 

For further information on the Toronto Renaissance and Reformation Colloquium, visit its web site at http://www.itergateway.org/trrc/

Source: RSA

Appel à communications: Colloque SATOR 2018 « Le Manger et le Boire dans la fiction narrative »

Submitted by ccarlin on 23 October 2017 - 3:27pm

Hobart and William Smith Colleges, Geneva (New York)

8-10 octobre 2018

Propositions: avant le 15 février 2015

Le colloque annuel de la SATOR (Société d’analyse de la topique romanesque http://satorbase.org) se

tiendra à Hobart and William Smith Colleges, à Geneva, dans l’état de New York. Le thème du

colloque sera Le Manger et Le Boire dans la fiction narrative.

 

Argumentaire :

De l’espace politique (le mouvement fair trade ) à l’espace social (justice alimentaire), le discours contemporain des Food Studies  offre une nouvelle interrogation du monde qui gagne peu à peu l’espace universitaire où il trouve naturellement sa place dans un échange pluridisciplinaire d’exploration et de communications entre des domaines aussi différents que l’anthropologie, l’économie, l’histoire, l’oenologie, la chimie, la philosophie... La SATOR invite donc les chercheurs à un dialogue pluridisciplinaire à partir d’une thématique littéraire, le Manger et le Boire. Comment, et en, quoi la production littéraire reflète-t-elle l’importance vitale du Manger et du Boire ?

Quelle place et quelles fonctions occupent la nourriture et la boisson dans la littérature narrative ? Au-delà des festins pantagruéliques de Rabelais et des petites madeleines de Proust, comment la littérature narrative représente-t-elle le Manger et le Boire ?

Dans l’optique de la SATOR, l’on propose les pistes de réflexion suivantes, qui pourront rester dans les limites traditionnelles de l’association (la fiction narrative littéraire, du Moyen-Âge à 1800), ou proposer des ouvertures vers des périodes antérieures ou postérieures, ainsi que vers des perspectives intermédiales. 

Établissement de topoï  narratifs ou discursifs associés au boire et au manger :

Description et analyse de ces topoï

Configurations narratives de ces topoï

Evolution de ces topoï  à travers une oeuvre, un auteur, une époque, un genre particulier

Rapport de ces topoï  au sein de l’appareil narratif

Symbolique de ces topoï

Littérature gourmande

Discours gastronomique : Hédonisme lié au boire et au manger dans le discours narratif

Métaphores du boire et du manger

Sociabilité, convivialité autour du boire et du manger

Goûts et dégoûts

Littératures et gastronomies : plaisir de lire, plaisirs de table

Le boire et le manger comme méthode de connaissance

Éducation alimentaire

Nostalgies gustatives

Le cru et le cuit

Désir et appétit

Mots et mets

Nourriture et écriture

Faim, soif, désirs

 

Hobart and William Smith Colleges se situent au coeur d’une importante région agricole, également la deuxième région viticole des Etats-Unis, qui voit un renouveau associé aux valeurs écologiques du retour aux valeurs essentielles, et au mouvement mondial de la slow food . Il est donc tout à fait logique que HWS soit l’hôte d’un colloque pluridisciplinaire où s’élabore une réflexion sur le boire et le manger dans la littérature.

 

 Bibliographie préliminaire :

BARTHES, Roland, Mythologies, Paris, Éditions du Seuil, 1951.

BONNET, Jean-Claude, La Gourmandise et la Faim. Histoire et symbolique de l’aliment (1730-1830), Paris, Livre de Poche, 2015. « Références Inédit ».

COURTINE, Robert et Jean DAUMUR. Anthologie de la littérature gastronomique, Paris, Trévise, 1970.

DI FOLCO, Philippe, La littérature gourmande. De François Rabelais à Marcel Proust, Paris, Eyrolles, 2012.

FINK, Beatrice. “The Other French Revolution: Explorations of Culinary and Prandial

Inventiveness”, Gastronomica (Spring 2001), 93-7.

HENNIG, Jean-Luc, Dictionnaire littéraire et érotique des fruits et légumes, Paris, Albin-Michel, 1994.

HENNIG, Jean-Luc, Erotique du vin, Paris, Zulma, 1999.

KAPLAN Steven L., Bread, Politics and Political Economy in the Reign of Louis XV, 2nd ed., London, Anthem Press, 2015.

Les liaisons savoureuses. Réflexions et pratiques culinaires au 18e siècle, éd. Béatrice FINK, Saint-Étienne, PU St. Etienne, 1955. Coll. « Lire le 18e siècle ».

L’imaginaire des nourritures, éd. Simone VIERNE, Grenoble, PUG, 1979

MINTZ, Sidney W. Tasting Food, Tasting Freedom: Excursions into Eating, Culture, and the Past. Boston, Beacon, 1996.

MINTZ, Sidney W., Sweetness and Power: The Place of Sugar in Modern History, Boston, Beacon Press, 1985.

ONFRAY, Michel, Le ventre des philosophes. Critique de la raison diététique, Paris, Grasset, 1989.

ONFRAY, Michel, La raison gourmande, Paris, Grasset, 1995.

REVEL, Jean-François. Un festin en paroles : Histoire littéraire de la sensibilité gastronomique de l'Antiquité à nos jours, Paris, Editions Tallandier, 2007.

TEYSSANDIER, Bernard, Allégories du fromage au Grand Siècle, Paris, PUF, Dix-septième siècle, 2002/4.

« Les Vendanges du Savoir : La littérature et le vin », conférence de Sophie GUERMÈS

Le vin. Dix-huitième Siècle, sous la direction de Jean BART et Élisabeth WAHL, n°29, 1997.

WILD, Anthony, Coffee: A Dark History, New York, W. W. Norton & Company, 2004.

 

Les propositions de communication de 20 minutes comprendront : (1) le nom du ou des communicants, (2) leur(s) éventuelle(s) institution(s) de rattachement, (3) le titre de leur intervention, (4) leurs coordonnées, (5) un résumé de 250 mots.

 

Envoyer les propositions en français ou en anglais à Catherine Gallouët (gallouet@hws.edu )

Date limite de réception des propositions : 15 février 2018

Les propositions seront soumises à l’approbation d’un comité scientifique composé des

membres suivants :

Yen-Maï Tran-Gervat, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, Présidente de la SATOR yen-mai.trangervat@sorbonne-nouvelle.fr

Jean-Pierre Dubost, UCA (Université de Clermont Auvergne), dubost.jeanpierre@gmail.com

Madeleine Jeay, McMaster University, jeaymad@mcmaster.ca

Catherine Gallouët, Hobart and William Smith Colleges, gallouet@hws.edu

Véronique Duché, The University of Melbourne, veronique.duche@unimelb.edu.au

Daniel Maher, University of Calgary, dmaher@ucalgary.ca

Stéphane Lojkine, CIELAM, Centre interdisciplinaire d’étude des littératures d’Aix-Marseille, stephane.lojkine@univ-amu.fr

L’acceptation des propositions sera confirmée aux auteurs au plus tard le 15 avril 2018

Tout participant au colloque devra adhérer à la SATOR: voir http://satorbase.org

 Comité d’organisation à Hobart and William Smith Colleges :

▪ Organisation du colloque : Catherine Gallouët (littérature du dix-huitième siècle)

▪ Mathew Crow (histoire colonial américaine) crow@hws.edu

▪ Laurence Érussard (littérature médiévale) erussard@hws.edu

▪ Courtney Wells (littératures francophones médiévales) wells@hws.edu

« Une histoire de la poésie française, par les ouvrages mêmes des poètes » ? Le Recueil Barbin (1692). Colloque organisé à Lyon (IHRIM), 3-4 mai 2018

Submitted by jtamas on 18 October 2017 - 9:32pm

« Une histoire de la poésie française, par les ouvrages mêmes des poètes » ?

Le Recueil Barbin (1692).

 

Colloque organisé à Lyon (IHRIM),

3-4 mai 2018

 

Dans la continuité d’un séminaire intitulé « Lire par morceaux : lectures et lecteurs de recueils et d’anthologies (16e-18e siècle) » (http://ihrim.ens-lyon.fr/evenement/seminaire-doctoral-du-gadges-2017-2018-lire-par-morceaux-lecteurs-et-lectures), ce colloque se centre sur un recueil de poésie à la fois exemplaire (pour les questions qu’il soulève), et d’une grande influence, le Recueil des plus belles pièces des Poètes français, tant anciens que modernes, avec l'histoire de leur vie, dit Recueil Barbin, paru en 5 volumes en 1692 et attribué à Fontenelle. S’ouvrant sur Villon et s’achevant sur Benserade, ce recueil est souvent considéré comme la première véritable anthologie de la poésie française, tout en étant lu comme un manifeste de la poésie galante. Plusieurs fois réédité et imité, il est aussi à mettre en relation avec le développement des anthologies poétiques scolaires au cours du XVIIIe siècle.

 

A partir de ce cas, ce sont les enjeux de cette forme particulière de publication qu’est le recueil que nous souhaitons étudier : son économie (marchande et symbolique) particulière, le rôle des recueils dans l’écriture de l’histoire de la littérature et leurs usages, notamment pédagogiques et idéologiques.

Les principales pistes retenues (non exclusives), sont les suivantes :

-la dimension matérielle et éditoriale de l’entreprise : resituer l’édition du recueil par Barbin au sein de l’économie des recueils collectifs, florissante dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Les aspects juridiques et marchands de la publication de recueils collectifs, au-delà du seul cas du recueil de 1692, nous intéresseront particulièrement ;

-les enjeux sociaux, politiques et idéologiques représentés par le recueil, notamment comme discours sur la poésie et son histoire : « on ne modélise que des formes, mais on les modélise pour des raisons politiques, que l’on occulte sous des considérations formelles » (Alain Viala). Que signalent de ce point de vue la sélection des auteurs, des textes, de leurs versions, ainsi que leur organisation dans les différents volumes ? quelle vision de la pratique de la poésie et de ce qu’est un poète promeuvent ces gestes éditoriaux, ainsi que les notices qui les accompagnent ?

-le recueil comme œuvre attribuée à Fontenelle : quel est le sens de cette attribution ? quel rôle auctorial donne-t-elle à la figure du compilateur ?

 

Les propositions de communication (environ 300 signes) sont à envoyer avant le 30 novembre 2017 à Mathilde Bombart (mathilde.bombart@univ-lyon3.fr), Maxime Cartron (maxime.cartron@univ-lyon3.fr) et Michèle Rosellini (michele.rosellini@ens-lyon.fr).

Site web de référence : http://ihrim.ens-lyon.fr/evenement/une-histoire-de-la-poesie-francoise-par-les-ouvrages-mesmes-des-poetes-le

Syndicate content