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L'Hiver de 1709

Article Citation: 
Cahiers XII, 2 (2009) 1–29
Author: 
Francis Assaf
Article Text: 

Les dégâts causés par le terrible hiver de 1709 sont une catastrophe véritablement européenne. De la Scandinavie à la Méditerranée, pendant au moins quatre mois (et sans doute plus en maints endroits), le continent est pris dans l’implacable étreinte des glaces, étouffe sous d’énormes accumulations de neige, se noie dans d’innombrables inondations dues à des dégels provisoires, rapidement remplacés par de nouveaux regels. La situation économique, au bout de neuf ans de guerre de Succession d’Espagne, était loin d’être brillante ; la France, en particulier, n’était pas au bout de ses peines, tant s’en faut…

Le cruel hiver de 1709 acheva de désespérer la nation. Les oliviers, qui sont une grande ressource dans le midi de la France, périrent. Presque tous les arbres fruitiers gelèrent. Il n’y eut point d’espérance de récolte. On avait très peu de magasins. Les grains qu’on pouvait faire venir à grands frais des Échelles du Levant et de l’Afrique pouvaient être pris par les flottes ennemies, auxquelles on n’avait presque plus de vaisseaux de guerre à opposer. Le fléau de cet hiver était général dans l’Europe; mais les ennemis avaient plus de ressources. Les Hollandais surtout, qui ont été si longtemps les facteurs des nations, avaient assez de magasins pour mettre les armées florissantes des alliés dans l’abondance, tandis que les troupes de France, diminuées et découragées, semblaient devoir périr de misère (Le Siècle de Louis XIV 249).

Ainsi Voltaire décrit-il, au chapitre XXI de son célèbre ouvrage sur le Roi-Soleil et son règne, ce désastre naturel majeur qui désole des mois durant la France et l’Europe, s’additionnant aux malheurs qu’apporte la guerre de Succession d’Espagne, qui sévit depuis déjà neuf ans. Le Dictionnaire philosophique fait mention, à l’article « blé », de la terrible disette qui accompagna –et suivit– le « Grand Hyver » : « La nation ne mourut pas de la disette horrible de 1709; elle fut très malade, mais elle réchappa. Nous ne parlons ici que du blé, qui manqua absolument; il fallut que les Français en achetassent de leurs ennemis mêmes; les Hollandais en fournirent seuls autant que les Turcs1. » Ce n’était pas le premier désastre qui accablait la France sous le règne de Louis XIV, tant s’en faut : un autre, non moins notable, étant la grande famine de 1693-1694.

Disons quelques mots sur celle-ci. L’automne pluvieux de 1692 est suivi d’un hiver trop doux, pluvieux aussi, puis d’un printemps où les précipitations sont tout aussi excessives. Ce manque de sécheresse et de chaleur avait compromis les semailles d’automne comme celles de printemps. Le résultat est que la moisson de 1693 est fortement déficitaire, affectant spécialement les régions du Centre. Seule la Bretagne, où les récoltes ont été à peu près normales, échappe à la famine et peut même aider un peu le reste du pays, comme le mentionne l’historien Marcel Lachiver, qui consacre 12 pages (485-496) de son ouvrage (q.v.) à des documents sur cette famine.

Revenons à l’hiver de 1709. L’auteur de Candide en a sans doute connu lui-même les rigueurs, étant âgé de 16 ans lorsque le grand froid est arrivé. Il faut cependant nuancer son jugement sur les Alliés et la Hollande en le mettant en regard avec des sources contemporaines, comme on le fera plus loin. Lachiver rapporte en détail les péripéties météorologiques qui précèdent la première grande vague de froid. En dépit d’un automne maussade (Cornette 498), le mois de décembre avait été relativement supportable et, bien que les paysans s’attendissent à quelques difficultés durant les mois d’hiver, nul ne pouvait prévoir le désastre qui devait frapper la France et l’Europe. (Lachiver 270 ss).

Le commencement de cette phénoménale vague de froid date du 5 ou 6 janvier, c’est-à-dire la veille ou le jour de l’Épiphanie, encore que les prodromes du désastre se soient fait sentir dès le mois d’octobre. Certaines sources font mention d’une saison de vendanges bien plus froide qu’à l’ordinaire, ce que confirme Lachiver.

Voici ce que raconte Saint-Simon sur les débuts de ce « Grand Hyver » :

Mme de Maintenon fut heureuse d’avoir eu à s’avantager de l’excès du froid. Il prit subitement la veille des Rois, et fut près de deux mois au-delà de tout souvenir. En quatre jours la Seine et toutes les autres rivières furent prises, et, ce qu’on n’avait jamais vu, la mer gela à porter le long des côtes. Les curieux observateurs prétendirent qu’il alla au degré où il se fait sentir au-delà de la Suède et du Danemark. Les tribunaux en furent fermés assez longtemps. Ce qui perdit tout et qui fit une année de famine en tout genre de productions de la terre, c’est qu’il dégela parfaitement sept ou huit jours, et que la gelée reprit subitement et aussi rudement qu’elle avait été. Elle dura moins, mais jusqu’aux arbres fruitiers et plusieurs autres fort durs, tout demeura gelé (332–333).

Voulait-il dire par là que l’épouse de Louis XIV profita du froid pour se calfeutrer dans son appartement ou exprime-t-il simplement l’antipathie qu’il nourrissait de longue date contre elle? Ce n’est pas bien clair, mais il revient un peu plus loin avec des détails précis sur la rigueur du froid. Il faut admirer comment il va du général (qu’il n’a pu guère apprendre que par des sources extérieures) au particulier, c’est-à-dire ce qui touchait les habitants de Versailles, puis de nouveau au général, peut-être pour mettre en contraste un inconfort, après tout relatif, avec la dévastation quasi-universelle qui sévit par tout le pays :

L’hiver, comme je l’ai déjà remarqué, avait été terrible, et tel, que de mémoire d’homme on ne se souvenait d’aucun qui en eût approché. Une gelée, qui dura près de deux mois de la même force, avait dès ses premiers jours rendu les rivières solides jusqu’à leur embouchure, et les bords de la mer capables de porter des charrettes qui y voituraient les plus grands fardeaux. Un faux dégel fondit les neiges qui avaient couvert la terre pendant ce temps-là; il fut suivi d’un subit renouvellement de gelée aussi forte que la précédente, trois autres semaines durant. La violence de toutes les deux fut telle que l’eau de la reine de Hongrie2, les élixirs les plus forts, et les liqueurs les plus spiritueuses cassèrent leurs bouteilles dans les armoires de chambres à feu, et environné[e]s de tuyaux de cheminée, dans plusieurs appartements du château de Versailles,où j’en vis plusieurs, et soupant chez le duc de Villeroy3, dans sa petite chambre à coucher, les bouteilles sur le manteau de la cheminée, sortant de sa très petite cuisine où il y avait grand feu et qui était de plain-pied à sa chambre, une très petite antichambre entre-deux, les glaçons tombaient dans nos verres. […]. Cette seconde gelée perdit tout. Les arbres fruitiers périrent, il ne resta plus ni noyers, ni oliviers, ni pommiers, ni vignes, à si peu près que ce n’est pas la peine d’en parler. Les autres arbres moururent en très grand nombre, les jardins périrent et tous les grains dans la terre. On ne peut comprendre la désolation de cette ruine générale. (398–399).

Le désastre est amplifié par une combinaison de cupidité et d’incompétence bureaucratique. Ayons encore une fois recours à Saint-Simon pour voir comment l’incurie et l’égoïsme s’allient pour aider les éléments à intensifier la misère :

Chacun resserra son vieux grain. Le pain enchérit à proportion du désespoir de la récolte. Les plus avisés ressemèrent des orges dans les terres où il y avait eu du blé, et furent imités de la plupart. Ils furent les plus heureux, et ce fut le salut, mais la police s’avisa de le défendre, et s’en repentit trop tard. Il se publia divers édits sur les blés; on fit des recherches des amas4; on envoya des commissaires par les provinces trois mois après les avoir annoncés, et toute cette conduite acheva de porter au comble l’indigence et la cherté, dans le temps qu’il était évident par les supputations qu’il y avait pour deux années entières de blés en France, pour la nourrir tout entière, indépendamment d’aucune moisson. (399)

Saint-Simon exagère-t-il quant aux accumulations de blé ? Ce n’est pas clair. Il reste qu’il se montre très sévère, non seulement envers les spéculateurs sur les blés, mais aussi envers le roi, dont il critique l’absolutisme aveugle, qui provoque une crise avec le Parlement de Paris lequel, tentant de mettre bon ordre à cette gabegie, n’évite une dure réprimande de la part du souverain, que sur l’intervention de Pontchartrain, qui supplie le roi de considérer les bonnes intentions du Parlement et la légitimité de sa juridiction. Si la réprimande est évitée, défense est faite tout de même au Parlement de se mêler de réglementer les blés, ce dont se charge d’Argenson5, lieutenant de police de Paris, faisant appliquer des règlements draconiens avec une implacable sévérité, démontrant ici, comme en d’autres circonstances, son caractère rigide (Frédéric d’Agay, in Bluche 103). Le roi réagit avec la même jalousie de ses pouvoirs à une semblable initiative prise par le parlement de Bourgogne (401), dont le président n’évite pas la réprimande, cette fois-ci…

Les conséquences économiques vont au-delà du tragique. Non seulement les frères Pâris6 réalisent de gros bénéfices sur la « cherté », ce qui indigne Saint-Simon  au plus haut point, mais le froid atroce provoque une dislocation générale de la machine économique française (403). L’immense élan de charité qu’a engendré la situation est loin de pouvoir endiguer le raz-de-marée de misère qui déferle sur Paris aussi bien que sur les provinces, prises dans les serres implacables du « Grand Hyver ». Saint-Simon enrage contre la politique fiscale du roi, qui impose sans discrimination des taxes pour aider en principe les pauvres ; cette taxation est menée avec un tel mélange de brutalité et d’incompétence que non seulement les pauvres n’en bénéficient guère, mais aussi que ceux qui sont obligés de supporter ces impositions s’en trouvent très souvent appauvris eux-mêmes, tandis que dans le trésor royal s’entassent millions sur millions de livres7. Saint-Simon  insiste que le tableau qu’il dépeint est « exact, fidèle et point chargé. » (404) On sait combien le duc désapprouvait par principe certaines politiques de Louis XIV, mais, compte tenu de l’ampleur européenne du désastre de 1709, il faut penser que ce qu’il rapporte, aussi bien les faits que les intentions et les attitudes, n’était pas trop exagéré.

Il faut mettre en regard Saint-Simon avec ce qu’écrit Dangeau dans son journal (q.v.). A la passion du duc, on peut opposer le ton neutre du marquis, qui ne rapporte, du 6 janvier au 4 février, que de brèves remarques sur le froid, qui empêche Louis XIV de sortir prendre l’air autant qu’il le voudrait. Il faut pourtant faire mention d’une entrée, datée du 3 février : « M. le premier président a été chez le cardinal de Noailles8 avec quelques conseillers pour lui représenter que la rigueur de la saison, le manque de poisson et de légumes doivent l’engager à donner permission de manger gras en Carême. » (Journal 323–324). Dangeau rapporte que, le 8, le cardinal, d’accord avec le premier président du Parlement, le procureur général, le prévôt des marchands et le lieutenant de police, ne permet que la consommation des œufs, et seulement jusqu’à la mi-carême (328). On verra plus loin que Rome manifeste un semblable souci du bien-être des bons catholiques… Vers la mi-février, le temps semble s’être un peu adouci, vu que les ducs de Bourgogne et de Berry vont courre le cerf dans la forêt de Saint-Germain (334). A partir de là, aucune mention du froid qui étreint la France et l’Europe jusqu’au mois suivant. En conclusion, la lecture du journal de Dangeau apporte fort peu de renseignements sur le « Grand Hyver ». Tout semble normal à Versailles, où on donne fort souvent la comédie. Le roi fait planter (on se demande quoi et surtout comment, le sol devant être gelé), va se promener (sauf quelques jours où le froid est vraiment trop insupportable) et fait ses dévotions. Outre Saint-Simon, il faut donc se tourner vers une autre source pour un complément d’information sur ce qui se passe, tant à Versailles que dans le reste du pays.

Cette source, bien proche de Louis XIV, est sa belle-sœur, Élisabeth-Charlotte d’Orléans (1652–1722), seconde épouse de Monsieur. C’est la Princesse Palatine, dont Dirk Van der Cruysse a fait paraître en 1988 une importante biographie (q.v.). Les pages qu’il consacre aux réactions de la princesse au « Grand Hyver » (457–462) reflètent à peu près les mêmes conditions climatiques à Versailles et à Paris que celles que rapporte Saint-Simon. La princesse, cependant, est loin d’exprimer les critiques que profère le duc à l’endroit du roi. Van der Cruysse commence par tracer un tableau saisissant des effets du froid, qui viennent s’ajouter aux revers militaires subis en décembre de l’année précédente : capitulation de Lille, perte de Bruges et de Gand.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier, une brusque chute de la température jusqu’à -20° paralysa le royaume jusqu’en mars, avec un dégel trompeur fin janvier qui fait fondre en eau l’épaisse couche de neige qui protégeait les blés d’hiver. La seconde gelée à partir du 31 janvier fut encore plus brutale ; elle couvrit le pays d’une gangue de glace qui immobilisait la vie publique. Les boutiques et salles de spectacle étaient fermées, les tribunaux ne siégeaient plus. Les cours d’eau gelés et les routes impraticables sous la glace rendaient quasi-impossibles les transports de vivres et de bois. (457)

Moins incisives cependant que les mémoires de Saint-Simon, insistant peut-être un peu plus sur le détail anecdotique, les lettres de la Palatine n’en constituent pas moins un reflet authentique des vicissitudes qu’inflige l’hiver de 1709. Celle qu’elle écrit le 10 janvier à sa demi-sœur, la raugrave Amélie-Élisabeth9 ne mentionne que les belles médailles que celle-ci lui a envoyées. Élisabeth-Charlotte s’extasie sur ces pièces de collection, dont elle possède à cette date quatre cent huit en or (Lettres de Madame..., 267). Sa lettre du 17 est plus explicite : « Dimanche dernier il faisait un froid atroce et l’on avait allumé un feu terrible dans la cheminée de la salle où nous mangeons. » (267–268) Le reste, cependant, traite surtout de préséances et de rivalités, somme toute assez mesquines, entre elle et le Dauphin (le duc de Bourgogne). Sa lettre à Sophie de Bohême, duchesse de Hanovre10, en date du 19 janvier, offre plus de détails:

… De mémoire d’homme, il n’a fait aussi froid ; on n’a pas souvenance d’un pareil hier. Depuis quinze jours on entend parler tous les matins de gens qu’on a trouvés morts de froid ; on trouve dans les champs les perdrix gelées. Tous les spectacles on cessé aussi bien que les procès : les présidents et les conseillers ne peuvent siéger dans leurs chambres à cause du froid … (Lettres de Madame… 268)

Quoi que dise la Palatine (et Dangeau !), les théâtres demeurent actifs (Voir Appendice III), en dépit des conditions climatiques. Quoi qu’il en soit, le 2 février, elle écrit de nouveau à Amélie-Élisabeth :

…Le froid est si horrible en ce pays-ci que depuis l’an 1606, à ce qu’on prétend, on n’en a pas vu un tel. Rien qu’à Paris il est mort 24000 personnes du 5 janvier à ce jour… (269).

Le Mans et environs, Figure 1

Sa lettre du 9 février à son autre demi-sœur la raugrave Louise (1661-1733) mentionne une autre calamité (pour le peuple), conséquence du froid : « Les loups aussi font rage ici : ils ont dévoré le courrier d’Alençon avec son cheval et en avant du Mans11 ils ont attaqué à deux un marchand… » (270). Les détails sont saisissants :

[D]eux loups ont attaqué un marchand : un lui sauta à la gorge et commença à déchirer son justaucorps ; il cria : deux dragons qui se promenaient hors de la ville vinrent au secours du marchand ; l’un tire son épée et en perce le loup de part en part ; le loup laisse le marchand, saute sur le dragon et le saisit par le cou. Son camarade s’empresse de venir à son secours, et abat le loup, mais déjà la cruelle bête avait étranglé le dragon. Le second loup vient par-derrière, terrasse l’autre dragon et le mord par-derrière. Lorsqu’on arrive de la ville pour prêter assistance, on trouva deux dragons et un loup étendus morts. L’autre loup s’était enfui. (Correspondance complète 110)

Il est bien évident que la Palatine n’a pas assisté en personne à cette scène hautement dramatique, mais que l’attaque a dû être reconstituée par les gens venus au secours des soldats (y compris les appels au secours du marchand, sans doute).

Sa lettre du 2 mars à la même rapporte l’histoire d’une pauvre femme ayant volé un pain au marché. Arrêtée, elle supplie qu’on lui laisse le pain, alléguant qu’elle a à la maison trois enfants en haillons, mourant de faim. Le commissaire qui l’accompagne chez elle pour vérifier ses dires découvre le mari derrière la porte : il s’était pendu de désespoir (Lettres de Madame… 271, Correspondance complete 111–112).

Fondée par Théophraste Renaudot en 1631, la Gazette de France relate en détail des nouvelles sur la situation climatique de certaines régions d’Europe entre janvier et avril 1709. En examinant ces quatre mois, il devient évident que les nouvelles de la guerre de Succession d’Espagne et les « bulletins météorologiques » sont indissociables. On a cependant choisi d’omettre tout ce qui concerne les activités militaires, n’y faisant allusion que lorsque cela devient indispensable pour comprendre l’étendue des dégâts dus au froid, dégels, regels. Une constatation devient évidente à mesure qu’on lit la Gazette de France : la propagande louis-quatorzienne est flagrante mais, curieusement, c’est par omission12 . Du 15 janvier au 6 avril 1709, on relève 31 mentions du froid et de ses conséquences en Europe. On relève également 6 fois où la France est mentionnée, mais uniquement concernant Paris ou Versailles ; il n’y est nullement question du froid, encore moins de ses conséquences. Voyons comment un lecteur en 1709 apprendrait ce qui se passe en France.

Le 26 janvier, à Paris, arrive Antonio Mocenigo, ambassadeur de la république de Venise. L’article décrit en grand détail d’abord la réception du diplomate, avec l’ordre des carrosses et des personnages de la Cour, ensuite la cérémonie proprement dite. Le 8 février, la Gazette de France rapporte de Versailles les rites religieux célébrés à l’occasion de la fête de la Purification de la Vierge (2 février), la réception de Cronstrom, envoyé extraordinaire du roi de Suède, ainsi que les promotions de brigadiers de cavalerie et de dragons. Toujours de Versailles, en date du 15 mars : le 8, le roi, accompagné du Dauphin, du duc de Bourgogne, du duc et de la duchesse de Berry, entend dans la chapelle du château la prédication de l’abbé Anselme13 . Le 16, on peut lire que des commandants de marine français ont effectué trois prises: une hollandaise et deux anglaises, toutes trois chargées de produits de luxe ou exotiques : tabac, sucre, cacao, vins, bois de brésil. On ne peut qu’imaginer la réaction des Parisiens, frigorifiés et affamés, devant cette nouvelle. Le 5 avril, le lecteur de la Gazette a droit à un rapport détaillé sur les dévotions royales durant les derniers jours du Carême : le jeudi 28 mars, le roi, accompagné du duc et de la duchesse de Bourgogne, ainsi que du duc et de la duchesse de Berry, avait entendu l’office de Ténèbres. Le vendredi 29, un sermon de la Passion par l’abbé Anselme. Le samedi 30, le roi s’était rendu à l’église paroissiale de Versailles et avait communié des mains du cardinal de Janson, Grand-Aumônier de France. Ensuite il avait touché un grand nombre de malades. Le Dauphin avait communié des mains de l’abbé de Maulévrier, aumônier du roi. Le soir, les duc et duchesse de Bourgogne et ceux de Berry avaient entendu les vêpres et le Salut, dans la chapelle du château. Le 31 mars, jour de Pâques, le roi avait assisté à une messe basse dans la chapelle du château, en dépit d’une colique qui le tourmentait. Le Dauphin, la Dauphine ainsi que le duc et la duchesse de Berry avaient eu droit, eux, à la grand’messe chantée. Heureusement, vers la fin de la journée, la colique royale s’était soulagée… Le 6 avril est consacré à une longue chronique des personnages notables (de Paris) morts le mois précédent. Voilà tout ce que rapporte de France la Gazettedurant cette période.

Si c’était l’unique source, en mettant cela en contexte avec le reste des nouvelles, on aurait l’impression bizarre que la France constitue un îlot de temps clément et de normalité, voire de prospérité, au sein d’un océan de détresse car, pour le reste de l’Europe, septentrionale ou méditerranéenne (avec la notable absence de l’Espagne et du Portugal), la nature s’est montrée infiniment plus cruelle. Ceux sur lesquels la Gazette de France donne le plus de renseignements sont les pays ennemis de la France : Pays-Bas catholiques (Belgique), Allemagne et Autriche, mentionnés 22 fois en tout. Plus on va au nord, plus les conditions sont mauvaises. Par exemple, la Gazette rapporte que le détroit de Sund (Øresund) a été gelé en deux jours et qu’on passe à pied de l’île de Zélande (où se trouve Copenhague) à la province de Schønen (en suédois Skåne), c’est-à-dire la Scanie (l’extrême sud-ouest de la Suède). Curieusement, la Hollande n’est mentionnée qu’une fois. Le même numéro rapporte que le froid y est tellement vif que non seulement les chariots passent sur les canaux, mais aussi traversent le Zuiderzee. Les souffrances de la population sont extrêmes14 . Cela semble bien contredire ce qu’avance Saint-Simon dans ses mémoires.

Figure 2: Denmark, Satellite Image

L’Allemagne aussi est durement frappée. Au 15 janvier, la Gazette rapporte de Hambourg que l’Elbe est gelée à tel point que les chariots la traversent sur la glace, remarque fort commune et que l’on voit un peu partout. 10 hommes meurent en allant à la foire de Kiel. Le Mein à Francfort et le Rhin en plusieurs endroits sont gelés sur l’épaisseur d’une brasse15 . Beaucoup de gens sont morts de froid et même les oiseaux tombent morts du ciel. Dans la région de Darmstadt, les dommages sont incalculables. Un grand nombre de cerfs, de sangliers et d’autres bêtes sauvages meurent. Plus de mille morts à Heidelberg à cause du froid. En Europe centrale, les lacs de Zurich et de Constance sont gelés. Un aspect bénéfique de la vague de froid, cependant : au 2 mars, la Gazette de France rapporte que la maladie contagieuse qui sévissait dans ces régions à pris fin16 .

Le 6 février, la fonte des glaces à Cologne a fait déborder le Rhin de telle sorte qu’une partie de la ville était inondée. On ne pouvait aller qu’en bateau dans la plupart des rues. Plusieurs villages des environs ont été submergés. Les habitants se sont réfugiés sur les toits ; beaucoup ont péri, de même que les bestiaux. On constate les mêmes accidents ailleurs le long du fleuve, ainsi qu’en Saxe. La situation oscille entre les dégels, qui causent des inondations catastrophiques, et les regels, qui rendent les chemins impraticables. Toutefois, la glace n’est pas si solide en mars, ce qui a causé la mort de plusieurs marchands et la perte de leurs marchandises lors de tentatives de traversée de glaces insuffisamment épaisses. Les souffrances des troupes palatines et de Hesse-Kassel en raison des rigueurs hivernales sont extrêmes : plus de 2500 hommes sont morts, estropiés ou malades. Enfin vers la fin mars, l’hiver semble avoir relâché quelque peu son étreinte. L’Elbe est encore couverte de glaçons, mais la vague de froid semble passée. Le temps continue à être glacial en Prusse orientale et en Pologne, où des alternatives de dégel et de regel continuent à provoquer des morts par inondations puis par famine ou misère.

Du 18 janvier au 29 mars, la Gazette de France relève les conditions extrêmes qui affligent les Pays-Bas (Belgique et Hollande) : le froid a pris brusquement dans la nuit du 5 au 6. Les troupes alliées (danoises et anglaises) ont souffert extrêmement du froid, qui est le plus rigoureux depuis 40 ou 50 ans. On trouve de nombreux soldats morts sur les chemins. Plus de 800 restent dans les hôpitaux de Liége, de Maëstricht et d’autres villes. La rigueur du froid cause dans la campagne belge une misère extrême, aggravée par les exactions des armées qui occupent la région. La neige rend les chemins impraticables. Dans les villes, elle s’accumule jusqu’à 3 ou 4 pieds de hauteur. Un bref dégel entre le 10 et le 15 février permet une certaine reprise de la navigation mais, dans la nuit du 18 au 19, la gelée recommence et les canaux ainsi que la Meuse regèlent. Vers le 22, la gelée a complètement repris. Neiges et vents impétueux engendrent une misère généralisée en Flandre et en Brabant: la rasière de blé (environ 144 litres), qui valait en 1708 5 florins, est à 20. La disette est exacerbée par le fait que les villes voisines interdisent d’exporter des provisions sous peine de mort.

D’autres villes de Flandre sont aussi victimes de graves pénuries: le duc de Holstein-Beck, commandant de la place de Lille, a ordonné aux habitants de la ville d’amasser trois mois de provisions ou de quitter la ville. Les magistrats ont ordonné aux habitants de déclarer ce qu’ils ont comme provisions sous peine de 50 florins d’amende. L’impossibilité de transporter les denrées alimentaires fait empirer la famine : le dégel empêche les transports par voie de terre, le regel rend la navigation impossible. Le 16 mars, les magistrats de Lille avaient fait publier trois ordonnances sur les vivres :

a. Ordre à tous les habitants de déclarer la quantité de grains & de farine qu’ils ont.
b. Même ordre, de déclarer la quantité de vin, d’eau-de-vie, de sel, de tabac et de riz.
c. La perception de droits sur les denrées alimentaires est suspendue.

Dans de nombreux villages et villes, les inondations forcent les gens à naviguer en bateau dans les rues. Bolduc (Bois-le-Duc ou s’Hertogenbosch17 en néerlandais) n’est qu’un exemple parmi bien d’autres... Les digues cèdent sous la poussée des glaces, en particulier dans la région des bouches de la Meuse, aggravant les inondations. Plus on regarde vers l’est de l’Europe, plus les conditions sont dures.

Le sud du continent n’est pas mieux nanti : au 26 janvier, le froid est extrême à Venise. Tous les canaux et les lagunes sont gelés. On se rend à Mestre18 à pied (scénario commun à toute l’Europe). La pénurie de denrées alimentaires est générale dans la population à cause du gel. Mais pour ce qui est des nobles, ils ne semblent pas souffrir : le roi de Danemark vient en visite et donne un magnifique divertissement dans son palais. Le dégel du 2 février apporte une légère amélioration : les provisions commencent à arriver par voie d’eau mais, comme dans le reste de l’Europe, les pluies sont si abondantes que les chemins sont devenus impassables, inhibant l’approvisionnement par voie de terre. La Gazette de France se contente de rapporter les faits sans aucun commentaire, mais le lecteur peut se faire une idée de la compassion de l’Église dans ces pénibles circonstances : le 23, à Rome, le cardinal Carpegna, vicaire du pape, fait venir une assemblée de médecins pour déterminer si, en raison de la rigueur de l’hiver, du manque de poisson salé dû à l’interruption de la navigation par une recrudescence de l’activité des corsaires, de l’augmentation des maladies et de la misère causée par les déprédations des Allemands, il ne fallait pas accorder des dispenses touchant l’observation du Carême. Contrairement à celle du cardinal de Noailles (supra), la décision finale n’est pas connue…

Le 27 février, nouvelle visite du roi de Danemark, à qui la Sérénissime République offre une splendide collation. Ces réjouissances forment un contraste frappant avec les exigences des troupes impériales, qui se livraient au même moment à des exactions financières : 32 000 écus de la marche d’Ancône, et plus encore du duché d’Urbino. Les Impériaux sont en train de ruiner les États du pape.

Pour savoir en détail ce qui se passait vraiment en France, il faut avoir recours aux chroniques. Joël Cornette (498-499) cite le curé du village d’Ezy 19 , qui donne les renseignements suivants :

La veille du 6’ de janvier de l’année 1709, jour des Rois, il plût et le jour des Rois, la gelée fut prodigieuse, Elle continua de plus en plus jusques au 28 du mois; en sorte qu’il n’étoit point d’homme par terre qui en eust veu une semblable. ny entendu parler, ny leu dans l’histoire. Il geloit jusques au coin du feu el le vin auprès du feu ne dégeloit qu’à peine. La rivière prit de plus d’un pied d’épais. On coupoit la glace avec des cognées et autres instrumens pour faire aller un des deux moulins, et les glaçons qu’on en tiroit estoient comme des pierres de taille, Les neiges estoient aussi prodigieuses que la gelée. Il y en avoit jusques aux genoux également. Celle gelée fut si forte que les chênes de 50 ans fendoient par le milieu du tronc en deux ou trois; on les entendoit dans le vieil parc et dans la forest faire du bruit en s’ouvrant comme des pétars, et après la gelée tous se refermèrent [...]. Les volailles tomboient mortes dans leurs pouliers20 , les bestes dans leurs tanierres et les hommes avoient bien de la peine à s’échauffer, surtout la nuit, plusieurs brulèrent icy leurs lits pour les échauffer [...]. Pour dire une messe basse, il falloit deux réchaux, un proche du calice, et l’autre des burettes; de l’eau bien chaude pour faire l’eau bénite [...]. J’ai vu mes paroissiens à l’église ayant tous les cheveux et la barbe toutes blanches et leurs haleines qui glaçoient en sortant de leurs bouches [...]. La plupart des vignes furent gelées [...]. Le vin fort rare pendant trois ans [...], le cidre devint rare aussy [...], le meilleur bled ne passoit pas 30 livres à Pâques; mais sitôt que les bleds ne donnèrent plus d’espérance, il haussa à tous les marchez si fort qu’au mois d’aoust : il valoit 82 livres le septier, jusqu’à 85 livres le plus beau [...]. Le pain de son fut fort commun, tous les pauvres en vivoient [...], on faisoit aussi du pain d’avoine, celui des pauvres gens étrangloit, tant il estoit rude et amer. J’en goutai exprez, à chaque bouchée, il falloit un coup d’eau pour le faire passer [...]. Les pauvres n’avoient plus que la peau et les os...

Nous avons choisi de donner cette citation dans son entièreté pour la richesse des détails qu’elle fournit et aussi à cause du fait que c’est un « non-privilégié », un simple curé de village qui parle.

Dans la Touraine, nous avons plusieurs localités qui ont laissé des chroniques. Le Grand-Pressigny, Mouzay, Sainte-Radegonde, Tours et Loches rapportent essentiellement la même chose, en termes poignants21 : les arbres fruitiers, les chênes, même les rochers se fendent. Les vignes et les blés périssent. De Tours, on note ce détail, peu surprenant à la vérité, mais intéressant tout de même :

Le pain estoit à peine sorti du four qu’il geloit, et le vin geloit visiblement en le versant dans le verre. On ne buvait qu’à la glace. On ne pouvoit s’échauffer qu’avec le meilleur feu. On ne pouvoit dans les rues distinguer les vieux et les jeunes parce qu’on avait pareillement la barbe et les cheveux blancs.

Encore un indice de compassion ecclésiastique : le curé de Loches voit dans cet hiver une punition divine, ainsi qu’il le note en fin du registre paroissial pour l’année 1709.

L’Île-de-France n’est pas moins durement touchée, ainsi que le fait voir un placet du curé de Boissize-la-Bertrand22 et un autre par Jean-Baptiste Vincelet, vigneron de Vaux-le-Pénil, dans la même région. Ce dernier mentionne qu’ « Il y a eu une si grande famine l’année mesme que les pauvres gens mangeoient l’herbe, comme les bestiaux, et l’avoine et la vesce23 . » Ce document est aussi cité par Lachiver, qui consacre 25 pages (501–524) à des documents chroniquant le terrible hiver ; cette documentation est loin d’être exhaustive...

Faire le détail de tous les mémoires relatant les dégâts et les souffrances causées par l’hiver de 1709 dépasserait de très loin le cadre de cette étude. Il suffit de montrer un peu d’imagination (et/ou de lire la Gazette, Saint-Simon ou la princesse Palatine en détail) pour dresser un tableau hallucinant de ce que pouvait endurer le peuple de France pendant cette période. La remarque de Van der Cruysse est juste par ailleurs, bien qu’il ne tienne pas compte des chroniques populaires citées plus haut : « On a de la peine à s’imaginer les souffrances du menu peuple (qui n’écrivait ni mémoires ni correspondances) en lisant les témoignages des contemporains plus favorisés (457). On espère avoir apporté ici une idée de ce que les « autres » disent et pensent, face à cette calamité. A ce propos, on peut voir en appendice un mémoire datant apparemment de 1789, avec sa transcription. Il n’apporte peut-être pas grand-chose de nouveau ni d’original relativement aux événements pris en eux-mêmes, ni à ceux mentionnés précédemment, mais il a néanmoins le mérite de présenter des extraits de registres paroissiaux villageois datant de 1709; il offre donc, à 80 ans de distance, un aperçu des misères rencontrées par ceux à qui d’ordinaire ni l’histoire ni la littérature ne donnent voix. Compte tenu de l’orthographe et de la syntaxe du mémoire en question, il y a peu de raisons de douter de son authenticité. Son intérêt est de fournir une perspective historique significative pour les contemporains de la Révolution : comme 80 ans auparavant, l’hiver 1788-1789 est un des plus froids du siècle ; la pénurie de bois est manifeste, les récoltes sont mauvaises, les salaires chutent et le prix du pain double ; tous ces facteurs contribueront puissamment au soulèvement qui se prépare24 . En Provence, les oliviers gèlent. Les récoltes sont compromises par le gel des semences. Comme en 1709, le gel paralyse les transports, les activités des moulins à eau. En conséquence, le prix du froment est au plus haut du siècle le 13 juillet à Paris (30 livres et 12 sols). La population de Paris se trouve alors dans une situation très précaire. Les vendanges sont médiocres en Champagne et en Bourgogne25 .

La princesse Palatine et Dangeau disent que les salles de spectacle étaient fermées. Ce n’est pas forcément le cas. Du 5 janvier au 24 mai 1709, on peut relever dans la base CESAR26 2 représentations théâtrales à Bruxelles27 et 22 à Paris, dont 7 de Turcaret, de Lesage (voir Appendice III). On trouvait donc moyen de s’amuser, d’aller au spectacle, même en dehors de Versailles. Pour paraphraser la Fontaine, si tous étaient frappés, ils ne mouraient pas tous, de toute évidence. Ce n’est pas pour minimiser l’horreur, mais, comme toujours, ce sont les plus pauvres et les plus faibles qui supportent le pire. Les autres… Lorsqu’ils font partie de la famille royale, ils font leurs dévotions en grande pompe. Les membres de la haute finance font des bénéfices sur le dos des malheureux. Les nobles, eux, se calfeutrent et jouent ou regardent la comédie dans les salons dorés de Versailles…

Si vers avril ou mai 1709 la température se réchauffe, le « Grand Hyver » laisse derrière lui une famine qui durera le reste de l’année. Par les yeux de Madame Palatine, on peut voir les émeutes parisiennes provoquées par le manque de pain (Van der Cruysse 460). Nous avons constaté plus haut l’exploitation de la misère générale par les frères Pâris ainsi que la sévérité de d’Argenson pour ce qui est de l’application des lois. Louis XIV essaie bien vers juin-juillet de soulager la misère en diminuant les impôts dans les provinces et en faisant fondre sa vaisselle d’or massif pour la faire battre en monnaie, imité par en cela par bien des nobles avec plus ou moins d’enthousiasme. Initiative louable, que commente ironiquement Van der Cruysse: « On voit que tous baissaient d’un cran ; ceux qui avaient mangé dans des assiettes d’or se résignaient à l’argent ; ceux qui avaient mangé dans des assiettes d’argent se mettaient en faïence ; quant aux habitués de la faïence, ils n’avaient plus grand-chose à se mettre sous la dent. » (461)

Il va de soi que les chroniqueurs privilégiés n’ont pu connaître les désastres du « Grand Hyver » que d’une façon relativement mitigée ou encore par ouï-dire, même compte tenu des souffrances qu’ils enduraient eux-mêmes à Versailles (Saint-Simon, la Palatine). Ce n’est pas pour minimiser l’importance de ces textes qui nous apportent, il faut le reconnaître, un témoignage contemporain lucide et bien exprimé sur une des plus grandes catastrophes naturelles des dernières années du règne de Louis XIV, mais les rares chroniques que nous laissent les curés de village, les cultivateurs et autres membres du Tiers-État revêtent un caractère que leur orthographe et leur syntaxe incertaines rendent beaucoup plus poignant. En contraste avec la lecture de ces textes, la Gazette laisse l’impression soit d’un cynisme flagrant dans la flatterie implicite du roi, soit celle d’une crainte abjecte de l’ire louisquatorzienne, impression qui fait qu’on se demande où se situe vraiment « l’envers du Grand Siècle »…

University of Georgia

NOTES

1Article « blé ». http://www.voltaire-integral.com/Html/18/ble.htm

2Un des premiers parfums à base d’alcool, élaboré à partir de romarin, de bergamote, d’ambre et de jasmin, et dont la reine Élisabeth de Hongrie (1128–1155) était réputée d’user avec régularité.

3 François de Neufville, 2e duc de Villeroy (1685), maréchal de France, est né à Lyon le 7 avril 1644 et mort à Paris le 18 juillet 1730. Son incapacité notoire durant la guerre de Succession d’Espagne provoqua la surprise lorsque Louis XIV fit appel à lui pour remplacer Nicolas de Catinat (1637–1712).

4Accumulation illicite ou frauduleuse d’une denrée.

5Marc-René de Voyer de Paulmy, marquis d’Argenson (1652–1721). En 1709 il est à la fois lieutenant de police de Paris et membre du Conseil d’État.

6Les frères Pâris sont quatre financiers français des XVIIe et XVIIIe siècles :
* Antoine Pâris dit « le Grand Pâris » (1668–1733) ;
* Claude Pâris la Montagne (1670–1745) ;
* Joseph Pâris dit « Duverney » (1684-1770) ;
* Jean Pâris dit « de Montmartel » (on trouve aussi Monmartel) (1690–1766).

7Saint-Simon rapporte que ces taxes continuent (encore que diminuées) au moment où il écrit (403).

8Louis-Antoine de Noailles (1651–1729), cardinal-archevêque de Paris.

9 1663–1709. Fille du prince-électeur Karl Ludwig de Palatinat (1617–1680) et de son épouse morganatique Maria Susanne Loysa von Degenfeld (1634–1677).

10 1630–1714. Fille de Frédéric V du Palatinat et d’Élisabeth d’Angleterre. Épouse en 1658 Ernest-Auguste de Hanovre, dont elle aura plusieurs enfants, notamment George Ier d’Angleterre.

11L’édition de 1869 de la correspondance complète de la Palatine (q.v.) parle de la ville de Mons et non pas du Mans (110). Vu la proximité d’Alençon et du Mans, il faudrait penser que c’est de cette dernière ville qu’il s’agirait plutôt. Voir la carte (supra).

12On ne peut pas vraiment parler de propagande dans le cas du Journal de Dangeau, vu qu’il n’a été publié du vivant de l’auteur que par fragments. La première édition complète ne voit le jour qu’à partir de 1854.

13Antoine Anselme (1652–1737). Il prêche à la cour la station quadragésimale en 1709. Auteur, entre autres, d’un recueil d’oraisons funèbres, publié en 1701 (Paris, Louis Josse).

14 Gazette de France, 1er février.

15La brasse de France valait 1, 624 m.

16La Gazette de France ne précise pas quelle maladie, mais il s’agit vraisemblablement de dysenterie.

17 S’Hertogenbosch faisait partie des Pays-Bas catholiques à l’époque. Aujourd’hui la ville est en Hollande.

18Située sur la terre ferme, Mestre fait partie de la commune de Venise.

19Ezy-sur-Eure, en Normandie (au nord-ouest du château d’Anet).

20Poulaillers.

21 http://membres.lycos.fr/verocheriaux/page42.html

22Près de Melun, dans l’actuelle Seine-et-Marne

23Plante fourragère, de la famille des papilionacées.

24 http://agriculture.gouv.fr/histoire/2_histoire/epokcontemp_1.htm

25 http://articles.gourt.com/fr/1789

26 http://www.cesar.org.uk/cesar2/

27Tancrède le 5 janvier, Thétis et Pélée le 7, les deux au Grand Théâtre de la Monnaie.

APPENDICE I

APPENDICE I

APPENDICE II

Le Grand Hyver 1709

APPENDICE III

Les spectacles à Paris entre début janvier et fin mai 1709
(http://www.cesar.org.uk)

02.04 Persée le cadet - Foire Saint-Germain

02.07 Arlequin grand vizir - Jeu de paume de Belair

02.07 Pierrot Roland - Théâtre de la veuve Maurice

02.09 - Loge de Bertrand et Dolet

02.10 L’Enfant espiègle - Loge de Bertrand et Dolet

02.14 Turcaret - Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

02.15 Hérode - Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

02.17 Turcaret - Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

02.17 La Foire Saint-Germain - Foire Saint-Germain

02.19 Turcaret - Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

02.19 La Fille savante ou Isabelle fille capitaine - Loge de Bertrand et Dolet

02.20 Arlequin toujours Arlequin - Loge de Bertrand et Dolet

02.20 Les Fourberies de Scaramouche - Loge de Bertrand et Dolet

02.21 Turcaret - Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

02.24 Turcaret - Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

02.27 Turcaret - Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

03.01 Turcaret - Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

03.03 Arlequin grand vizir - Loge de Bertrand et Dolet

03.14 - Foire Saint-Germain

03.15 Penthée - Palais-Royal (cour)

04.09 Sémélé - Théâtre du Palais-Royal

05.24 Méléagre - Théâtre du Palais-Royal

Ouvrages cités ou consultés

Bluche, François (Éd.) Dictionnaire du Grand Siècle. Paris : Fayard, 1990.

Cornette, Joel. Chronique du règne de Louis XIV. Paris : SEDES, 1997.

Dangeau, Philippe de Courcillon, marquis de. Journal du marquis de Dangeau, publié en entier pour la première fois, par MM. Eud. Soulié et L. Dussieux, avec les additions inédites du duc de Saint-Simon, publiées par M. Feuillet de Conches. Tome douzième : 1707-1709. Paris : Firmin-Didot Frères, Fils et Cie, libraires, 1857.

Gazette de France. Janvier à avril 1709.

Lachiver, Marcel. Les Années de misère : la famine au temps du Grand Roi. 1680-1720. Paris : Fayard, 1991.

Orléans, Élisabeth-Charlotte d’. Correspondance complète de Madame, duchesse d’Orléans, née Princesse Palatine, mère du Régent. Traduction entièrement nouvelle par M. G. Brunet, accompagnée d’une annotation historique, biographique et littéraire du Traducteur. Tome premier. Paris, bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle, éditeur. 1869.

———. Lettres de Madame, duchesse d’Orléans, née princesse Palatine. Préface de Pierre Gascar. Édition établie et annotée par Olivier Amiel. Paris : Mercure de France, 1985.

Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de. Mémoires (1707–1710). Additions au Journal de Dangeau. Édition établie par Yves Coirault. Paris : Gallimard (Pléiade), 1984.

Van der Cruysse, Dirk. Madame Palatine, princesse européenne. Paris : Fayard, 1988.

Voltaire. Dictionnaire philosophique. http://www.voltaire-integral.com/Html/00Table/4diction.htm

———. Le Siècle de Louis XIV. Paris : Garnier Frères, 1919.

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