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Landry: Les amours intoxiquées de Charles : mercure et syphilis dans la Correspondance de Madame de Sévigné

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Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 269–282.
Author: 
Bertrand Landry
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Icône de la littérature française dont les lettres sont devenues le canon du genre épistolier, il n’est plus la peine de présenter Madame de Sévigné. Sa fille, la comtesse de Grignan, largement exposée dans la Correspondance, est aussi mondialement connue par la passion qu’elle inspire à sa mère. En revanche, le deuxième enfant de l’épistolière, son fils Charles, baron de Sévigné, reste méconnu du grand public.

Un de ses premiers critiques, Saint-Simon, écrit de lui, dans ses Mémoires, qu’il « […] avait eu des aventures bizarres ». (Saint-Simon, IV 631) Quelles sont-elles ? Le mémorialiste paraît être bien renseigné 1, et en parcourant les lettres maternelles, la vie romantique du jeune homme s’y étale particulièrement. Ainsi, en juin 1680, le baron attrape au contact de la duchesse de Villeroy la syphilis, la maladie vénérienne la plus grave de l’époque.

C’est grâce à la Correspondance, somme toute mondaine, et au rôle clé et peu banal des lettres, que le lecteur découvre la genèse du mal qui dure entre quatre et cinq mois, ainsi que la douloureuse cure au mercure que Charles subit. Cette substance a été adoptée comme thérapie unique contre la syphilis par une majorité de médecins ignorants de ses effets toxiques.

Aux conséquences sociales et morales de la maladie vénérienne, se joignent des conséquences personnelles car Charles sort psychologiquement changé et meurtri à vie de la maladie. D’abord, il met un point final à sa vie de Don Juan, puis il se marie avec une jeune aristocrate bretonne. Il transmet de ce fait la syphilis à son épouse, et il tombe périodiquement malade des effets de la maladie et du mercure qui laissent des séquelles physiques importantes et irréversibles sur le couple.

Dès 1675, Madame de Sévigné entreprend de marier son fils. Le jeune homme se plie aux désirs maternels sans discuter, mais, homme à femmes, Charles poursuit parallèlement ses conquêtes féminines. Ainsi, en juin 1680, il commence une liaison avec une cousine éloignée, Marguerite de Cossé-Brissac, duchesse de Villeroy. La marquise subit les choix et décisions filiales en ronchonnant, comme elle l’indique à sa fille dans la lettre du 21 juin 1680 : « Comment voulez-vous que je le marie ? Le voilà attaché à sa grosse cousine de Villeroy […] ». (Sévigné, II 982) Le lecteur découvre ainsi les coulisses du drame qui va bientôt se jouer.

Puis, la relation prend soudainement un tour particulier comme l’atteste la lettre du 24 juillet : « Mon fils me parle de la grosse cousine d’une étrange façon […] Et en parlant de quelque argent qu’il a gagné avec elle, il me dit : ‘Plût à Dieu que je n’y eusse gagné que cela !’ Que diantre veut-il dire ? Il me promet mille confidences […] Tout ceci entre nous, s’il vous plaît, et sans retour ». (Sévigné, II 1026) Charles, honteux, n’ose avouer tout de suite la vérité à sa mère, et il biaise sur le mal qui le ronge inexorablement. La marquise met en scène la situation en rapportant au style direct les paroles du baron. Elle rend ainsi la réplique filiale extrêmement vivante, et son effet a un fort impact sur le lecteur. Les « mille confidences » qu’il promet à sa mère semblent déjà bien compromises puisque l’épistolière brise leur intimité, en annonçant la nouvelle à sa fille.

Puis, le baron dévoile son mal de façon indirecte à sa sœur, le nom de la maladie n’étant jamais prononcé :

J’ai trouvé ici une de vos lettres, ma petite sœur, mais j’ai vu en même temps celle que vous écrivez à ma mère ; j’en ai pensé mourir de rire, malgré les terreurs dont j’ai été frappé deux ou trois jours. Elles commencent un peu à se dissiper, et j’espère que si ma maladie n’a pas un beau nom en grec, elle pourra au moins se nommer en français sans faire rougir personne, quand ce serait Mlles de Grignan. (Sévigné, II 1061)

Cependant, avec l’humour qui le caractérise dans les situations difficiles ou embarrassantes, le baron tourne son mal en dérision en pensant que le nom populaire de la syphilis, « la grosse vérole » pourrait faire rougir ses nièces. Au courant des habitudes maternelles, Charles n’est nullement surpris que sa sœur sache déjà la nature de son mal. Madame de Grignan est bien sûr renseignée par sa mère, mais certains critiques ont avancé que le comte de Grignan, lui-même atteint de la syphilis, aurait contaminé sa femme et ses enfants, notamment leur fille Pauline, ce que réfute Roger Duchêne2.. En outre, il existait déjà à l’époque de nombreux livres et publications sur la maladie vénérienne, par des auteurs aussi divers que les Allemands Joseph Grunpeck et Ulrich von Hutten, les Espagnols Torrella et Lopez de Villalobos et l’Italien Girolamo Frascatoro (le Frascator) avec son célèbre poème latin Morbo Gallico. Pour les Français, Rabelais, et les chirurgiens Ambroise Paré et Thierry de Héry, le chroniqueur Jean de Bordigné, et les médecins Jean de Béthencourt, Gabriel Fallope et Jean Fernel au XVIème siècle, entre autres, ont écrit sur le sujet.

Curiosité lors de sa découverte au XVème siècle, Claude Quétel écrit que la syphilis au XVIIème tombe sous le sceau de « […] la répression [du] libertinage des mœurs et celui de l’esprit, le silence et le mépris [...] » (Quétel 95) Owsei Temkin tient les mêmes propos : « syphilis is a venereal disease that is acquired above all through extramarital intercourse, coitus impurus. Acquisition of lues [syphilis] is proof of offence against morality, of an alliance with vice. Syphilis and vice are linked together, and the reward of vice is disgrace. Thus syphilis is inevitably stigmatized as disgraceful ». (Temkin 480)

La maladie a d’ailleurs divers noms, tous hérités des siècles précédents. Theodor Rosebury écrit que « the name ‘syphilis’ did not come into use for a long time. Daniel Turner revived it in 1717. » (Rosebury 29) Puis, reprennant Jean Astruc, auteur du Traité sur les maladies vénériennes, le critique explique également que la syphilis prenait au XVIIème siècle plusieurs noms, tous hérités des siècles précédents. Ces appellations soulignaient le refus de la paternité du mal par différents pays qui en rejetaient la faute sur ceux qu’ils pensaient responsables de sa propagation, en l’occurrence leurs ennemis héréditaires. Ainsi, elle était appelée Mal Francese par les Italiens, les Français la nommaient Mal de Naples, les Anglais, French Pox et les Allemands, Frantzozen ou Frantzozischen Pocken3.

L’affect moral et psychologique de la syphilis dans cette fin du XVIIème siècle est plus que jamais perçu comme une punition divine. Le souci de garder la maladie secrète, dans une période où elle est également synonyme de paillardise et de débauche, inquiète Madame de Sévigné qui s’exprime indirectement par la bouche de sa fille dans la lettre du 6 octobre :

Vous m’allez dire : « mais ma mère, ne se doute-t-on point du mal qu’il a ? » — Ah ! oui, ma fille, assurément, cela n’est point difficile à voir. Mais il prend patience, et ce qui est plaisant, c’est que le dais lui ôte la honte, qu’il trouverait insoutenable si ce malheur lui était arrivé sur le rempart. (Sévigné, III 33)

Le dais était un honneur réservé aux rois, aux princes et aux ducs. Il consistait en la partie haute d’un lit de parade. Il est, bien sûr, une métonymie qui fait référence à Madame de Villeroy. La colère et la honte de la marquise sont évidentes, même si elle l’exprime de façon oblique en mettant en scène sa fille à qui elle fait dire ce qu’elle-même pense. En outre, son fils prend la chose du bon côté, ce qui exaspère l’épistolière. Le jeune homme tente d’en effacer la vilenie en trouvant du réconfort à ne pas avoir contracté le mal avec une fille à soldat, mais à Versailles, avec une duchesse, comme si le rang social supérieur de Marguerite de Cossé-Brissac lui épargne l’infamie liée à la grosse vérole. Cependant, Owsei Temkin tient un discours différent et avance que « it is a fact, in amorous conquest that the cavalier prides himself ! — but the consequences too presented themselves, including syphilis, which since it is the badge of the cavalier’s life, becomes the cavalier’s disease. […] His moral code had nothing to do with the idea of atonement and retribution ». (Temkin 476) Rien pourtant dans la Correspondance ne vient corroborer cette théorie. Charles, officier dans les armées de Louis XIV, se dit pourtant « inconsolable » si le « malheur » lui était arrivé avec une prostituée. Devons-nous considérer la réaction du jeune homme comme un cas unique ? Est-elle influencée par le contexte familial ou reflète-t-elle l’opinion générale qui dénigrait les syphilitiques ? Saint-Simon, par exemple, n’hésite pas à critiquer le duc de Vendôme qui prend publiquement congé du Roi, et de la cour, pour soigner sa vérole. Il part à Clichy « en triomphe où jamais on ne fut qu’en cachant sa honte sous les replis les plus mystérieux […] » (Saint-Simon, I 615)

Charles quitte ainsi Paris et sa corruption pour se réfugier dans ses terres bretonnes, et se faire soigner dans le calme de sa retraite provinciale. Les symptômes glanés au fil des lettres sont sans équivoque : il s’agit bien de ceux de la vérole récente. Claude Quétel, citant Ranchin, un professeur à la faculté de médecine à Montpellier au XVIIème siècle, en dresse la liste complète : « lassitude, des douleurs vagues, une chaleur des pieds et des mains, des chancres, des bubons vénériens et une gonorrhée […] [On] observe [pour la vérole confirmée] des pustules dures du corps et particulièrement de la tête, des ulcères durs et calleux autour des ‘parties honteuses’, des douleurs et la carie des os ». (Quétel 100) La description donnée par le médecin corrobore le mal de Charles. Sa mère le décrit clairement dans la lettre du 16 octobre 1680 : « son mal à la tête, au cou, aux épaules, lui donne une manière d’émotion, causée par les douleurs, qui empêche d’oser lui donner lui faire les grands remèdes », et celle du 20 octobre 1680 qui mentionne sa « fluxion sur le cou », probablement une pustule.
Charles atteint des sommets de douleurs, et à sa décrépitude physique s’ente une dépression morale, autre effet secondaire de la syphilis: « mon fils est dans un état très digne de pitié. Il est tellement maigre, desséché, abattu et sa barbe si longue que vous ne le reconnaîtriez pas. » (Sévigné, III 37 ) L’état du baron se dégrade rapidement. Même si la cause de la syphilis est un sujet de friction entre eux, l’épistolière ne peut s’empêcher de plaindre son fils. Elle reste cependant influencée par le discours moral des prédicateurs dénonçant la paillardise, et blâme Charles pour sa vie dissolue.

Une fois que mère et fils sont installés aux Rochers, la Correspondance laisse filtrer d’autres informations, en l’occurrence celles sur la thérapie que suit Charles. Deux options lui étaient offertes. D’abord, la cure au gaïac qui existe depuis le XVème siècle. Le bois de gaïac, réduit en poudre, est pris en décoction ou en infusion. A cela s’ajoutent des sudations dans une chambre surchauffée et un régime extrêmement sévère. Ce traitement est passé de mode au XVIIème siècle, puisqu’il était perçu comme trop stricte et pouvant mettre le malade en danger de mort.

L’autre alternative n’est guère plus réjouissante puisqu’il s’agit de la cure au mercure, prônée par les charlatans comme miraculeuse, et adoptée par les médecins impuissants à soulager leurs patients. La cure mercurielle existe sous diverses formes : en onguent pour les frictions, en emplâtre, en fumigation, en pilule, ou en baume. Favorisé par rapport au gaïac, le mercure a pourtant des effets secondaires toxiques. Les malades s’empoisonnent lentement car les doses extrêmes utilisées et pensées comme thérapeutiques, sont, au contraire, nocives à la santé. Ainsi, des ulcérations, des tremblements et des paralysies apparaissent, les dents et les cheveux tombent, une salivation importante et dangereuse se développe. En sus de la cure mercurielle, le malade subit les habituelles, et parfois mortelles, purges, saignées et autres sudations.

Le traitement de Charles n’est d’abord pas clairement connu puisque l’épistolière ne s’étend pas sur le sujet. Cependant, la lettre du 28 septembre est plus parlante : « Il voulait causer avec vous, ce pauvre garçon, mais il est si abattu aujourd’hui d’un remède qu’il a pris, qu’à peine peut-il parler ». (Sévigné, III 24) Le traitement est apparemment très violent et douloureux, comme l’était celui au mercure. Owsei Temkin assure pourtant que « He [the aristocrat] did not favor being treated with mercury. His physicians prescribed some convenient guaiacum, combined perharps with sweating procedures ». (Temkin 477) En revanche, Claude Quétel explique que le gaïac était surtout pris en infusion ou en décoction, et que, s’il apparaissait dans la composition des onguents, il était invariablement mélangé avec du mercure. (Quétel 37) Nul part dans la Correspondance il n’est mentionné que Charles prend des infusions, suit un régime, — malgré sa maigreur plutôt causée par la maladie — ou subit des séances de sudation.

La lettre du 16 octobre confirme la cure au mercure puisqu’il est mention d’un onguent :

Il descend tous les matins de sa chambre, et se met au coin de ce feu, avec sa robe de chambre et un bonnet fourré et la barbe d’un capucin, avec de grands yeux et des traits si réguliers que son abattement, avec une petite senteur d’onguent, ferait souvenir de nos héros blessés, si nous ne savions le dessous des cartes. (Sévigné, III 41)

Les commentaires de la marquise restent très ambivalents. Elle est choquée par la triste apparence et le comportement anormalement calme et dépressif de son fils, mais elle ne peut s’empêcher d’ajouter une touche d’acidité à ses remarques. L’épistolière souligne que son apparente condition de « héros blessé » tranche singulièrement avec une réalité plus vulgaire, celle d’un syphilitique qui reçoit son traitement mercuriel pour guérir ses tourments.

Madame de Sévigné remarque aussi la barbe de Charles. A la mode sous Henri IV et Louis XIII, la barbe ou la moustache ne sont plus de mise sous Louis XIV. L’homme imberbe appartient aux classes aisées et éduquées dans les manières du grand monde. La marquise la mentionne encore dans la lettre du 23 octobre, en faisant référence à un personnage hautement controversé : « Nous n’avons point de temps à perdre pour soulager ce pauvre garçon ; ses douleurs à la tête et l’émotion continuelle qui vient de ses douleurs, avec une barbe à la Lauzun, le rendent entièrement méconnaissable ». (Sévigné, III 46) Lauzun, autrefois favori du Roi, était exilé et enfermé dans la forteresse de Pignerol depuis 1671. La barbe est indubitablement associée à la honte et une dégradation sociale et physique pour un aristocrate.

Depuis le début du séjour en Bretagne, l’état du jeune homme ne fait qu’empirer sous l’avance du mal et les effets toxiques du mercure, et sa mère s’en alarme dès le 4 septembre : « Votre petit frère franchement ne se porte pas bien […] Pour moi, je ne le crois point en sûreté [...] ». (Sévigné, II 1068) Enfin, le 9 octobre, elle regrette la décision filiale de rester se faire soigner en Bretagne : « Il se trouve si heureux d’être ici qu’il n’a jamais voulu écouter la proposition que je lui ai faite de partir tout à l’heure pour Paris [...] ». (Sévigné, III 35) La syphilis tarde à guérir et, devant l’impuissance des docteurs locaux et « d’un coquin de chirurgien de Paris » appelé aux Rochers, Charles prend la décision de retourner dans la capitale, déclenchant les sarcasmes de sa mère qui la prône depuis un bon moment. Ainsi dans la lettre du 23 octobre écrite à Malicorne, sur la route pour Paris, l’épistolière annonce à sa fille :

Enfin, tout d’un coup, tout a changé du blanc au noir. On a eu horreur de ce qu’on estimait [le calme des Rochers] ; on a désiré Paris comme on le détestait. On a vu l’état où l’on était. On m’a écoutée, et l’on a vu ma sincérité. (Sévigné, III 47)

L’impatience de Madame de Sévigné, et sa victoire de longue haleine mais finalement remportée sur son fils qui l’a contredite, se retrouve dans l’utilisation récurrente des « on » qu’elle emploie chaque fois qu’elle veut donner une distance affective et déshumaniser quelque peu Charles. Celui-ci redevient un petit garçon que l’on gronde de son entêtement, le tout ficelé dans une lettre qui accuse et résume, avec le recul évident de la synthèse, tous les points de discorde entre la mère et le fils.

Puis, c’est le silence. La syphilis disparaît de la Correspondance pendant près de quatre ans. En 1684, Charles se marie avec une jeune aristocrate bretonne, Jeanne-Marguerite de Bréhant de Mauron. Peu de temps après le mariage, la santé de la nouvelle baronne de Sévigné se détériore. L’épistolière en prend soigneusement note quand elle le rapporte à sa fille dans la lettre du 27 septembre 1684 :

ma belle-fille n’a que des moments de gaieté, car elle est tout accablée de vapeurs. Elle change cent fois le jour de visage sans en trouver un bon. Elle est d’une extrême délicatesse. Elle ne se promène quasi pas. Elle a toujours froid. A neuf heures du soir, elle est tout éteinte. (Sévigné, III 142)

Ces quelques lignes résument assez bien les symptômes du second stade de la syphilis qui comprennent, entre autres, l’extrême fatigue, les douleurs musculaires et l’état d’abattement, seules indications visibles de la maladie que Madame de Sévigné a pu remarquer. Comme à cette époque elle ne fait pas grand cas de sa belle-fille, peu de renseignements nous sont parvenus pour parfaire nos remarques. Si Charles trouve le bonheur et la stabilité dans ce mariage, il est à souligner qu’aucun enfant ne naît de cette union. Les effets combinés de la syphilis, du traitement au mercure que le baron subit et la mauvaise santé de Jeanne-Marguerite, ont probablement eu raison de la stérilité du couple.

La lettre du 8 juillet 1685, dans laquelle Charles insère un mot, donne des informations précieuses sur le comte de Grignan, la nouvelle bru de Madame de Sévigné et la syphilis de 1680. Le baron y écrit à sa sœur :

Je suis très en peine de M. de Grignan ; sa petite fièvre, sa tristesse et sa maigreur effraient ceux qui l’aiment et à qui l’on fait ce portrait de lui. Vous n’êtes point du tout dans les bons principes sur les vipères. Vous croyez qu’elles dessèchent, et c’est précisément le contraire ; votre belle-sœur l’éprouve ainsi tous les jours, et je l’avais moi-même éprouvé dès l’année passée. C’est à ces vipères que je dois la pleine santé dont je jouis, et que je ne me connaissais plus depuis des temps si funestes pour moi. (Sévigné, III 214)

Ce passage procure, entre autres, des informations intéressantes sur le comte de Grignan. Les symptômes décrits ici ressemblent forts à ceux de la décrépitude physique et la déprime morale qui minaient Charles en 1680. Ceux-ci semblent confirmer que son beau-frère souffrait de la syphilis et de ses attaques sporadiques. Cet extrait dévoile d’autres remèdes auxquels le jeune Sévigné eut recours : les bouillons de vipères. En effet, en parlant du Frascator, inventeur du nom « virus » — terme latin qui désignait le venin de la vipère — Corinne Boujot écrit que :

Dans ce nom qui assimile par le jeu de la qualité des substances, le venin au sperme et à la sève, il maintient puissamment l’association de la contagion à la sexualité et au sang, conjuguant la survalorisation sexuelle de la figure du venin et l’association macabre de celui-ci aux maladies qui font pourrir les hommes sur pied : la peste, la lèpre, la syphilis. (Boujot 139)

Charles conseille au comte, par le biais de sa sœur, un contre-poison pour enrayer le mal qui le ronge à l’intérieur, le mal de Naples, en l’occurrence. C’est également le même traitement qu’il donne à sa femme, la jeune Jeanne-Marguerite qui souffre de la même maladie.

Mais c’est dans la lettre du 25 octobre 1686 écrite par la marquise à son ami le président Moulceau, que la maladie vénérienne de Charles refait surface très clairement :

Pour vous divertir, parlons un moment de ce pauvre Sévigné. Ce serait avec douleur si je n’avais à vous apprendre qu’après cinq mois d’une souffrance terrible par des remèdes qui le purgeaient jusqu’au fond de ses os, enfin le pauvre enfant s’est trouvé dans une très parfaite santé. (Sévigné, III 262–63)

Cette autre attaque dure plus de temps que la première, et il semble que les « souffrance[s] terrible[s] » et que les remèdes utilisés, sans aucun doute mercuriels « qui le purgeaient jusqu’aux os », ressemblent à ceux qui l’avaient laissé moralement et physiquement épuisé en 1680. La récurrence de la maladie vénérienne, mal soignée, est évidente dans cet extrait de lettre.

Les lettres de Madame de Sévigné ouvrent une fenêtre sur un événement le plus inattendu qu’une correspondance mondaine puisse contenir : la syphilis qui terrasse son fils Charles. Hautement dangereux, le mal ravage la santé des classes aisées de la société française du XVIIème siècle qui garde une approche ambivalente de la maladie. En effet, la syphilis trouve sa naissance dans la paillardise et la débauche, qui sont pourtant des péchés vigoureusement dénoncés par l’Eglise. Cependant, certains critiques la considèrent comme une contingence honorable de la vie d’un aristocrate. La Correspondance apporte des nuances à cette théorie en affirmant que la syphilis était perçue comme une disgrâce pour une grande majorité de nobles.

Les amours de Charles de Sévigné sont doublement intoxiquées par le traitement au mercure que le baron subit comme thérapie à ce mal. Remède universellement accepté pour soigner la syphilis, il est hautement toxique quand il est mal dosé, ce qui était souvent le cas. Une fois encore, la Correspondance nuance la critique qui affirme que seul l’onéreux gaïac est utilisé comme remède par les riches. De même, Saint-Simon raconte l’histoire du duc de Vendôme, victime du mercure, qui « revint à la cour avec la moitié de son nez ordinaire, ses dents tombées, et une physionomie entièrement changée […]. Le Roi en fut si frappé qu’il recommanda aux courtisans de n’en pas faire semblant de peur d’affliger M. de Vendôme […] ». (Saint-Simon, I 615–16) Charles de Sévigné s’en tire relativement bien physiquement, mais il rechute probablement plusieurs fois et infecte sa femme. Avec lui s’éteindra la branche aînée des Sévigné.

Enfin, même si l’amour-passion est réservé à Madame de Grignan, cet épisode toxique de la vie de Charles de Sévigné met en relief l’amour entre la mère et le fils. Le baron a souvent été taxé par la critique littéraire d’embarrasser la marquise par sa vie dissolue, ce qui est vrai, comme cette communication vient de le souligner. Cependant, Madame de Sévigné prend un vif intérêt dans la vie filiale, et elle n’hésite pas à prodiguer les soins et les conseils dont Charles a besoin, comme le ferait une mère qui aime objectivement son fils, défauts et qualités mélangés.

Northeastern University

NOTES

1Le duc de Saint-Simon était l’ami du marquis de Grignan, le propre neveu de Charles de Sévigné.

2Sévigné, III 857 note 4.

3Rosebury, 30–31.

Ouvrages Cités

Source primaire

Sévigné, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de. Correspondance. Roger Duchêne, Ed. 3 Vols. Paris : Gallimard (La Pléiade), 1972.

Sources secondaires et critiques

Boujot, Corinne. Le Venin. Paris, Stock : 2001.

Cartmill, Constance. « Le général et le singulier ou les avatars de On dans les Lettres de Mme de Sévigné. » Œuvres & critiques 19.1 (1994): 135–137.

Diaz, Brigitte. . Paris : PUF (Écriture) 2002.

Duchêne, Jacqueline. Françoise de Grignan ou le mal d’amour. Paris, Fayard : 1985.

Quétel, Claude. Le Mal de Naples, histoire de la syphilis. Paris : Seghers, 1986.

Rosebury, Theodor. « Syphilis or the French Disease, by Fracastor. » Microbes and Morals. New York : The Viking P, 1971.

Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de. Mémoires. Yves Coirault, Ed. 8 Vols. Paris : Gallimard (La Pléiade), 1987.

Temkin, Owsei. « On the History of ‘Morality and Syphilis.’ » The Double Face of Janus. Baltimore : The Johns Hopkins UP, 1999.

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Vedrenne: Representations of Ruling Queens on the French Dramatic Stage 1560–1661

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 253–268
Author: 
Laetitia Vedrenne
Article Text: 
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Catherine and Maria de’ Medici, as well as Anne of Austria, were abnormalities on the sixteenth- and seventeenth-century French political scene: women could not rule France since the reinterpretation of the Salic Law and, indeed, none of those three women reigned in their own name, but as Regent queens. Even though they did not reign in their own name, the mere fact that the head of the state was a woman was a controversial issue. Art, both iconographic and literary, is where the anxieties created by female regencies could be played out.

A study of the tragedies published between 1550 to 1661, from the start of Catherine de’ Medici’s Regency to the end of Anne of Austria’s, has led me to establish a distinction among three categories of queens: active ruling queens, active ruling queens outside of their realm and consorts.1 The latter, as well as active ruling queens outside of their realm, are not represented as female characters exercising power and are, therefore, not comparable with actual French queens, which is why I have left them out of my corpus.

I will focus my analysis on the portrayal of ruling queens in order to reveal the linguistic and narrative patterns underlying their representation and I have chosen the emblematic cases of Dido and Elizabeth I to illustrate my point. Although the Queen of Carthage and the Queen of England belong to different literary traditions – Roman and contemporary history –, the plays in which they appear follow, indeed, very similar narrative and linguistic patterns.

I would like to argue that all active ruling queens on the French stage in the period defined above are threatened monarchs and that this threat manifests itself in the plays on on two levels: language and narration. The threat is presented in linguistic terms in Jodelle’s Didon se sacrifiant and Scudéry’s Didon for instance, in the use of titles and names refering to the Queen - such as reine, princesse, majesté or Didon.2 Comparison of linguistic patterns in two historically separate tragedies on the same subject will help to decipher both literary canons and socio-historical circumstances. It should be noted that the relevance of this analysis does not lie in the use of names and titles by the playwrights per se, but rather in the frequency of their recurrence.

In Jodelle's play, there is a preponderance of the names ‘Didon’ and ‘Elyse’ as the principal means to address or talk about Dido: the queen's first names appear forty times in the play, against only eighteen references to her royal status, including roine, Princesse, majesté and chere Dame.3 The most significant titles then attributed to Dido are that of sister (eleven references) and amante (seven references). Dido is also described as a hostess, a woman, a childless mother and a wife.4

Therefore, it can be concluded that the accent is less on the royal status of the character than on her mortal condition: Dido is not so much the Queen of Carthage, as a unhappy lover, a sister, a betrayed hostess and a childless woman. According to Enea Balmas, this emphasis stems from the fact that Jodelle is the founder of the French tragédie à l'antique, in which the characters symbolise a situation (Balmas, 241).

With Scudéry’s Didon, there is a major shift from the human to the royal: Dido is only referred to as Didon or Elise twelve times, whereas the number of allusions to her as a royal character amounts to thirty. She is only referred to as a sister and a woman twice and once each as a mother and a lover. The same trend continues with Boisrobert’s Vraye Didon. Beyond the evolution of literary canons, the overall evolution towards the preponderance of royal titles can be interpreted as a reflection of French society’s evolution regarding Regent Queens. Indeed, by 1643 there had been two Regent queens, paving the way for Anne of Austria’s regency. By then, the considerations of gender had become subordinate in the eyes of both the nobility and the common people to raison d’état. Who is best likely to preserve the kingdom and the interests of the future King but his own mother? 5

Narrative patterns, or topoi, can be found in the systematic use of threats against the kingdom as a way to create dramatic tension. Queens are, indeed, confronted with two types of situations in tragedy: either their realm is under internal or external threat; or else the people of the kingdom demand a male ruler. The definition of an external threat is not only limited to a military operation threatening the physical boundaries of a kingdom, but can be extended to the presence of foreign elements within it. On the other hand, another narrative pattern can be observed in the creation of typical roles and the presence or absence of specific characters on stage. In what follows, I propose to show that each of the plays I have selected the following narrative patterns or topoi are present: threatened realms and threatening characters.

It is important to consider the dynamic of female versus male power in the tragedies examined here, not so much as a gender issue but rather as the opposition of two contrasting forces. The realm can be threatened internally or externally: either men or the queen herself embody internal threats, while men alone are the source of external threat. In any one tragedy, there can be more than one menace to the integrity of the kingdom. I will first concentrate on internal threats to the state and look at men as a source of danger for its integrity in the case of Elizabeth I.

Montchrestien’s Reine d’Escosse (1601) features two queens:6 Elizabeth I and Mary Stuart. However, Mary Stuart is Queen in name only, as she has fled her kingdom of Scotland. A prisoner in Elizabeth I’s realm, Mary Stuart is depicted as a pathetic character whose unfortunate life is likely to inspire the audience’s pity. The bias of the author, French and Catholic, accounts for this perspective and the fact that “England exerted diplomatic pressure on the French authorities to ban performances of L’Escossoise” (Smith, 2). However, the depiction of Elizabeth I certainly could have been much more ferocious. Smith comments that Montchrestien’s Elizabeth “is not shown as a bloodthirsty virago, but as a woman who despite her scruples finally has no option” (Smith, 15). She eventually accepts the advice she is given. The first act of the play is dedicated to the exposition of Elizabeth’s perilous position at the head of her realm because of the numerous menaces threatening both her life and her country: “Jusques à quand vivray-je exposée au danger/ Du poison domestique et du glaive estranger?” (Smith, 93). To the obvious internal and external threats is added the bad advice of her conseiller, identified by Smith as William Cecil (Smith, 145). The latter strongly argues in favour of Mary’s execution in spite of Elizabeth’s reluctance. The conseiller can then be said to be instrumental in Mary’s death and, subsequently, as an internal threat, to be responsible for the endangerment of the kingdom, since the divine retribution for this unnatural regicide can only be catastrophic in the mind of an audience who look up to their sovereign as the representative of God. The retribution expected by the audience is not staged, yet they might well have known William Cecil’s actual fate: he had been banished from Court after Mary’s execution, if only temporarily, and died in 1598, at the age of sixty-eight. The fact that the real people the play was based on suffered little as a consequence of their involvement in a regicide explains why the divine retribution for their actions was not staged.

The interest of the audience and, therefore, of the playwrights for active female rulers is obvious when we consider that Elizabeth I and Mary Stuart feature together in another tragedy between 1560 and 1661 entitled Marie Stuard, by Charles Regnault (1639),7 while Elizabeth I appears again on the French stage in La Calprenède’s Comte d’Essex in the same year. In Regnault’s play, the Queen of England is confronted with a dilemma of having to choose between passion and duty. Regnault introduced male threats to the kingdom with the character of Morray, Mary Stuart’s step-brother. Although Morray’s death seems to signify the end of the male threat to the kingdom, it must be noted that it is accompanied by the death of Norfolk, the only character truly faithful to Queen Elizabeth, so that the end of the male threat and the end of male support are simultaneous.

In La Calprenède’s Comte d’Essex (1639), the character of the Count of Essex can only arouse a limited amount of sympathy in the audience because he embodies unredeeming hubris. The attitude of Essex towards the Queen is quite simply shocking and rude.8 He is also an unfaithful lover, betraying both the Queen and Lady Cecil, the adulterous wife of the Secrétaire d’Estat9. The lack of respect shown by Essex, as well as his potential political betrayal, dangerously threaten the integrity of Elizabeth’s realm.

Queens, as well as men, can be a threat to their own kingdom. For instance, all the tragedies dealing with Dido feature an identical pattern: Dido misconstrues an external force for an internal support and becomes responsible for her own demise and that of her realm. This misconception reveals Dido to be a disastrously poor ruler, with tragic consequences for her people and for herself.

In Jodelle’s Didon se sacrifiant, Dido’s inaccurate perception is clearly introduced in the second act. Æneas, indeed, denies having made any promise of alliance, nuptial or political:

Je n'ay jamais aussi pretendu dedans moy,
Que les torches d'Hymen me joignissent à toy.
Si tu nommes l'amour entre nous deux passee,
Mariage arresté, c'est contre ma pensee.
(Jodelle II, 709–12)

The inaccuracy of Dido’s interpretation is further highlighted by the reminder of the role Æneas is willing to play for his own people: “Ce n'estoit ce n'estoit dedans ta court royale,/ Où les Troyens cherchoient l'alliance fatale[…]” (Jodelle II, 719–20). The mention of the sovereign’s duty to his or her people is at odds with Dido’s passionate plea for Æneas to stay as well as her blatant disregard for her own people’s discontent:

J'ay mesprisé l'amour en tous autres éprise:
L'amour trop mise en un, comme je l'ay dans toy,
Est la haine de tous, et la haine de soy.
J'ay pour t'avoir aimé la haine rencontree
Des peuples et des Rois de toute la contree:
Mesmes les Tyriens de ton heur offensez
Couvent dessous leurs cœurs leurs desdains amassez.
(Jodelle II, 610–6)

Whereas Æneas is willing to give up Dido for the greater good, Dido is willing to give up the greater good for Æneas: to keep the Trojan Prince, she would happily sacrifice peace, by rejecting the local princes, and her people’s support, by ignoring their discontent. Dido’s scorn for both foreign suitors and her people’s feelings creates, in the eyes of the audience, both the external threat and the internal unrest. This is further illustrated in the final act, with Dido’s admission of guilt. The responsibility for Dido’s unhappiness, and through that for the kingdom’s disintegration, is ultimately attributed to Dido herself, thus showing that the most destructive threat to Carthage is its ruler.

Similarly, in Hardy’s Didon se sacrifiant (1624) Æneas denies having made any promises. In the third act, the scene of confrontation reveals the extent of Dido’s willing misconception as Æneas repeats he must obey the divine injunction: “Paravant que te voir j’ay sçeu leur volonté,/ Comme aussy tu l’as sçeus, l’esclandre raconté […].” (Hardy III, 1, 761-2). As in Jodelle’s tragedy, Hardy also lays responsibility for Dido’s demise at her feet, with her admission of guilt in the two final acts:

Que dy-je ? où suis-je ? et quelle excessive manie
Pipe d’un fol espoir ma misere infinie ?
Didon, pauvre Didon, ne sens, ne sens-tu point
De tes impietez le remors qui t’époint ?
Qui ne s’apaisera paravant que Sichée
Voye couler ton sang sur sa couche tachée ?
(Hardy IV, 3, 1335–40)

The themes of guilt (“le remors”), embodied by the stain (“sa couche tachée”), and adultery follow through into the final act with Dido’s allusion to her “forfait adultere.” (Hardy V, 1, 1738).

In Scudéry’s Didon (1637) Æneas expresses his love for the Queen mostly off the stage.10 The fact that the Prince obeys the divine decree requiring him to go to Italy, thus performing his moral duty, serves to accentuate Dido’s failings and leads to her own admission of guilt at the end of act IV:

Ne pouvais-je pas vivre exempte de tous blâmes,
Comme ces animaux qui n’ont jamais deux flammes?
Et par là, me sauver du céleste courroux,
Gardant la foi promise aux cendres d’un époux?
Et de quelque discours que mon cœur puisse user,
Ce sont prétextes faux, rien ne peut l’excuser (…)
Oui, oui, je le pouvais; mais mon âme trop coupable,
D’un sentiment d’honneur ne fut jamais capable;
Et de quelque discours que mon cœur puisse user,
Ce sont prétextes faux, rien ne peut l’excuser.
(Scudéry IV, 7, 1385–92)

Both lovers refer to their respective oaths, yet Æneas has to break his to obey the gods, whereas Dido has broken her vow of chastity to Sychaeus for the pleasures of the flesh. The discrepancy between the fates of the two characters is obviously justified by the reason for the breach of their respective oaths and shows that Dido is, again, the most threatening force for her own realm.

Equally, in Boisrobert’s Vraye Didon (1643), Dido is eventually depicted as the most dangerous threat to Carthage, as her strategic decisions are based less on reason than on passion. However, Boisrobert’s aim was undoubtedly to rehabilitate the character of Dido and this explains why the dilemma faced by the Queen is different from and more complex than that of both the earlier tragic Didos and those who will follow later (Delmas xlix). The complexity of the dilemma is exposed in the confrontation scene involving the main protagonists (Boisrobert II, 2). Hyarbas’s amorous passion is met with Dido’s stern refusal. However, this decision is presented as not only based on the oath made to Sychaeus’s ashes, but also as a necessity for the good of Carthage. 11This allows Dido’s rejection of Hyarbas to be justified both on the grounds of her love or passion for her late husband and also because it would lose her the support of her people. Dido’s dilemma has therefore shifted: until Boisrobert, Dido had to choose between duty and passion, but now Dido must make an impossible choice. If she chooses war and tries to preserve her honour, she will endanger her people. The alternative is peace, but it will mean breaking an oath, losing her honour and, therefore, endangering her people as well. What eventually dooms the Queen is her hubris, the passion with which she deals with the masculine intrusion into her realm. For, indeed, if Boisrobert did manage to fashion a righteous Dido, he also created a character driven by her passion for duty and honour. The excessive rage of the Queen who dares both mankind and the gods to wage war on her (II, 2, 557-569) to test her courage is representative of this hubris. Her choice of war over peace, rationalized by her passion, leads to the sacking of Carthage and the death of Dido, thus making the Queen responsible for the downfall of her city.

Like Dido, Elizabeth I also represents a threat to her kingdom in Montchrestien’s Reine d’Escosse (1601), Regnault’s Marie Stuard (1639) and La Calprenède’s Comte d’Essex (1639). In Montchrestien’s tragedy, for instance, Elizabeth listens to the flawed advice of her conseiller and agrees to have Queen Mary Stuart executed:

Reine: Combien qu’elle fust telle [homicide], elle est hors de nos loix:
De Dieu tiennent sans plus les Reines et les Rois.
Conseiller: C’est pieté d’occire une femme meschante
Aussi bien qu’un Tyran: de tous deux on se vante.
Reine: Considerez la bien; elle est mere d’un Roy,
L’espouse de deux Roys, et Reine comme moy.
Conseiller: Considerez la bien; c’est une desloyale:
Qui dément par ses moeurs la majesté Royale.
(Smith 99)

Queen Elizabeth unknowingly endangers herself also: she opens the door for kings and queens to be treated like their subjects.

Similarly, Regnault also created a Queen whose incapacity to distinguish good from bad advice leads her to perform acts unworthy of her status: Queen Elizabeth is, indeed, led to have her faithful favourite, Norfolk, and her cousin, Mary Stuart, executed. Finally, from the first scene, La Calprenède leaves little doubt concerning Queen Elizabeth’s responsibility in the kingdom’s endangerment with the mention of the abnormal amount of royal favours bestowed on the Count:

Et ce degré superbe où ma faveur ta mis
Te rend le plus cruel de tous mes ennemis.
N’ay-je avec un sujet partagé ma puissance
Ne l’ay-je relevé par dessus sa naissance
N’ay-je soulé son cœur de gloire & de grandeurs.
Et ne l’ay-je honoré de mes propres faveurs,
Pour aymer un ingrat ne me suis-je haye,
Que pour me voir de luy si laschement trahie.
Et tout ce que j’ay fait n’a pas eu le pouvoir
De tenir un vassal dans son premier devoir.
(La Calprenède I, 1, 3–12)

The favours given to Essex to compensate for his lower birth fail to make him a suitable partner for the Queen, while weakening her position. These favours have, in turn, given ideas of grandeur to Essex, who now threatens Elizabeth and England. The questioning of the Queen’s powers is inevitably followed by the questioning of the Queen’s ability to rule her kingdom (La Calprenède II, 1, 23-7): she has created the new threat represented by Essex and the author shows the audience that the Queen is ultimately responsible for the endangerment of England.

To return to representations of Dido again, in Jodelle’s Didon se sacrifiant (ca 1558-70), an obvious external threat is mentioned, yet remains faceless. King Hyarbas is, indeed, alluded to as the main menace against Dido’s city (Jodelle, I), but never appears on stage. However, the role played by the Trojan Prince can be interpreted as an external threat as well, because he is a foreigner in Dido’s realm. The initial role attributed to Æneas and his men is to support Carthage against external threat: for instance, Dido calls Æneas the “seul support/ De ma Carthage […].” (Jodelle, II, 629-30). Yet, the foreign nature of the Trojans prevents them from being integrated within the realm and reveals their threatening quality. This is highlighted semantically: Æneas is, indeed, referred to as a foreigner on numerous occasions and his status as a host of Dido’s is also mentioned several times.12 Æneas’s foreign nature naturally renders problematic his suitability as a potential partner for the Queen and as ruler of Carthage. But what is striking is that even Achate identifies his King as a menace equivalent to that posed by Hyarbas. Jodelle’s tragedy opens with Achate’s long description of Dido’s misadventures. These are introduced in the first act by similar expressions: “Sa peine…” introduces the story of Dido’s husband’s death; “L’autre mal la troubla…” starts the story of Hyarbas’s unrequited love and subsequent hatred for Dido, while “Plus estrange malheur encor…” signals the beginning of the story of Æneas, whose eyes “De cent traits venimeux blesserent l’effrenee […].” Jodelle puts on the same level the death of Sychaeus, the threat represented by Hyarbas and the arrival of the Trojans, in spite of the fact that the latter come to Carthage in peace. The text does, therefore, substantiate the identification of the Trojans as a danger for Dido. The departure of the Trojans reaffirms their identity as both foreign and a threat. Their intrusion within the realm of Carthage has allowed them to destroy the kingdom from within, in the manner of a Trojan horse. It is interesting to note that, in all Dido tragedies, the troop of Trojans is uniquely composed of male characters, a historical inaccuracy. This entirely male presence then leads me to interpret the presence of the Trojans in Carthage as the irruption of a male dominated world – the rulers of Troy descended from paternal lineage – in a female world. Carthage is, indeed, not only ruled by a woman, but was founded by one, in an act assimilated to procreation.

In Hardy’s Didon se sacrifiant (1624), the external threat manifests itself in the form of King Hyarbas, as in Jodelle’s tragedy. Hardy did not keep the foreign prince off the stage, yet he limited his presence to one scene (Hardy II, 1). Hyarbas poses an imminent but not immediate threat to the kingdom. Hardy is the only playwright, until Boisrobert, to give Hyarbas a role on stage. Although this role is limited, it still serves to create in the mind of the audience or reader a more tangible threat to Dido and her kingdom. Yet, as in Jodelle’s Didon se sacrifiant (ca 1558-70), it is Æneas who is a greater danger to Dido’s kingdom. His status as a foreigner is highlighted in the exact same way, semantically, and the same conclusions must then be reached regarding the Trojan Prince’s natural identification with an external threat.

In 1637, in Scudéry introduces numerous faceless external threats to Carthage in the very first scene of his Didon:

Et en songez-vous point entre quels ennemis,
Dans ce nouveau climat, votre sort est soumis?
Les Gétules vaillants, ces hommes invincibles,
Les Numides hautains, les Syrtes insensibles,
Peuples fiers et cruels, regardent d’un côté
Cet Asile qui reste à notre liberté;
De l’autre, les déserts de l’ardente Lybie;
La ville de Barcé, dont la rage ennemie
Ne voit qu’avec regret votre Empire naissant,
S’afflige de son heur, et le va menaçant.
Vous dois-je encor parler de l’appareil de guerre,
Que le peuple de Tyr fait par toute sa Terre?
Et du frère cruel, qui s’arme contre vous
D’un fer, qui fume encor du sang de votre Epoux?
(Scudéry I, 1, 51-64)

However, it is Dido’s inability to integrate the Trojans in her kingdom, turning Æneas from an internal support into an external threat which, again, seals the fate of Carthage. Æneas, indeed, brings about the disintegration of the kingdom as his presence provokes the rise of popular dissent:

Et tous les Tyriens sont offensés de voir
Que je mets en tes mains mon Sceptre et mon pouvoir.
(Scudéry IV, 1, 1071–2)

It is interesting to note, however, that Scudéry introduced only one clear allusion to Æeneas as a potential support for Carthage against external threats, unlike Jodelle or Hardy. Dido’s accusations in the tragedy are centred on the individual relationship of the characters, the ingratitude Æneas is showing in abandoning her and the breach of his promise to her.13

In Boisrobert’s Vraye Didon (1643), there is no doubt that Hyarbas is the most obvious manifestation of external threat to the city of Carthage, as the battle between the Carthaginians and the Getulians is about to take place at the beginning of the play (Boisrobert I, 1, 5–24). Boisrobert gave the character of Hyarbas a more essential role in his tragedy than any playwright before him, as Hyarbas is present on stage in a total of nine scenes. It should be noted, firstly, that this is a similar number of scenes to the number of scenes in which Pygmalion features (eight scenes) and, secondly, that this is a smaller number of scenes than those in which Dido (eleven scenes), Anne (thirteen scenes) and Forbante (ten scenes) feature. However, Forbante is the brother of Hyarbas and his role is mainly to offer a sounding board to the King’s feelings, but also to act or speak on his behalf.14 Forbante makes Hyarbas’s presence felt on stage even without his actually being there. Boisrobert gave Pygmalion, King of Tyr and Dido’s brother, the same role, in terms of narration, as Æneas in the other Dido tragedies. His initial show of intention gives him, like Æneas, the role of internal support to Carthage against external threats. The “grand secours de Tyr” (Boisrobert I, 1, 24) is, however, questioned from the start by the Queen who describes Pygmalion as “ce frère barbare,/ Qui feint d’avoir pour nous une amitié si rare.” (Boisrobert I, 1, 69–70). And, indeed, this initial support transforms into an external threat when Pygmalion, who after all is a foreigner in his sister’s realm, offers his help to Hyarbas in the first act and eventually takes part in the sack of Carthage (Boisrobert V, 2, 1296–1300). This is where the roles of Pygmalion and Æneas differ fundamentally: if the role of Æneas can be interpreted as that of an external threat disguised as an internal support, at least Æneas does not loot Carthage; yet the outcome is ultimately the same. This difference can be explained by the playwrights’ attempt to preserve the traditionally positive image of Æneas, whereas there was no such established tradition for the character of Pygmalion.

Narrative and linguistic patterns help the playwrights create expectations in their audience. Ruling queens will always be threatened either by men or by themselves. Nevertheless, even when queens are threatened by male characters, female weaknesses still account for at least part of their failure as sovereigns. This is to be expected and reflects, to a certain extent, the controversial nature of female rule at the time. The fact that successful female rulers are extremely rare in tragedy in the period of time I focused on seems to confirm this.

The case of Elizabeth I is different for two reasons. Firstly, the queen on stage does not symbolise any other queen than the real English monarch; there is no subtle attempt by the playwright to make allusions to French contemporary queens. Secondly, Elizabeth I was contemporary to Montchrestien and what was written about a living monarch was subject to much more scrutiny, as can be seen by the diplomatic pressure exerted on the French authorities to ban the play. There is, therefore, a certain amount of moderation in Montchrestien’s assessment of the English monarch’s flaws. This moderation is not shown by his successors. The reader also needs to take into account the relations between France and England to understand the choices made by Regnault and La Calprenède. When these two playwrights wrote about Elizabeth I, she was still in the mind of the audience a Protestant Queen whom Catholics had unsuccessfully attempted to assassinate on numerous occasions. Exposing the Protestant Queen’s flaws and errors would have been perfectly acceptable. Hence the topoi of the threatened kingdom and threatening characters could be thoroughly explored, with the Queen being represented as the creator of the other threatening characters in the plays—Morray in Regnault’s play and Essex in La Calprenède’s—and therefore ultimately assuming the entire responsibility of the kingdom’s endangerment. Once again, literary topoi reflect the contemporary socio-political context.

In the case of Dido, there is a definite evolution in the representation of a ruling queen, at least in linguistic terms, and this can also been seen as a reflection of the popular change of attitude towards French female regencies. The fact that female regencies were becoming more common means that the audience more readily accepted these both in reality and on the stage. The tragic queens could, therefore, gradually be referred to as queens rather than merely human beings: this is the shift we witness between the language used by Jodelle and that used by Scudéry and Boisrobert. This evolution of the language symbolises the strength of the link existing between the actual queens and fictional representations of their function, or the influence of sixteenth and seventeenth-century socio-political circumstances on literature.

Durham UK

NOTES

1The list of tragedies examined was established based on Lancaster’s work, Dr Jan Clarke’s fount of knowledge and my own findings from the BNF collections.

2 Jodelle’s Didon se sacrifiant was first published between 1558 and 1570. Hardy’s Didon se sacrifiant was first published in 1624. Scudéry’s Didon was first published in 1637 and Boisrobert’s Vraye Didon was first published in 1643. I will be using the modern editions referenced in the list of works cited from now on.

3Although “chere Dame” does not refer directly to Dido's royal status, it has been included in this section as it is used as a mark of respect.

4Four occurrences, all in a negative context: III, 1235; IV, 1770 and 1775; V, 2126. Three occurrences lay the emphasis either on her physical appearance (I, 183) or weak moral constitution (IV, 1773 and 1990). Two allusions by Anne who refers to Dido as potentially pregnant (III, 1448 and 1453); the allusions are meant to persuade Æneas to stay. One negative reference as a wife by Barce: she predicts the death of Dido, grief-stricken by the loss of Æneas.

5For details of internal strife and detailed role of Regent Queens, see Cosandey, Delorme, Dulong and Gibson.

6La Reine d’Escosse was first published in 1601. I will be using the modern edition referenced in the list of works cited from now on.

7For a comparison of Montchrestien, Regnault and Boursault’s 1691 Marie Stuard, see Paulson.

8 For instance, in act I, scene 1, 132-5: Essex takes and tears apart a letter held by the Queen as proof of his collusion with the Irish.

9In an almost comical sequence of scenes, Essex first complains about the Queen’s wavering affections (act II, scene 4), before receiving his mistress in his prison cell and swearing his undying love for the latter (act II,scene 5).

10Between act II, scene 2 and scene 6.

11Dido mentions her oath and the fact that “tous nos Tyriens n’en ont jamais douté.” (act II, scene 2, 492) thus making the breach of her oath a sin not only in the face of the gods but also in the face of her people.

12There are nine references to Æneas as a foreigner, five as a host and four as a Trojan, thus defining this character as definitely foreign to Carthage and Dido.

13The transformation of Æneas into an external threat happens in the last two acts. See, act IV, scene 1, 1075; scene 2, 1169; scene 7, 1355; act V, scene 4, 1586 and 1594.

14This is the case in act III, scenes 5 and 6, where Forbante is on stage, while Hyarbas is not.

Works Cited

Balmas, Enea. Un Poeta del rinascimento francese, Etienne Jodelle : la sua vita - il suo tempo. Firenze: Leo S. Olschki, 1967.

Boisrobert, François de. La Vraye Didon ou la Didon chaste in Delmas, Christian, ed. Didon à la scène. Toulouse: Société des Littératures Classiques, 1992.

Cosandey, Fanny. La Reine de France. Symbole et pouvoir. Paris: Gallimard, 2000.

Delorme, Philippe. Histoire des Reines de France : Marie de Médicis. Paris: Pygmalion, 1998.

Dulong, Claude. Anne d’Autriche. Paris: Perrin, 1980.

———. La Vie quotidienne des femmes au Grand Siècle. Paris: Hachette, 1984.

Gibson, Wendy. Women in Seventeenth-Century France. London: Macmillan, 1989.

Hardy, Alexandre. Didon de sacrifiant. Genève: Droz, 1994.

Jodelle, Etienne. Didon se sacrifiant in Ternaux, Jean-Claude, ed. Etienne Jodelle. Théâtre complet III. Didon se sacrifiant. Paris : Champion, 2002.

La Calprenède, Gautier de Coste de. Le Comte d’Essex. Paris: Sommaville, 1639.

Paulson, Michael G., ed. The Fallen Crown: Three French Mary Stuart Plays of the Seventeenth-Century. Washington: University Press of America, 1980.

Regnault, Charles. Marie Stuard, Reine d’Ecosse. Paris: Quinet, 1639.

Scudéry, George de. Didon in Delmas, Christian, ed. Didon à la scène. Toulouse: Société des Littératures Classiques, 1992.

Smith, C. N., ed. Antoine de Montchrestien, Two Tradegies: Hector, La Reine d’Escosse. London: Athlone Press, 1972.

Site Sections (SE17): 

Albanese: Perceptions critiques et scolaires de l’identité féminine au XIXème siècle : le cas Corneille

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 233–252.
Author: 
Ralph Albanese
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La notion de l’identité féminine qui se dégage de la tragédie cornélienne représente une construction discursive du XIXème siècle. Cette construction s’explique en grande partie par la transformation de la critique universitaire de cette époque sous forme du discours scolaire sous-jacent aux manuels littéraires de la Troisième République. L’Ecole républicaine vise à développer, à travers le théâtre de Corneille, diverses images de la femme. Plus précisément, l’enseignement secondaire des jeunes filles, fondé en 1882, érige l’auteur du Cid en professeur de vertu par excellence, le transformant en l’occurrence en saint laïque du patrimoine culturel de la France. Ainsi, en présentant Pauline comme archétype de la perfection féminine à la française, l’Ecole tâche d’acculturer les jeunes Françaises en leur faisant intérioriser les principaux traits du génie national. D’où la primauté absolue du devoir conjugal chez les femmes et, dans le cas de l’héroïne de Polyeucte, sa vraisemblance psychologique tient au fait qu’à cette vertu primordiale s’ajoute la tendresse féminine. Par ailleurs, la critique cornélienne du XIXème siècle accorde, de toute évidence, une place secondaire à la femme ; elle opère, en plus, une séparation rigoureuse entre les sexes. En repérant, chez le dramaturge, l’ensemble des rôles sexuels stéréotypés, cette critique s’inscrit dans un espace féminin strictement circonscrit. Les commentateurs dégagent, de la sorte, une série de qualités féminines perçues comme « naturelles,» telles la soumission et la résignation, qui font partie intégrante d’une identité sexuelle jugée socialement acceptable, c’est-à-dire, en parfaite conformité avec les enjeux de la scolarisation des « filles ».

En examinant l’apport de plusieurs critiques, tels Sainte-Beuve, Lemaître, Brunetière, Lanson et Faguet, parmi d’autres, nous tâcherons, d’abord, de mettre en évidence de multiples images du rôle féminin dans le théâtre cornélien. Nous montrerons, par la suite, dans quelle mesure ces images ont été récupérées par le discours scolaire républicain. Tel qu’il se manifeste dans les manuels, l’idéal du savoir-plaire féminin s’ajoute au savoir-devoir qui s’insère dans la perspective républicaine de la citoyenneté féminine : les lycéennes sont bel et bien obligées de se conformer à leur « nature » de femme, d’où la primauté du mariage et de la maternité. 1 D’autre part, on trouve, dans l’enseignement secondaire des jeunes filles, entre 1880 et 1914, le même discours admiratif sur Corneille qui marque l’enseignement masculin et l’enseignement militaire de l’époque ; le dramaturge se fait alors l’objet d’un consensus national. Par le biais des exercices scolaires, telle la composition française, l’Ecole valorise le devoir personnel, familial et civique des jeunes filles ; elle souligne, avant tout, l’importance du devoir républicain ainsi que les valeurs symboliques de la culture française, à savoir, la modération, la sagesse et l’acceptation sereine de leur rôle social et familial.

Moniteur officiel des lettres sous le Second Empire, Sainte-Beuve, tout en envisageant Corneille comme un dramaturge sans grâce, ni subtilité, admire sa morale impeccable et sans équivoque. Si Chimène et Pauline témoignent de la vertu d’abnégation, la plupart de ses héroïnes sont, selon lui, toutes d’une pièce, se ramenant, en un mot, à des « adorables furies. » L’auteur des Causeries du lundi estime, au total — et ce jugement s’est répercuté sur la critique universitaire du XIXème siècle — que Corneille n’a pas su dépeindre la condition féminine dans toute sa complexité2.

De même que Brunetière, J. Lemaître s’accorde avec la perspective beuvienne sur l’inaptitude de Corneille à créer des personnages féminins mus par une psychologie complexe. Tout en voyant dans Le Cid « une œuvre insurrectionnelle, » et la source d’une jeunesse éternelle qui proclame « (les) droits imprescriptibles de l’amour, » et en louant la conception antique de l’honneur qui s’y fait jour, J. Lemaître insiste sur la faiblesse exemplaire de Chimène3. Poète de la volonté, le dramaturge se repentirait par la suite de cette œuvre exceptionnelle en faisant valoir le triomphe du devoir sur la passion. Dans cette optique de l’âme humaine, il ne verrait que la force et en négligerait volontairement la faiblesse.

Après s’être fait le chantre de l’atmosphère privilégiée de l’héroïsme cornélien, Brunetière montre dans Rodogune et Héraclius, par exemple, que la princesse des Parthes et Léontine s’appliquent toutes deux à échapper aux comportements communs, aux sentiments inspirés par la fatalité, d’où la tendance générale, chez Corneille, à traiter l’amour avec mépris, dans la mesure où il est perçu comme une faiblesse. Leur glorification de la volonté trouve sa meilleure expression dans le domaine de la politique :

La politique n’est-elle pas le domaine propre, et comme le lieu de l’exercice de la volonté ? C’est la volonté qui mène le train de l’histoire, et non pas la sensibilité, ni même l’intelligence. De là le plaisir que prennent les personnages de Corneille, — Auguste, et Cinna, Rodogune et Cléopâtre, Phocas et Léontine, Nicomède et Prusias — à développer tout au long, et quelquefois interminablement, les mobiles de leurs résolutions. Ils s’y attardent parce qu’ils s’y complaisent : ils s’y complaisent parce qu’ils s’y encouragent 4.

Dans le cas de Cléopâtre, reine criminelle, on a affaire à une volonté qui s’étend au-delà des limites du commun des mortels, d’où sa « grandeur d’âme exceptionnelle ». Malgré quelques défauts d’ordre dramaturgique, Brunetière privilégie, à l’instar du dramaturge, Rodogune de tout le corpus cornélien5 . Dans Le Cid, le critique exalte l’idéal de la piété filiale, qui s’avère lié, chez Chimène, à la « voix du sang »6 . Dans la dramaturgie cornélienne, si les femmes s’interrogent souvent sur les mobiles de leurs décisions, c’est afin de faire ressortir la dimension morale de l’action en l’idéalisant. En cultivant l’exercice de leur volonté, elles parviennent à jouir de la maîtrise d’elles-mêmes. Brunetière soutient, du reste, que la préoccupation morale se situe au centre de Cinna en ce sens qu’Emilie se sent motivée de justifier sa conspiration à l’égard d’Auguste. Dans Rodogune, de même, Cléopâtre impose à ses fils sa pulsion meurtrière au nom du devoir filial ; elle passe donc du registre de l’argumentation à celui de la casuistique. De plus, quelle que soit leur origine, les héroïnes de Corneille, de même que les héros, recourent toutes au même discours codifié (La Grande Encyclopédie, 994). Enfin, le critique déplore la transformation de la rhétorique cornélienne en déclamation dans ses dernières pièces.

De même que l’Histoire de la littérature française de Nisard a exercé une influence profonde sur le corps enseignant entre 1880 et 1900, le manuel de Lanson a révolutionné l’étude de l’histoire littéraire dans l’enseignement secondaire et supérieur en France au cours de la première moitié du XXème siècle par l’adoption de méthodes scientifiques. S’inspirant de Sainte-Beuve, Lanson envisage les héroïnes de Corneille comme des êtres virils et volontaristes. Si celles-ci se montrent « peu féminines, » si leur esprit est caractérisé plus par l’intellect que par l’émotion, c’est que, d’après lui, le dramaturge a su intégrer l’état d’âme de ses compatriotes dans ses personnages :

Corneille est d’un autre temps : il a et il exprime une nature plus forte et plus rude, qui a longtemps été la nature française, une nature intellectuelle et volontaire, consciente et active… Il y a donc une harmonie complète entre l’invention psychologie de Corneille et l’histoire réelle des âmes de ce temps-là 7 .

En fait, dans la perspective lansonienne, la santé morale du « grand Corneille » réside en ses multiples leçons sur l’efficacité de la volonté : « âme forte » , Pauline se montre de la sorte en proie à une volonté toute-puissante. A cela s’ajoute l’idéal de perfectionnement moral propre à l’héroïsme cornélien, qui sert de véhicule permettant à l’héroïne d’atteindre à la vertu. Dans le cas de Rodrigue et Chimène, le combat héroïque auquel ils se livrent provoque leur amour réciproque. Quant à Cléopâtre, femme d’Etat qui s’adonne au mal, elle témoigne d’une grandeur morale paradoxale, car sa volonté héroïque est entièrement vouée à des desseins criminels. Camille, elle, dépasse la mesure en s’avérant trop mue par un idéal exclusif qui finit par la perdre. Selon Lanson, alors que les figures féminines de Corneille — telles Chimène, Emilie et Laodice — manquent l’impulsivité racinienne ; elles restent passionnées par la raison et se font une idée exaltée de leur gloire. Plus précisément, Camille et Emilie s’apparentent à des figures modernes dans la mesure où elles « … sont des sentimentales lucides, raisonneuses, énergiques, mettant leur foi ou leur fureur en maximes ; (ce sont, bref) des âmes de nihilistes et de suffragettes »8 . En somme, aux yeux de Lanson, si l’énergie, le goût de l’aventure et de la politique, et la recherche effrénée de la gloire marquent le comportement des héroïnes de Corneille, ces traits de caractère appartiennent à cette génération éprise d’héroïsme que fut celle de Louis XIII et la Fronde, et l’on songe notamment à Mme de Longueville, aux précieuses et à la grande Mademoiselle.

Savant remarquable et commentateur politique, Faguet a dégagé du théâtre de Corneille un fonds de traditionalisme moral qui correspondait aux objectifs de l’école de la Troisième République. S’il proclame que la dignité du héros cornélien réside dans sa capacité à affirmer sa volonté, c’est-à-dire, à faire face au péril, c’est que le danger et les réactions qu’il suscite départage les forts et les faibles. D’autre part, s’il postule, dans un discours commémoratif, que le dramaturge incarne « l’âme idéaliste de la France » 9, c’est afin de mieux faire ressortir le statut inférieur de la femme dans la hiérarchie traditionnelle ; le conservatisme social de Faguet l’amène à accorder aux héroïnes, dans Corneille expliqué aux enfants, une place nettement secondaire. Chimène et Pauline se montrent donc plus réactives qu’actives et leurs rôles illustrent à merveille la valeur étymologique du terme infans : « Il ne convient pas qu’une femme ait un rôle bruyant et éclatant ; il ne convient pas, pour dire la chose comme elle est, qu’elle parle beaucoup »10 . Attaché au culte de la domesticité, Faguet estime que la femme devait, dans l’univers patriarcal de Corneille, jouer son rôle de gardienne du foyer. Soucieuses avant tout de cultiver la mémoire du Comte et de Polyeucte, Chimène et Pauline ne doivent, respectivement, prendre la parole qu’en servant la cause des héros morts :

…ce sont ces grandes ombres qui parlent par la bouche de ces nobles femmes. La noblesse de la femme est de s’appuyer sur le chef de famille, ou sur sa mémoire, et de porter dignement son nom, ou son souvenir (Corneille expliqué aux enfants, 86-7)

.

Conformément à la perspective républicaine et laïque de Faguet, l’ouvrage anonyme, Pierre Corneille patriote, exalte le patriotisme en tant que religion civique pratiquée par un dramaturge/prêtre. Cet ouvrage met en valeur le rôle des mères françaises sous la Troisième République dans la formation des « petits héros » de la nation. Celles-ci doivent se donner pour tâche le développement, chez leurs enfants, de l’esprit de sacrifice et d’abnégation. A cet effet, les vers de Sabine dans Horace se montrent particulièrement utiles (III,1, vv. 721–24). L’idéal maternel, chez Corneille, doit s’appliquer à promouvoir l’éthique de l’honneur et de la grandeur nationale :

Mères, songez à la patrie ! / Et que vos fils reviennent à votre foyer en gens d’honneur, qui ont fait leur devoir, qui ont aimé la vie et méprisé la mort, — ou qu’ils n’y reviennent pas vivants11 .

Dans la mesure où Horace et Cinna mettent en évidence des vertus républicaines, l’auteur vise à ériger le dramaturge en précurseur de la Révolution. Cette hypothèse se trouve renforcée, enfin, par le goût cornélien pour les « maximes républicaines » (13) : « Qui ne craint pas la mort ne craint pas les menaces » ; « Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées / La valeur n’attend point le nombre des années » ; « Mourant sans déshonneur, je mourrai sans regret ».

Professeur à l’Université Catholique de Lille, A. Charaux s’applique à dégager divers éléments de la vision chrétienne qui sous-tend la tragédie de Corneille. L’idéalisme de celui-ci finit par créer une dramaturgie marquée non seulement par l’aspiration au sublime mais aussi par des personnages qui font preuve d’un idéal humain particulier. Alors que Pauline personnifie l’épouse chrétienne, Rodrigue et Chimène incarnent la piété filiale. Grâce au rôle de Chimène, en particulier, Le Cid constitue une excellente tragédie chrétienne. L’héroïne s’avère mue, en fait, par les vertus de la sainteté : sa pureté virginale, son esprit de sacrifice allant jusqu’au martyre, son respect profond vis-à-vis de son père mort, enfin, son goût de la perfection éthique ont pour effet de l’installer dans une supériorité morale par rapport à Rodrigue : « …c’est là ce qu’il y a de plus saint dans Corneille »12. Ce qui témoigne de la sublimation de l’amour terrestre en amour divin, selon A. Charaux, c’est que Chimène, une fois ayant pardonné Rodrigue, aurait consacré sa vie à Dieu dans un couvent (I, 310). Dans Polyeucte, Pauline illustre, de même, la grandeur morale de l’héroïsme chrétien. Si elle se révèle chrétienne avant la lettre — « elle a [comme Chimène] l’héroïsme surnaturel d’une chrétienne » (I, 310) — c’est qu’elle témoigne d’une fidélité conjugale à toute épreuve. D’une part, elle n’hésite pas à avouer aux autres ses fautes. Elle se livre, d’autre part, à un recueillement religieux qui lui permet de triompher sur la force exercée sur elle par l’amour-passion. La piété naturelle de Pauline — symptomatique de la dévotion religieuse de la femme aux yeux de l’Eglise en France au XIXème siècle — l’amène à s’élever vers Dieu :

Pauline est femme, c’est-à-dire, naturellement pieuse ; vous avez remarqué, sans doute, avec quel élan spontané à nous autres hommes inconnu, la femme s’agenouille devant un autel ou devant une tombe ; en se prosternant dans la poussière, elle s’élève par le cœur vers le ciel, plus haut que nous, dans le sentiment de son impuissance et dans son humilité ; elle appuie sa faiblesse sur Dieu ; aussi Dieu entendra Pauline, victime de l’obéissance filiale, et la fera triompher, par l’amour conjugal, de l’amour naturel (II, 284).

Le dramaturge ne s’empêche pas, toutefois, de dénoncer la vanité des gloires terrestres dans La Mort de Pompée, et il insiste en l’occurrence sur la noirceur morale de Cornélie, qui agit par hypocrisie et orgueil en faisant croire qu’elle entend sauver César. Dans Rodogune, le châtiment de la reine criminelle et dévoyée, véritable révoltée contre Dieu, illustre l’infaillibilité de la justice divine. A. Charaux attribue, enfin, l’expérience du remords chez Cléopâtre à la profondeur de sa foi religieuse.

Telles qu’elles ont été véhiculées par le discours scolaire républicain, les perceptions de l’identité féminine chez Corneille se ramènent à un ensemble d’images, tantôt de femmes fortes ou passionnées tantôt de femmes vertueuses ou criminelles. Ces images s’inscrivent, dans une certaine mesure, soit dans la vision républicaine et laïque propre à Faguet et à l’ouvrage Pierre Corneille patriote, soit dans la vision idéaliste et catholique d’A. Charaux, qui suppose l’attachement du dramaturge aux principes absolutistes.

Le Cours de littérature d’E. Géruzez, manuel qui a connu de multiples rééditions au cours du XIXème siècle, soutient que Corneille, tout en étant monarchiste, admirait les vertus républicaines de la liberté ; l’auteur cite, à ce propos, « la mâle beauté des caractères antiques »13. E. Géruzez affirme, par ailleurs, que la tragédie cornélienne constitue un véritable « cours de morale héroïque»14, ce qui renforce la notion des classiques scolaires en tant que professeurs des choses morales, notion particulièrement chère au corps enseignant de l’Ecole républicaine. Si ce corps s’applique à rehausser la morale publique, il reste convaincu qu’en fortifiant la vertu des âmes élevées, le « grand Corneille » finit par tremper leur caractère. Selon ce commentateur, soucieuse d’ennoblir les âmes, la dramaturgie cornélienne projette une image de l’homme empreinte de dignité et aux antipodes de la descente racinienne dans l’abîme des passions. E. Géruzez se plaît alors à démontrer l’ampleur des situations où l’héroïsme féminin se manifeste avec éclat : Cornélie exalte l’idéal de l’amour conjugal, Théodore fait valoir la beauté morale de la pudeur et Rodogune, elle, se montre héroïne de l’amour paternel 15 .

F. Hémon, quant à lui, s’inscrit en faux contre contre J. Demogeot, J. Janin et Horion, qui envisageant Cinna comme un plaidoyer monarchique et, par conséquent, anti-républicain. Attribuant un « républicanisme rétrospectif » à Corneille, il valorise la fierté du citoyen romain, qui l’emporte sur la figure royale (Théâtre de Pierre Corneille, II, 48). On s’aperçoit ainsi à quel point Emilie cultive le froid dédain de l’âme républicaine face à la royauté. A cela s’ajoute, dans Cinna, le décalage entre l’idéal républicain d’Emilie et le machiavélisme de Livie. F. Hémon s’en remet en plus à Saint-Marc Girardin afin de justifier l’épouvante provoquée par Cléopâtre chez le lecteur/spectateur. Saint-Marc Girardin estime que la reine mère fait violence au caractère sacré de son rôle maternel (Théâtre de Pierre Corneille, III, 55). F. Hémon souligne, par contre, le comportement honorable de Laonice, la confidente « trop crédule, mais généreuse » (56). Il met en évidence d’ailleurs la supériorité morale de Pauline et de Chimène par rapport à d’autres héroïnes de Corneille (II, 44). Le critique cite le propos de Sainte-Beuve, qui considérait Pauline comme le symbole même de la femme « bien française » et, à ce titre, représentant de l’identité culturelle de la France16. En plus, il signale l’invraisemblance du caractère de Rodogune, qui s’avère en fait, à la différence de Cléopâtre, plus raisonneuse que passionnelle (III, 52).

Après avoir expliqué que Camille est punie pour avoir négligé l’idéal du patriotisme17, A Grenier soutient que si l’on admire Emilie, c’est « pour ses mâles vertus de fille et de Romaine » (127). Il se réclame, de même, de Saint-Marc Girardin qui affirme que le devoir se ramène, chez Corneille, à la volonté du mâle, tel Don Diègue ou Polyeucte. Si le commentateur exalte, chez Pauline, le sentiment d’honneur conjugal, c’est qu’il l’attribue à une conception de normalité élevée propre au comportement féminin, bref, « à un vif sentiment de la règle » (157). Toutefois, vu l’emprise passionnelle à laquelle elle se trouve en proie en présence de Sévère (II, 2), Pauline ne sert guère au début de la pièce de modèle de la femme mariée.

Parmi les manuels utilisés dans l’enseignement confessionnel sous la Troisième République, on peut citer les Etudes sur les auteurs français du Père Caruel. Chimène est présentée ici comme prototype de l’héroïsme féminin, qui apparaît comme une forme plus souple de l’héroïsme masculin : « le devoir ne cédera pas, mais on sent que l’amour n’est pas dompté»18. Tout se passe comme si Chimène se sentait mue par des impératifs « masculins » ; l’élève est invitée alors à développer ce portrait particulier de l’héroïsme féminin. Par ailleurs, d’après le Père Caruel, l’Infante est inspirée par un rêve qui s’avère illusoire, à l’instar de Perrette de « La Laitière et le Pot au Lait ». Le critique loue, enfin, l’élitisme moral de Pauline (362), fondé sur l’exaltation du devoir conjugal. L’amour qu’elle voue à son mari à travers toute la pièce lui permet de dépasser l’humanité commune.

Recteur de l’Institut Catholique, le Monseigneur Jean Calvet s’en remet, lui aussi, à Sainte-Beuve en soulignant la transcendance héroïque de Pauline, qui représente l’idéal féminin propre à la France19. Selon lui, il convient de situer Pauline dans la compagnie de femmes illustres relevant de la littérature universelle : Antigone, Didon, Desdémone, Ophélie, Françoise de Rimini et Marguerite (242) ; elle ferait partie, de la sorte, des « femmes d’élite » (243). Servant de modèle de la vertu féminine, Pauline serait apte à apprendre aux autres femmes l’art d’aimer tout aussi bien que l’art de vivre. Mgr. Calvet s’en prend, du reste, à la lecture de Sarcey qui voit, chez celle-ci, « une (histoire) d’amour banal, voire vulgaire », bref, « une femme comme toutes les femmes » (310). Aux yeux du critique catholique, Sarcey méconnaîtrait la dimension fortement spirituelle de Pauline. Mgr. Calvet remet en question, de même, l’interprétation laïque de Polyeucte à laquelle se livre J. Lemaître ; cette dernière réduit cette tragédie religieuse à une sorte de comédie de boulevard.

Enfin, bien que le Révérend G. Longhaye prétende que Corneille invite ses lecteurs/spectateurs à s’adonner à une quête de la grandeur, il précise néanmoins que cette quête s’avère déficiente en ce qui concerne les héroïnes cornéliennes20. Dans Horace, Héraclius et Othon, par exemple, « la grandeur de courage » semble détonner chez celles-ci (23).

On ne saurait trop insister sur la fréquence des devoirs du baccalauréat ayant pour objet la valeur éducative du théâtre de Corneille21. Il importe de noter que ces devoirs portaient sur les thèmes de l’héroïsme masculin et principalement du patriotisme. En s’interrogeant sur quelques sujets de composition française, proposés entre 1880 et 1914 et traitant des héroïnes tragiques, on s’aperçoit à quel point l’Ecole républicaine visait à prendre en charge la direction morale des lycéennes de cette époque.

Outre ce sujet ayant trait à l’immoralité de Chimène :

Faire ressortir la puérilité et l’injustice de cette sentence portée par Chapelain sur l’héroïne de Corneille : ‘Chimène est une amante insensible et une fille dénaturée’ (Faculté de Bordeaux, 1893) (La Composition française …, 539).

On peut citer celui qui invite l’élève à réfléchir au comportement des héroïnes de Corneille afin de déterminer à quel point il correspond à la définition idéaliste de La Bruyère :

… Corneille a peint les hommes tels qu’ils devraient être. Et on répète comme un axiome que les personnages de Corneille sacrifient la passion au devoir. Chercher en prenant seulement pour exemple … Chimène dans Le Cid …(et) Pauline dans Polyeucte, si ces … personnages obéissent tous et toujours à de véritables devoirs et à la vraie morale (Faculté de Clermont, novembre 1900) (La Composition française …, 343).

Le sujet qui suit s’adresse à l’imaginaire de l’élève, car il suppose une suite au Cid, c’est-à-dire, une projection de Rodrigue et Chimène en couple marié. Ce scénario mythique de vie conjugale laisse transparaître une sorte de deuil collectif des époux lors d’une visite de la tombe de Don Gormas. Chimène prend à partie en l’occurrence la tyrannie du point d’honneur qui a entraîné la mort de son père :

Chimène et Rodrigue, après leur mariage que fait prévoir le dénouement du Cid, vont prier sur la tombe de don Gormas. Raconter cette visite. Emotions qu’éprouvent les deux époux au souvenir du tragique événement qui faillit anéantir leur bonheur. Chimène déplore les exigences barbares du point d’honneur, si meurtrières pour la jeunesse espagnole. Sans rien conseiller à son époux d’indigne de lui, elle espère que son épée ne sortira plus du fourneau que pour la défense de l’Espagne. C’est la meilleure satisfaction qu’il puisse accorder aux mânes du comte (Faculté de Bordeaux, 1895) (La Composition française …, 539).

p>Cinna, et celui de Chimène dans Le Cid » (Faculté de Paris, le 9 nov. 1881)22. Il fait le point des analogies qui rapprochent ces héroïnes — sur le plan de rôle capital dans l’action, de leur grief particulier et de leur attitude à l’égard du meurtrier de leur père — et des différences qui les séparent, c’est-à-dire, la façon dont elles poursuivent leur ennemi, leur rôle dans le dénouement et l’intérêt dramatique qu’elles suscitent. En somme, à l’élévation du caractère de Chimène s’oppose l’anti-héroïsme d’Emilie, qui fait figure d’une « furie » qui n’est guère « adorable ». Dans cette même perspective, la fierté de Chimène fait contraste avec le dépit d’Emilie. Alors que la haine constante de celle-ci laisse le spectateur/lecteur indifférent, la vertu de Chimène exerce par contre une influence salutaire sur ce dernier. Enfin, les sentiments d’amour et de haine sont rassemblés par Chimène dans une seule personne (Rodrigue), qui est à la fois son amant et le meurtrier de son père. Tandis que, pour Emilie, ce conflit entre le devoir et l’amour ne se manifeste pas de la même façon : il s’agit, chez elle, à en croire J. Condamin, d’un conflit entre la gloire personnelle et celle de l’Etat (315).

Il convient d’examiner, au terme de cette étude, dans quelle mesure le discours critique et scolaire sur Corneille sert à renforcer les perceptions communes à l’égard de l’identité féminine en France entre 1880 et 1914, et encore au-delà. Qu’elles soient nourries par l’idéalisme chrétien ou bien par les valeurs républicaines, les diverses images de cette identité se définissent par rapport au positionnement des héroïnes cornéliennes vis-à-vis de la Loi patriarcale : à l’ensemble de rôles féminins qui se soumettent à cette loi s’opposent ceux qui se révoltent contre l’impératif masculin. A cet égard, les questions que la critique cornélienne continue à débattre depuis le XIXème siècle se ramènent, en gros, à celles-ci : peut-on mesurer la qualité de la vision cornélienne de la femme ? ; dans quelle mesure chaque héroïne s’approche-t-elle ou bien se détache-t-elle d’un idéal féminin communément admis ? ; quelles sont, selon le dramaturge, les modalités de la « femelle » vertu ? ; et, enfin, la quête de la grandeur féminine est-elle nécessairement vouée à l’échec ? Comme M. Greenberg l’a bien démontré, le statut de la femme, chez Corneille, est à tel point problématique en raison de la séparation rigoureuse entre les sexes dans un Ordre politique médiatisé par les hommes. Dans la mesure où l’Etat constitue une extension des valeurs familiales, la vertu s’inscrit exclusivement dans l’ordre viril23 ; bref, tout concourt à justifier l’autorité paternelle. Ainsi, si Cléopâtre, dans La Mort de Pompée, répugne à la dépendance masculine, la Loi patriarcale lui défend l’action directe et elle s’avère obligée, comme Emilie, d’agir par l’intermédiaire des hommes. Pauline s’assujettit, de même, à la force du pouvoir masculin en intériorisant le principe de l’autorité masculine. Si l’on admet, de surcroît, que l’univers tragique de Corneille est marqué avant tout par la rivalité virile — duels, combat, complots, martyre — c’est que l’appel aux armes est limité aux rôles masculins, qui se définissent, en somme, par rapport au pouvoi24r. Etant strictement exclues de l’exercice du pouvoir, les femmes se font ainsi le plus souvent l’objet de capitulation face au pouvoir des hommes25. Dans Polyeucte, la femme est considérée comme un danger qu’il faut neutraliser, c’est-à-dire, une ennemie à combattre. Associant la féminité au domaine onirique, Néarque décèle, chez les membres du sexe féminin une force de contamination, d’où la fuite de Polyeucte en présence de sa femme (I, 2). En fait, dans chaque tragédie de la tétralogie, après avoir remporté une victoire militaire et politique, le héros se trouve forcé d’affronter un péril encore plus redoutable, à savoir, son adversaire féminin (Chimène, Camille, Emilie et Pauline)26 .

Selon notre perspective institutionnelle et socio-culturelle sur la femme, l’école de la République a dégagé une multiplicité des valeurs personnelles, familiales et civiques qui sous-tendent la construction de l’identité féminine. Plus précisément, depuis les années 1880, les finalités idéologiques de l’enseignement secondaire des jeunes filles consistent non seulement à développer le jugement et le sens moral des lycéennes afin de les préparer à leurs rôles de mère et d’épouse, mais aussi à faire intérioriser la notion d’une nature ou bien plutôt d’une normalité féminine. Fondé sur les valeurs cornéliennes telles que la piété, la soumission et la résignation, le culte de la domesticité féminine s’identifie le plus souvent à l’idéal de la vertu conjugale. On ne saurait trop insister, par ailleurs, sur le rapport entre l’imaginaire cornélien et la transmission de l’image traditionnelle de la femme au foyer, remontant à l’idéal bourgeois du XIXème siècle, qui accordait une place nettement marginale à la femme de par son statut socio-professionnel, légal et économique à cette époque27.

Il existe, en fin de compte, une parfaite complémentarité entre les valeurs morales du « grand Corneille » — c’est-à-dire, l’honneur, le sacrifice et la dévotion propres à l’idéal héroïque — et les valeurs qui soutenaient moralement la France pendant la Grande Guerre. Par suite du traumatisme du conflit mondial, l’Ecole s’est livrée à une recherche d’un passé idéalisé, projetant la maternité comme une source de la régénération morale de la nation. Dans cette perspective, la valeur rédemptrice du sacrifice féminin servirait à justifier la mort massive des poilus. Dans son analyse de la reconstruction de l’identité féminine pendant l’après-guerre en France, M. Roberts met en lumière la crise du foyer, la transformation du rôle traditionnel de la femme et le refus de la maternité 28: à l’idéal domestique traditionnel s’oppose l’émergence de la « femme moderne », qui se caractérise par son indépendance sexuelle, la redéfinition de son travail au cours de la guerre et ses nouveaux modes de vêtement et de coiffure.

Le traumatisme de la défaite de 1940 a donné lieu, enfin, à une volonté profonde de créer les conditions d’un retour à l’ordre. Fondé sur l’idéologie de « Travail, Famille (et) Patrie », le régime de Vichy s’est appliqué à instrumentaliser les différences sexuelles afin d’asseoir son autorité29. Par sa mise en place d’une morale sexuelle extrêmement rigoureuse, valorisant l’idéalisation masculine de la femme au foyer, le discours vichyssois a remis en vigueur les vertus domestiques propres à la mère de famille ainsi qu’une définition normative d’une identité féminine passéiste. Aux yeux de Pétain, il s’agissait, de toute évidence, de « reviriliser » une nation déshonorée et émasculée par la défaite. Mais il fallait reconnaître en même temps que le culte de la maternité contribuait à l’unité nationale, voire même à la survie de la société française. Dans la mesure où la famille et le foyer représentaient, sous Vichy, les principaux vecteurs de l’espace privé de la nation, les femmes devaient jouer un rôle primordial dans le nouvel ordre social 30 . On ne s’étonne guère, de la sorte, que le théâtre de Corneille ait connu un renouveau de popularité lors de la Seconde Guerre mondiale. En fait, la politique scolaire de Vichy a véhiculé un discours moral fondé sur une vision autoritaire, disciplinaire et élitiste de la société. Occupant une place importante dans les programmes scolaires de l’époque, Polyeucte témoigne de la valorisation pétainiste des vertus religieuses, tels le sacrifice, la souffrance et la résignation, vertus féminines par excellence. En plus, le Maréchal Pétain s’est présenté en juin 1940 en sauveur et martyr de la patrie à l’occasion de la plus grande crise militaire et politique de la France moderne (cf. « Je fais don de ma personne pour atténuer le malheur de la France »).

En dernière analyse, il va de soi que l’Ecole républicaine a canonisé la tragédie cornélienne jusque dans les années 1960. L’émergence de nouveaux rôles féminins dans la société française des années 1920, ainsi que le discours de Vichy sur les femmes, mettent en évidence une sorte de parcours de l’identité féminine sous la Troisième République. En s’interrogeant sur les modèles de féminité créés par Corneille — notamment les réactions des femmes face aux instances du pouvoir — on s’aperçoit à quel point l’imaginaire cornélien se trouve à la source même de la modernité politique de la France31 .

University of Memphis

NOTES

1Voir, dans le cas de Molière, mon article, « Images de la femme dans le discours scolaire républicain (1880–1914) », French Review 62, 5 (1989), 740–748.

2 « Portraits littéraires » in Oeuvres, II (Paris: Gallimard, 1956) 691–693.

3 Impressions de théâtre, I (Paris: Lecène et Oudin, 1890) 6–7, 9. S’exaltant des beautés d’une représentation du Cid en 1886, le critique se lamente, de même, de l’attiédissement de la vie morale à la Belle Epoque : « … ah ! quel monde charmant ! quelle délicieuse vision ! Quelles belles et bonnes âmes, ingénues, passionnées, sublimes ! Ce n’est qu’amour, fierté, dignité, courage, dévouement, sacrifice. Pas un mauvais sentiment, sauf la jalousie du comte, lequel disparaît dès le premier acte. On est transporté dans un monde candide, énergique et croyant, où la vie morale est cent fois plus intense que chez nous, et où la vie extérieure est aussi plus active, plus colorée, plus divertissante aux yeux » (2).

4 Etudes critiques sur l’histoire de la littérature française (Paris: Hachette, 1899) 130.

5Les Epoques du théâtre français (Paris: Hachette, 1922) 78 .

6 « Corneille », La Grande Encyclopédie, 12 (Paris: Lamirault, s.d.) 988.

7Histoire de la littérature française (Paris: Hachette, 1953) 194.

8Esquisse d’une histoire de la tragédie française (New York: Columbia University Press, 1920) 68.

9Inauguration du monument élevé à Pierre Corneille à Paris (le dimanche 27 mai 1906) (Paris: Firmin-Didot, 1907) 4.

10Corneille expliqué aux enfants (Paris: Lecène et Oudin, 1885) 86. M. Perrot met en lumière le rôle fondamental du silence dans la construction socio-culturelle de l’identité féminine en France au XIXème siècle :

Le silence est un commandement réitéré à travers les siècles par les religions, les systèmes politiques et les manuels de savoir-vivre. Silence des femmes à l’église ou au temple, plus encore à la synagogue, ou à la mosquée où elles ne peuvent pas même pénétrer à l’heure de la prière. Silence dans les assemblées politiques peuplées d’hommes qui font assaut d’une mâle éloquence. Silence dans l’espace public où leur intervention collective est assimilée à l’hystérie du cri et une attitude trop bryante à la ‘mauvaise vie’…

Car le silence était à la fois une discipline du monde, des familles et des corps, règle politique, sociale, familiale … personnelle (Les Femmes ou les silences de l’Histoire, Paris, Flammarion [1998], i-ii).

11Qu’est-ce qu’un patriote? (La patrie est en danger… Déclaration du 11 juillet 1792).Pierre Corneille patriote (Paris: P. Goupy, 1872),28.

12Corneille. La Critique idéale et catholique, I (Paris: Lefort, 1978) 228.

13Cité par F. Hémon, éd. Théâtre de Pierre Corneille, II (Paris: Delagrave, 1886) 49.

14Cours de littérature (Paris: Delalain, 1854) 161.

15Esquisse d’histoire littéraire (Paris: Hachette, 1839) 531.

16A en croire F. Sarcey, puisque les femmes s’identifient à Pauline, il convient alors de situer les tragédies de Corneille en fonction des mœurs contemporaines de la France (Quarante ans de théâtre [Paris: Bibliothèque des Annales Politiques et Littéraires 1900] 150). M. Crouzet cite, de même, l’opinion beuvienne sur l’héroïne de Polyeucte afin de glorifier ses vertus exemplaires (Corneille. Théâtre choisi [Paris: Didier, 1913] 458). Cette perspective communément acceptée se trouve également chez L. Bénard et H. Bonnemain qui, dans leur style dithyrambique, porte aux nues la noblesse morale de Pauline, qui illustre à merveille l’honneur conjugal et s’avère de la sorte digne d’émulation (Etudes littéraires sur les auteurs français [Paris: Delaplane, 1892] 38).

17Théâtre classique (Paris: Garnier, 1900) 94.

18Etudes sur les auteurs français (Tours: Cattier, 1901) 332.

19Polyeucte (Paris: Mellottée, 1934).

20 Histoire de la littérature française au XVIIème siècle (Paris: Retaux, 1895).

21 Voir, à ce sujet, A. Chervel, La Composition française au XIXème siècle (Paris: Vuibert/INRP, 1999).

22 La Composition française au baccalauréat (Lyon: Vitte et Perrussel, 1889),72.

23 M. Greenberg, « L’Hymen de Corneille: Classicism and the Ruses of Symmetry », in J-J Demorest, et al, éds., Pascal, Corneille, Désert, Retraite, Engagement (Paris: Biblio 17, 1984) 147.

24H. Verhoeff, Les Grandes Tragédies de Corneille: Une Psycholecture (Paris, Lettres modernes, 1982) 4.

25 Dans Cinna, par exemple, la mise en place de l’ordre politique s’opère grâce à la solidarité masculine, les hommes ne trouvant de cohésion que dans le pouvoir (Les Grandes Tragédies …, 66). Marquée par une passivité discursive, Emilie n’a pas le droit d’occuper un espace social réservé aux mâles. S’opposant à l’éthique de la conquête militaire propre aux Horaces, Sabine et Camille font preuve d’un pacifisme qui les empêche de comprendre les motivations et les sacrifices des guerriers. Quant à Camille, elle se livre à une malédiction de l’entreprise militaire (IV, 4–6).

26Les Grandes Tragédies …, 4, 66.

27Voir, à ce propos, James F. Mcmillan, Housewife or Harlot : The Place of Women in French Society, 1870-1940 (New York, St. Martin’s Press, 1981).

28Civilization Without Sexes: Reconstructing Gender in Postwar France (1917–1927) (Chicago: University of Chicago Press, 1994). M. Roberts démontre également que, sous la Troisième République, l’Etat s’approprie l’autorité paternelle du chef de famille au cas où les parents s’avéraient inaptes à élever correctement leurs enfants (113).

29Voir à cet égard M. Pollard, Reign of Virtue : Mobilizing Gender in Vichy France (Chicago, University of Chicago Press, 1998). A en croire L. Herland, le « réalisme fondamental de Corneille » réside dans sa conception de la famille, de la patrie et de la morale (Corneille par lui-même, Paris, Seuil [1954], 70).

30Reign of Virtue …, 5.

31Je tiens à remercier Antoine Krieger pour ses excellentes suggestions d’ordre stylistique lors de l’élaboration de cet essai.

Site Sections (SE17): 

Gaines: Princesses and Queens: A Reappraisal of Royal Women in Corneille and Du Ryer

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 219–232
Author: 
James F. Gaines
Article Text: 
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Beginning with Médée, Pierre Corneille’s theater offers an ample panoply of queens and princesses to the student of early modern drama. To consider only the first segment of his career, we encounter the Infante in Le Cid; Livie in Cinna; Cléopâtre in La Mort de Pompée; a different Cléopâtre and the eponymous princess of Rodogune; Pulchérie in Heraclius; Isabelle, Léonor, and Elvire in Dom Sanche d’Aragon; Laodice in Nicomède; and Rodelinde and Edvige in Pertharite, as well as the central characters of Théodore, vierge et martyre and Andromède. The retrospect of literary history has encouraged scholars to view these women in contrast to those of Racine, but one does well to remember that all of these plays were finished before Racine ever set pen to paper. They belong to Corneille’s first period of dramaturgical production, when he was in competition with dramatists such as Scudéry, Mairet, Tristan, Rotrou, and, for the primary focus of this study, Pierre Du Ryer.1

This was the golden age of heroic tragedy, of protagonists in glorious and often successful combat with their fates. The complex image of the female monarch that emerges from this period belongs not only to Corneille, but to the entire theatre that developed and sustained the debate on women’s political significance and psychological imperatives in the early modern period. A philosophical, as well as personal and dramaturgical, rival of Corneille, Du Ryer plays a key role in this process.2 I propose to examine certain of his female tragic leads in comparison to Corneille’s in order to distinguish Du Ryer’s contribution to the figure of the royal woman.

The problem of the princess and her choice among meritorious suitors derives from the fact that, as Ernst Kantorowicz showed for kings, she has two bodies: an official one subject to the exigencies of rank and to state marriages, and a human one that must contend with the more universal tribulations of emotional love. How can these two bodies be reconciled? In the case of Le Cid, which sets an important precedent for Corneille’s theater, they cannot. Therefore he divides his princess in two, with the royal body personified by the Infante and the human one by Chimène. The Infante has fallen in love with Rodrigue before the beginning of the play and has already learned to deal with his inferior status as her royal role dictates she must, by overpowering her own desires and renouncing emotional love. 3 In fact, she explains to her lady-in-waiting that it is she who has engineered the burgeoning passion between Rodrigue and Chimène as a way of deflecting desire.

Il est digne de moi, mais il est à Chimène;
Le don que j’en ai fait me nuit.
Entre eux la mort d’un père a si peu mis de haine,
Que le devoir du sang à regret le poursuit:
Ainsi n’espérons aucun fruit
De son crime, ni de ma peine,
Puisque pour me punir le destin a permis
Que l’amour dure même entre deux ennemis.
(Le Cid, V, ii, 1589–1596)

Although the troubles that subsequently erupt between the lovers establish the Infante as a rival of Chimène, she can never be a complete, active rival, since it is she who has engendered Chimène’s love by proxy, so as to give rein vicariously (the only legitimate way) to her own human inclination.4Chimène, for her part, lives in a state of aggravated passivity and victimization, since her own emotional engagement has actually been thrust upon her. This process, begun by the Infante, is irreversible, as the princess herself shows at the end of the play, where she points out that even though Rodrigue has now become worthy of her, it would be totally illogical and inherently unworthy for her to take back what she has already given away, the prospect of Rodrigue’s love. This division between the two royal female bodies will persist late into Corneille’s career, where only in plays such as Sertorius and Suréna will he be able to begin to reconcile the fission. 5

But let us look at two of Du Ryer’s plays that are contemporaries of Le Cid, Cléomédon, published in 1635, and Alcionée, produced in 1637, probably within months of Le Cid’s premier. The female lead in the former, named Celanire, finds herself in a situation that prefigures that of the Infante: she has privately developed an inclination for an inferior named Cléomédon. Starting far lower than Rodrigue, as a slave, Cléomédon has already risen faster, for by the beginning of the action he has saved the king’s life from an attacking lion, experienced emancipation and ennoblement, and taken command of the armies of the kingdom. By the second act, Celanire finds herself in a position to accept Cléomédon’s love legitimately, since he has by then saved the entire country from invasion. Unlike the Infante, then, who until the final act must acknowledge Rodrigue’s inferiority, Celanire can vocalize her lover’s meritorious and therefore equal status. “Si la condition rend mon amour blamable, / La gloire de ses faits le peut rendre louable,” she points out (II, 1). And whereas Chimène must hide her approval from Rodrigue except in the most elliptical terms, Celanire can assure Cléomédon of his acceptance: “Donne un nouveau laurier à ton courage extrême, / Et pour mieux t’animer, souviens-toi que je t’aime” (II, 2). In fact, when the cautious general temporizes over his status, it is she who reiterates her aveu, going so far as to place personal valor explicitly above dynastic concerns; “Bien qu’on sorte d’un dieu, bien qu’on sorte d’un roi, / Qui vante ses aieux ne vante rien de soi” (II, 2).

This happy situation does not last, for Cléomédon is soon beset with princely rivals from abroad and scheming envieux from within the palace, as Celanire’s father retracts his nuptial promise to the military savior and opts for a marriage of alliance, sacrificing his daughter to former foes in words that reek of bourgeois values. As her lover slides off into rebellion and madness, it is up to Celanire to incarnate the conscience of the play, reminding Cléomédon of his inherent greatness and excoriating her father for his baseness. In fact, she becomes an outstanding critic of royalty’s failure to fulfill its own definition, in stark contrast to Corneille’s Infante, the overt justifier of divine right monarchy. There can be no question that Corneille knew this play and was deliberately responding to it, for even Rodrigue’s famous, shocking confrontation with Chimène has a precursor in Du Ryer’s third act, where an increasingly desperate Cléomédon forces his sword into Celanire’s hands and asks her to end his life. In a sense, Du Ryer’s transformation of Celanire from a passive royal token into an advocate of moral criticism prompted Corneille to saw the figure of the princess in half, dealing with the two bodies separately in the Infante and Chimène.

If Celanire is as cool-headed as the Infante, Du Ryer’s next princess, Lydie, is much more cold-hearted than Chimène. Once again the audience is presented with the story of a king who has broken a marriage promise to a virtuous inferior, Alcionée, who had openly courted the princess. As Cléomédon had done before him, Alcionée reacted in desperation. However, where his predecessor had verged toward madness and suicide, Alcionée successfully exteriorized his frustration by accepting command of an invading army and forcing the beleaguered king into honoring his original pledge. Lydie’s reaction is also far different from Celanire’s for while feigning obedient complaisance and recognition of Alcionée’s flamme, she has secretly festered with resentment at the rebel and planned revenge against him. She tells her confidante that Alcionée’s rebellion has tarnished him in her eyes, and later, to her father, professes humiliation at the thought of marrying a mere commoner, “d’une naissance/ Où l’on n’est destiné que pour l’obéissance” (II, 1). She claims that her distaste for this “âme si basse et si noire” proceeds primarily from her concerns for the lineage. Her father, who has tried to warn Alcionée of the temerity of his inclination, leaves the final decision to Lydie, effectively making his daughter a queen. In their interview, Alcionée acknowledges this new status of hers (“Il vous donne un pouvoir que vous rend souveraine” III, 5), but is astounded when she asserts her power (“Craignez, craignez enfin un pouvoir absolu!”) and rejects him.

It is only after this confrontation that Lydie reveals she still harbors traces of tenderness for her former suitor, which she has had to stifle in her preoccupation with her dynastic gloire. But unlike Chimène struggling between love and duty, Lydie had to command herself as queen to condemn her lover, thus ironically becoming her own rival. As queen, the princess’s two bodies may become more incompatible than ever, a dilemma Corneille explored further in Rodogune. Yet here again, the royal woman’s body splits into the passive but positive Rodogune and the maleficent Cléopâtre. As her own rival for power, Cléopâtre has one son killed and comes within centimeters of poisoning the other, all to triumph over the incarnation of the amorous body represented by the Parthian princess.

But where does Du Ryer’s image of the self-controlled young woman originate? If we go back in time just a bit to his tragicomedy of Alcimédon, published in 1635, we find that the figure first emerges not in the context of a tragic, royal princess, but in a more bourgeois setting. The female lead, Daphné, already incorporates many of the qualities Du Ryer will pursue in Celanire and Lydie. When Daphné’s companion Nérine urges the princess to show some sympathy for her suitor Scamandre, she replies:

Termine ce discours que j’entends chaque jour!
Tu perds contre un Rocher les flèches de l’amour.
Appelle-moi cruelle! Appelle-moi sauvage!
J’endurerai ces noms plutôt que son servage;
Souffre enfin que mon cœur, hors de captivité,
Ne reçoive des lois que de ma volonté. (I,1)

When the confidante, following the tradition of Ronsard, presents a carpe diem argument to counter this call for liberty and power, Daphné points out that the fading nature of beauty contains an even more powerful reason for women to be cautious about love, since love itself physically destroys beauty more than a chaste life would.

Si la beauté du corps est un bien si leger
Penses-tu que l’amour l’empêche de changer?
Au contraire, l’amour la détruit devant l’âge,
Les soins qu’il met au cœur ternissent le visage,
Et lorsque de ses traits un esprit est atteint,
Son feu sèche les lys et les roses du teint;
Ainsi je fuis l’amour, cette source de larmes,
Pour garder plus longtemps le peu que j’ai de charmes.

This speech obviously alludes not just to the emotional scars of love, but to the physical damage it threatens to the female body through the rigors of pregnancy and childbirth, and the difficulties of postpartem recovery. Thus, Daphné considers emotional commitments as “de belles prisons.” Health, beauty, and liberty are set on one side of the paradigm; wear, care, and servitude on the other. In contrast to the image of love promulgated by male poets of the Pléiade such as Ronsard, where love offers a hedge against the erosion of human happiness by time, a hedge that takes the form of consolation through poetic immortality, Daphné evokes the more realistic and feministic presentation of love formed by female Renaissance poets such as Louise Labé and Pernette Du Guillet. This parallel becomes even stronger when Daphné reveals that despite her resolution, she has already become a victim of passion, falling in love at the tender age of 12 with an older boy named Alcimédon whom she was forced to leave. Shocked by the unwanted advances of a lubricious noble, her father found himself forced to pretend that his daughter had died and to send her overseas for her protection under a new identity.

Thus, the spectator finds that Daphné’s hostile attitude toward love springs not just from prudish philosophical inclinations or selfish desires to preserve her girlish figure, but from well-established patterns of suffering that began at a very early age. No wonder the surprised Nérine exclaims, “Je faisais des leçons à qui m’en pourrait faire!” Switching from an e to a stoical profile, the confidante urges her to give up the memory of Alcimédon and to “faire un acte de courage” in giving up her “premier servage.” But Daphné responds that she is incapable of such a Cornelian step, for she has no more heart to give to the new suitors who have appeared on her island of refuge. So when Scamandre and his sidekick Philante approach to woo Daphné, she gives them short shrift, causing Philante to call her, “O fille de Rocher!” This impression of hostility is so strong that although Nérine tries to encourage the men by pointing out that Daphné is bound to change just because she is a girl, Scamandre remains skeptical:

L’inhumaine qu’elle est, insensible au reproche,
De même que le cœur, a l’oreille de roche…
Pourrait-elle changer, si c’est une statue
Que nous voyons dans Chypre en fille revêtue? (I, 2-3)

The cool, self-possessed princess thus steps out of tragicomedy and a middle-class moralistic position into the world of Du Ryer’s tragedy. In a later tragicomedy in prose, Bérénice, published in 1645, Du Ryer returns to this ethos in order to fuse it to some degree with the concerns of royalty. It is important to point out that this Bérénice has nothing to do with the Palestinian queen and paramour of Titus who figures much later in the rival tragedies by Corneille and Racine. Instead, this young lady and her sister Amasie, though descended from the bloodline of the ancient kings of Sicily, have followed their deposed father into exile in Crete, where both have stirred the interest of local suitors of very different status. Appropriately, Bérénice begins the opening discussion of marriage prospects with a typically Stoical pronouncement on love; “Quand nous confessons notre amour, nous confessons notre aveuglement” (I, 1). She then goes on to teasingly ask her sister what she would think if she were loved by a prince? Or perhaps by a king? Amasie underlines the conflict between the two bodies of the princess by pointing out that the decrepit old king of Crete could not satisfy the earthly body, “Je vous avoue que d’un prince comme celui-là je n’aimerais que la couronne!” But Bérénice discloses that she has in fact developed an amorous relationship with that old king’s son, Tarsis the Conqueror, a relationship she has successfully dissimulated; “J’ai séparé de la flamme l’éclat et la lumière.”

On the other hand, Amasie admits that her lover Tirinte, is far inferior to her in the social order, “Vous aimez un plus grand que vous, et j’en aime un moindre que moi… nous sommes toutes deux gênées par l’inégalité de notre amour.” Evidently, Du Ryer has responded to the division of the princess in Le Cid, adding his own intense concern with the capacity of personal merit to level the monarchical playing field. Amasie expresses her confidence in just this principle when comparing her situation with her sister’s : “L’objet de votre amour est si haut que vous ne le pouvez atteindre, et la personne que j’aime n’est point si basse que sa vertu ne l’élève et ne l’approche de notre rang… je crois qu’un homme est grand dès qu’il mérite de l’être, et dès qu’il mérite d’être grand, il mérite aussi d’être aimé… on ne peut dire raisonnablement qu’un homme vertueux soit moindre qu’un autre.” Even for Du Ryer, these words are boldly egalitarian and democratic, and Bérénice borrows a page from the Infante’s textbook when she tells her sister that she should not consider such hypogamy: “Il n’appartient qu’aux dieux et aux rois de s’abaisser en leurs amours.”

Notwithstanding this promising beginning, Du Ryer is no more able to work out a thoroughly philosophical synthesis that was Corneille in Rodogune. A tragicomic imbroglio soon asserts itself, as the old King of Crete announces that he is smitten with Bérénice and wants to wed her, using Amasie as a pis-aller to console his son Tarsis. This peripeteia leads to a second conversation between the sisters, where Bérénice turns against the idea of royal marriage in the interest of her love for Tarsis, while Amasie pretends to like the idea of wearing a crown just to goad her sibling a bit. When they admit the discussion is just a game, the spectator realizes that the problem of the two bodies has not been solved or even seriously confronted. It is left to Tarsis to propose a solution, for he generously offers to sacrifice his royal body by eloping into obscurity with Bérénice: “Votre cœur est mon empire, votre cœur est ma couronne, et si je suis toujours aimé, je serai toujours heureux” (III, 4). Bérénice can only prove herself worthy of such devotion by tendering an aveu of her own, but then surpassing it by offering a sacrifice of her own: “ Vous serez donc toujours heureux, puisque vous serez toujours aimé; mais voulez-vous que l’on publie que la misérable Bérénice arame le fils contre le père?… Faites dessus vous un effort pour me délivrer de ce reproche.” Amasie and Tirinte mirror this battle of générosité, and it seems that the only outcome for the dilemma is that everyone will give everyone else up. But of course a startling scène de reconnaissance has long been brewing, and the girls’ father Criton eventually reveals that Bérénice and Tarsis had been switched in the cradle, that she is actually the princess of Crete and he the newly-restored prince of Sicily, thanks to a timely revolution back home. The Cretan monarch’s superannuated lust was thus really le cri du sang and he can avoid even the hint of incest by marrying Bérénice off to Tarsis, leaving Amasie free to join Tirinte.

Such last-minute coincidences are right at home in tragicomedy, but what of the tragic problem of the two bodies of the princess? If anything, Bérénice offers evidence of the effectiveness of Corneille’s Infante as a philosophical, as well as dramaturgical model. As unsatisfying as her role was to seventeenth-century critics and still is to twenty-first century directors, her ability to isolate the royal body and to attach to it a code of self-renunciation seems to prevail. Even Corneille’s rival Du Ryer implicitly admits this by borrowing elements of the Infante in one of his later plays.

A closer look at Rodogune reveals the deep conflict of the divided princess. The character Rodogune realizes that as long as Queen Cléopâtre blocks her way to the throne, her path is fraught with fear:

La fortune me traite avec trop de respect,
Et le trône et l’hymen, tout me devient suspect.
L’hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice,
Le trône sous mes pas creuser un précipice,
Je vois de nouveaux fers après les miens brisés,
Et je prends tous ces biens pour des maux déguisés:
En un mot, je crains tout de l’esprit de la Reine
…dans l’état où j’entre, à te [à Laodice] parler sans feinte,
Elle [Cléopâtre] a lieu de me craindre, et je crains cette crainte.
(Rodogune, I, v, 305-316)

In this terrified climate, good and bad, freedom and servitude, marriage and suffering are confused. In effect, she cannot really be a princess because there is no possibility of being a queen. For Cléopâtre, who is already invested with royal power, albeit through usurpation and secret regicide, the division of the royal body is equally apparent and even more plainly fatal, since Rodogune’s access to the throne would entail her downfall. On logical terms, this is so because it would no longer be easy to cover up her role in Nicanor’s death. But the queen’s furor is based on a deeper psychic equation, according to which Rodogune incarnates a hatred that seeks to bring Cléopâtre to trial in a spiritual sense.

Je hais, je règne encor: laissons d’illustres marques
En quittant, s’il le faut, ce haut rang des monarques,
Faisons-en avec gloire un départ éclatant,
Et rendons-le funeste à celle qui l’attend.
C’est encor, c’est encor cette même ennemie
Qui cherchait ses honneurs dedans mon infamie,
Dont la haine à son tour croit me faire la loi,
Et régner par mon ordre et sur vous et sur moi.
Tu m’estimes bien lâche, imprudente rivale,
Si tu crois que mon cœur jusque-là se ravale.
(Rodogune, II, I, 409–420)

This symbolic rivalry seems to drive the queen into a further fragmentation of the self in her rather bizarre reference to “sur vous et sur moi.” If one analyzes the tirade, the “vous” must refer to the figure of Hatred she apostrophizes. But this missing figure, mentioned many lines before, is just as ghostly as the spirits of dissimulation, “vains fantômes d’état,” that she had dispelled with her opening words. Cléopâtre’s speech has all the earmarks of schizophrenia. Is the “vous” not also another side of herself, perhaps the vulnerable side she cannot admit?

It is significant that Rodogune will return to Cléopâtre’s characterization of her as a “lâche.” Lacheté, after all, seems to sum up for Corneille the entire dilemma of female passivity:

Quoi? Je pourrais descendre à ce lâche artifice,
D’aller de mes amants mendier le service,
Et sous l’indigne appas d’un coup d’œil affété.
J’irai jusque dans leur cœur chercher ma sûreté!
Celles de ma naissance ont horreur des bassesses.
Leur sang tout généreux hait ces molles adresses.
Quel que soit le secours qu’ils me puissent offrir,
Je croirai faire assez de le daigner souffrir:
Je verrai leur amour, j’éprouverai sa force,
Sans flatter leurs désirs, sans leur jeter d’amorce,
Et s’il est assez fort pour me servir d’appui,
Je le ferai régner, mais en régnant sur lui.
(Rodogune, III, iii, 843–854)

She can only find a way out of this dilemma by turning her passiveness into passive-aggressiveness. Instead of surrendering herself to either Seleucus or Antiochus as a protector, she will make them earn her by slaying Cléopâtre, since only by eliminating the usurper can one of them truly merit the throne. By actually reigning over the king in this sense, she also absolves herself of any baseness involved with seeking the princes’ help. As she herself but it, she will obey the man qho will become king by killing Cléopâtre: “J’obéis à mon roi, puisqu’un de vous doit l’être” (Rodogune, III, iv, 1012).

Thus, her word becomes even more powerful than the decisive word the queen wielded in naming which of the boys was the elder, and hence the rightful heir to the throne. She fully realizes the power of this approving word. Later, when Antiochus approaches her to tell her of his brother’s impending departure, she withholds exposing her feelings until the prince follows through on his duty toward his dead father.

It is certainly true that Corneille’s use of the confidante Laonice to deliver some two hundred eighty lines of exposition in this play stretches the limits of dramatic effectiveness, turning Rodogune into what critics have called a “personnage épisodique.” Yet Rodogune’s part, though not much longer than Laonice’s, manages to express the key factors in the princess’s position as Corneille constructs it. Her personification of the emotive, secular body of the royal woman corresponds, after all, to an increasingly passive stance. Once she has passed on her revenge imperative to her chosen fiancé, she has little to be concerned about apart from his welfare. She does not even have to spur him toward realizing what he has promised to do, for Cléopâtre ultimately falls victim to her own violent schemes without need of an avenger. As queen and political body, Cléopâtre espouses the preservation of her own power at the expense of any other possible emotional motive. She does not give in to even a hint of masculine hegemony without a fight, and a bloody one at that. Thus, Corneille’s attitude toward male power, so apparent in Horace, for example, becomes far more ambiguous at this point in his career. Without going so far as to show a successful queenly exercise of authority, he at least presents a play where the determination of who holds power lies squarely in female hands.

One can also say that both Corneille and Du Ryer deal with the impossibility of being a queen or even a princess, though in different ways. Corneille has Rodogune withdraw under the veil of submission to a masculine monarchy and Du Ryer abandons the princess’s tragic status for a tragicomic one. One cannot avoid the impression that Du Ryer’s princesses have set precedents in the decisive function of female monarchy that influence the evolution of Corneille’s drama.

University of Mary Washington,

NOTES

1Marc Escola has recently made a case for examining Du Ryer himself outside the context of Racine in “Simplicité d’Alcionée: Notes sur une notion difficile,” See also Eveline Dutertre. “L’Influence de Scudéry sur Corneille.”

2There has been a recent rediscovery of Du Ryer in France, including Jean Rohou’s edition of Dynamis, M. Miller’s edition of Saül, André Blanc’s edition of Esther and Thémistocle and an entire issue of Littératures classsiques (edited by Dominique Moncond’huy) devoted to him in 2001. Charles Mazouer has also studied six of Du Ryer’s tragedies in “Pierre Du Ryer, contemporain de Corneille.” Mazouer highlights the interaction of the two dramatists, but this study pushes the onset of that interaction further back than Mazouer’s, and stands more in favor of a dialogue than of an imitation of Corneille by Du Ryer.

3 ….j’épandrai mon sang / Avant que je m’abaisse à démentir mon rang. / Je te répondrais [à Léonor] bien que dans les belles âmes / Le seul mérite a droit de produire des flammes; / Et si ma passion cherchait à s’excuser, / Mille exemples fameux pourraient l’autoriser; / Mais je n’en veux point suivre où ma gloire s’engage; / La surprise des sens n’abat point mon courage; / Et je me dis toujours qu’étant fille du roi, / Tout autre qu’un monarque est indigne de moi. / Quand je vis que mon cœur ne se pouvait défendre, / Moi-même je donnai ce que je n’osais prendre. / Je mis, au lieu de moi, Chimène en ses liens, / Et j’allumai leurs feux pour éteindre les miens. (Le Cid, I, ii, 91–104)

4Je me vaincrai pourtant, non de peur d’aucun blâme, / Mais pour ne troubler pas une si belle flamme; / Et quand pour m’obliger on l’aurait couronné, / Je ne veux point reprendre un bien que j’ai donné. (Le Cid, V, iii, 1637–1644)

5For a different reading of this relationship, see Alice Rathé, La Reine se marie and Georges Forestier, Essai de génétique théâtrale.

Works Cited

Corneille, Pierre. Œuvres complètes. Ed. André Stegmann. New York: Macmillan, 1963.
Du Ryer, Pierre. Alcimédon. Paris: A. Sommaville, 1635.
______. Bérénice. Paris: A. Sommaville and G. Courbé, 1645.
______. Dynamis. Ed. Jean Rohou. Exeter, UK:
______. Esther and Thémistocle. Ed. André Blanc. Paris: 2001.
_____. Saül Ed. M. Miller. Toulouse, 1996
Dutertre, Eveline. “L’Influence de Scudéry sur Corneille.” PFSCL 28, n. 55 (2001), 327–343.
Escola, Marc. “Simplicité d’Alcionée: Notes sur une notion difficile.” Littératures classiques 42 (2001), 197–219
Forestier, Georges. Essai de génétique théâtrale; Corneille à l’œuvre, Paris: Klincksieck, 1996.
Mazouer, Charles. “Pierre Du Ryer, contemporain de Corneille.” PFSCL 28, n. 55 (2001), 293–305.
Rathé, Alice. La Reine se marie. Variations sur un thème dans l’œuvre de Corneille. Geneva: Droz, 1990.

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Tsien: Between Cleverness and Folly: the Enigmas of the Mercure galant

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 193–218
Author: 
Jennifer Tsien
Article Text: 
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People of the seventeenth and eighteenth centuries delighted in a variety of word games, from bouts-rimés to logogryphes to énigmes, or riddles in verse. While they came into vogue in the context of worldly conversations, notably in the social circles of the marquise de Rambouillet,1 their popularity spread to a wider public in printed form by means of the journal Le Mercure galant.2 We can see the vitality of this trend, from the journal's beginnings in the 1670's to the revolutionary era, in the persistent regularity with which they appear in each month’s issue and in the increasing numbers of readers who are listed as having responded to them. However, mentions of these games in contemporary literature, from Molière to Louis-Sébastien Mercier, reveal an overwhelming sense of hostility and contempt for their practitioners, who are portrayed as fools and false wits.

What is it about these games that associates them with foolish readers? Why do so many writers bother to attack such seemingly minor, ephemeral forms? The likely answer can be found in the uneasy relationship between these word games and poetry. While their fans made the assumption that such a connection existed, the writers who chastised these enthusiasts were eager to set boundaries between “true” belles-lettres and “mere” bel-esprit. More specifically, these word puzzles, by their very form, defied certain classical conventions and for this reason, as I will demonstrate, they provoked the critics to oust them from the realm of literature. I would like to examine one specific type of word game, namely the énigmes, and in particular what the critical attacks on them reveal about the conflict between two competing literary aesthetics.

Since few modern-day readers have come across these puzzles, let me start by explaining how they work. 3Enigmes present a text in verse which calls for a response consisting of a single word, as one can see in this example from the May 1689 issue of the Mercure:

La peine succede au plaisir,
Le travail au loisir,
Et c'est moy qui ramene
Le travail & la peine.
J'abrege mesme le sommeil,
Pour rappeller les gens à leurs soins ordinaires,
A leur commerce, à leurs affaires,
Et je fais étaler avec grand appareil
Ce que l'on ne vend pas en plus d'une semaine.
Enfin je suis un des fils du Soleil,
Et j'ai la lune pour Marraine. 4

The editor does not reveal the answer, which is "lundi," until the next issue, but in the meantime, some readers may have already seen through the deceptive personification of the day that brings work and suffering, shortens sleep, and displays the leftover wares of the previous week. Others may have resolved the apparent contradiction of having the sun as a father, who makes the day possible, and the moon as a godmother, who provides the name lune.

If I choose to focus especially on this type of word game and its appearance in one journal, it is because the word énigme, together with the word Mercure, is so often mentioned in criticism and satire of so-called frivolous literature. Evidently, in these attacks, énigmes become a synecdoche for a whole aesthetic and accompanying lifestyle. One of the most intriguing aspects of the énigmes is therefore not the nature of the riddles themselves, but the frequent depiction in the literature of the period of the readers who are obsessed with them. While in our time, crossword puzzles and children's riddles stand innocuously outside the realm of the literary, the Early Modern forms I have just mentioned perch on a fuzzy borderline between pastimes and belles-lettres. Because of their contested status and because of their enormous popularity, they attracted the satirical venom of certain contemporary writers. As I hope to prove, the énigmes even threatened a certain dominant ideology, the "doctrine classique," as defined in the twentieth century by René Bray,5 whose proponents sought the exclusive right to judge literature.

In the comic writings I will discuss, several accusations appear repeatedly: first, the word games are linked to frivolous social circles with literary pretensions, in which pleasure takes precedence over instruction. Secondly, the word games supposedly break the rules of bienséance, either by evoking objects that are too vulgar for poetry or by mixing elements of humble and elevated language. The third objection proceeds directly from one of the tenets of the classical doctrine, which is the need for clarity: why would one express something in a deliberately veiled way when one can just state it plainly? Finally, according to critics, all this manipulation of language gives the énigmatistes6 the illusion that they belong to a closed elite which is defined by its members' cleverness, and for this reason their pride had to be punctured through ridicule.

In numerous novels and plays, starting from the mid-seventeenth century, the attacks on word games aim at the literary pretensions of women and the supposedly foppish effetes who live among them. One prominent example is the encounter between Molière’s Précieuses ridicules and the sham intellectuals who have come to deceive them. In scene 9, Cathos says, “Pour moi, j’aime terriblement les énigmes”; naturally, the disguised valet Mascarille, indulges her by responding, “Cela exerce l’esprit, et j’en ai fait quatre encore ce matin, que je vous donnerai à deviner” (Molière 275). By citing these word games, along with genres such as madrigaux and portraits, almost as passwords, Cathos and Magdelon attempt to show their guest that they belong in the realm of bel-esprit. In response, Mascarille surreptitiously points out the pettiness of these genres by juxtaposing them with the idea of serious intellectual exertion, with words such as "profond" and "difficulté." The risible claim that he wrote four of them in one morning reinforces the conception of these riddles as mental exercises, as if one could see them as the equivalent of poetic weight-lifting. By caricaturing the aspiring précieuses Cathos and Magdelon, Molière convinces his audience that the activities of the literary women of his time can be reduced to games. Such contemptuous references to énigmes and other minor genres continue in subsequent decades, as writers mock anyone —male or female—who could believe that participating in such activities could be a sign of intelligence.

To fight against the influence of these popular games, critics could wield the weapons of classical rules, for énigmes could be accused of dissociating pleasure from moral instruction. As René Bray documents in La Formation de la doctrine classique, the Horatian ideal or pleasing and instructing met with nearly universal agreement in seventeenth-century France—among Ancients, Moderns, academics and mondains. To defy this precept was to risk being demoted from poet to entertainer. For instance, in his Dissertation du poème épique, Pierre Le Moyne cites this rule as one justification for the moral importance of poets in society. To do so, he needs to separate serious poets from those who only please, calling the latter “des bateleurs de réduits et [...] des plaisants de ruelles” (Bray 69). He thus gives street performers and salon witlings the same shameful status.

The majority of writers of the Ancien Régime at least paid lip service to the idea of pleasing and instructing, with a few notable exceptions who defended the idea that art's main purpose was to give pleasure to the audience, and perhaps only incidentally to teach them a moral lesson. The latter included Pierre Corneille, who openly defied the Academy's critique in the name of the public who took great pleasure in watching Le Cid.7 Like Corneille's tragi-comedy, the énigmes found opponents among the erudite but they could at least claim to have pleasure and popularity on their side. A less direct strategy for defending pleasure was used by the ingenious Paul Pellisson, an intimate of Madeleine de Scudéry, who found a way to adapt the Horatian principle to his literary practices. He first acknowledged that instructing was indeed an important purpose of art, but then he gave a conveniently wide definition to the word instruire: “Ces écrits qu'on traite communément de bagatelles [...] ils répandent partout la joie, qui est, après la vertu, le plus grand de tous les biens” (cited by Bray 71). In short, he argued that the word games are morally good because they inspire joy, which is almost equal to virtue.

How did the participants of the word games understand the tenet of “plaire et instruire”? The editor of the Mercure galant himself, Donneau de Visé, did nothing to discourage the idea that the purpose of the journal was to amuse women. As he takes on the voice of a flirtatious gentleman (hence the “galant” in the title) addressing a fictional lady, he claims that he would never burden her with anything too long or too difficult, lest her attention grow weary. He promises to keep her abreast of “ grandes nouvelles publiques,” as well as provide anecdotes, poems, and other amusements, but he also declares that “il m'importe peu qu’elles soient utiles à d'autres, pourvu qu’elles vous divertissent: c’est mon unique but, et c’est pourquoi je commence par une histoire, avant que d'entrer dans le détail des nouvelles de cette semaine.”8 By seeking to entertain, he carelessly tosses aside the second half of the traditional dictum to “plaire and instruire.”

Likewise, in salon conversations such as those depicted by Madeleine de Scudéry, pleasure asserts itself as an end in itself, without shame. Delphine Denis, in her study of Scudéry, states that worldly conversation “appartient donc de plein droit à la sphère du divertissement.”9 Within this playful realm, even more playful activities are valued, such as rebuses, lotteries, and énigmes. “Ces jeux, loin d'être taxés de futilité ou de puérilité, tiennent au contraire une grande place dans nos conversations, où ils manifestent ‘l’esprit de joye’ qui doit y régner.” Instead of using language to find truth, the participants agree to detach language from meaning and didacticism, as Denis explains:

Ces formes mineures, éphémères productions d'une coterie mondaine, n’ont d’autre raison d’être que leur agrément [...] d’autres formes littéraires, grâce à la conversation, commencent timidement à revendiquer pour fin propre le plaisir, et non l'instruction des lecteurs. Ce badinage échappe ainsi, par son “agréable folie” même, aux foudres des censeurs: ce n’est pas de leur juridiction qu’il relève (Denis 251).

Even though Delphine Denis claims that minor genres such as word games escape the censorship of the academic critics because they are, so to speak, off the radar, we can see that contemporary authors and critics certainly make their disapproval felt by mocking the énigmes. The perceived threat that they posed was thus in part due to their open defiance of one of the rules that the erudites imposed on the rest of the literary world.

Furthermore, critics can make several other objections to accepting énigmes as real poetry and its practitioners to true gens de lettres by pointing to the problematic diction of these verses. According to opponents, they defied the conventions of poetry in two ways: by using a linguistic register that is simply too low and by mixing elevated and common words in an unseemly way. As anyone familiar with the literature of the Ancien Régime knows, numerous critics had warned against approaching the “grossier” in literature. Bouhours, for example, in his Entretiens d’Ariste et Eugène, describes the dignity of the French language: “ses expressions sont nobles et modestes tout ensemble; elle fuit les façons de parler basses.”10 Similarly, in the words of Charles Batteux, expression must be “également éloignée de la grossièreté et de l’affectation, deux vices aussi contraires au goût dans la société qu’ils sont dans les arts.” 11Whether the énigmes break this rule remains to be seen.

Among those who attack énigmes on the grounds of vulgarity was the playwright Edmé Boursault. His 1683 comedy Le Mercure galant features one foolish enthusiast named Beaugénie, who makes his appearance before the editor of the journal and presents him with what he calls the most beautiful enigma ever created:

Je suis un invisible corps
Qui de bas lieu tire mon être,
Et je n’ose faire connaître
Ni qui je suis ni d’où je sors.
Quand on m’ôte la liberté
Pour m’échapper j’use d’adresse,
Et deviens femelle traîtresse,
De mâle que j’aurais été12 (Boursault 92).

Since none of the other characters venture a guess, he announces the answer: “C’est un vent échappé par en bas.” And in response to their silence, probably due to their reaction to the unseemly reference to flatulence, he continues,

Vous vous regardez tous, et j’en sais bien la cause:
Tous ceux qui l’ont ouïe ont fait la même chose.
Sur un sujet si faible un ouvrage si beau
Paraît à tout le monde un prodige nouveau (Boursault 94).

The appalled speechlessness attests to the fact that in this period the bodily functions had already been relegated to the realm of the private, the process that Norbert Elias traces in The History of Manners.13 With this example, Boursault’s imagination shows us the excesses that bad poetry can lead to: the descent into the low and the vulgar. Beaugénie’s excessive pride shows us that he, too, is metaphorically “plein de vent,” and his disregard of the rules of literary and social decorum highlights one of the major issues in the aesthetic dispute over énigmes.

Nevertheless, Boursault’s fictional énigme-writer Beaugénie descends far below the level of vulgarity that the Mercure's riddles ever do. In fact, a glance at the history of the énigme shows us that the importation of the word game from Renaissance Italy to the salons of seventeenth-century France involved a certain sanitizing of the content. As Florence Vuilleumier-Laurens points out in Les Enigmes de ce temps, the abbé Cotin, a salon habitué and fan of enigmas, denounced his Italian predecessors such as Straparola in the name of decorum and moral decency. Cotin thus distanced himself and those of his society from this Italian wit whose riddles coyly employed double entendres which verged on the obscene (Cotin lxxiii–lxxiv). Although practitioners such as Cotin and the editors of the Mercure maintained their word games at the level of bonne compagnie, the stigma associated with their predecessors still unfairly tainted the genre's reputation.

If one were to object to the word choice of the énigmes, one could more fairly accuse them of using ordinary words from daily life. If one looks at a number of énigmes from the Mercure, one must admit that the riddles and their solutions often included humble words such as le balai, le trictrac, le jeu de paume, and la petite verole, normally unseen in poetry of the period. With the exception of the rhetorical division between high, low, and middle style, however, it is difficult to cite an explicit rule that bans using such words in poetry. Nevertheless, we learn of the principle from the taunts directed towards those who transgress it—for example, when Perrault’s interlocutors in the Parallèle des Anciens et des Modernes object to Homer’s use of the expressions “dog-face” and his evocation of women washing clothes and cooking fish. In a different example, the comic effect of Scarron in works such as Virgile travesti relies largely on the pleasant shock of seeing such banal references to money as “quinze mille livres de rente” or to food such as “œufs frais” or “potage,” in a retelling of the Aeneid.

The chevalier de Jaucourt, in his entry “Enigme” in the Encyclopédie, confirms that ordinary items have no place in poetry:

Les gens de lettres un peu distingués du siecle passé, qui ont eu la foiblesse de donner dans cette mode [...] seroient bien honteux aujourd'hui [...] d'annoncer à la France, qu’ils avoient eu assez d’esprit pour exprimer, sous un certain verbiage, sous un jargon mystérieux & des termes équivoques, une flûte, une fleche, un éventail, une horloge (Encyclopédie, vol.5, p. 690).

Without citing the reason why these words are objectionable, Jaucourt asserts that gens de lettres should feel shame at devoting their efforts to describing such objects.

What further complicates the question of diction and decorum is the elevated tone of many of the enigmas. One example of such a fusion of high and low, of lyrical and quotidian, appears in the March 1689 issue of the Mercure:

Je suis un composé de douceur & de charmes,
Les Dieux pour me former d’interessent pour moy,
Neptune par sa mer m’offre je ne sçay quoi,
Cybelle par son sein, l’Aurore par ses larmes.
Minerve par ses fruits fournit une liqueur;
Vertumne par ses dons se met de la partie;
Bacchus par ses raisins y mesle un peu d’aigreur,
Et de tout leur mélange on me voit assortie.
Fait-on quelque Regal, quelque noble festin,
On m’invite aussi-tost pour venir à la table;
Je n’y bois, ny ne mange, & vois plus d’une main
Qui s’arme contre moy; suis-je pas miserable? (Mercure 297–298)

To explain how one could arrive at the correct answer of “salad,” it would perhaps be useful to explain the erudite, though not particularly original, allusions in the verses. First, the lettuce plant can only grow with the aid of the gods, since Neptune waters it, Cybele provides the earth, and Aurora presumably supplies the morning sunlight. Once the lettuce is prepared to be served, it receives olive oil from Minerva, who introduced the olive tree to humans, and vinegar, which is wine in a different form, from Bacchus. Vertumnus, Roman god of fruits and the harvest, probably adds tomatoes and other ingredients to the salad. In the final stanza, the salad can be described as the metaphorical guest who comes to the table but cannot eat nor drink, since it is a dish, but is instead threatened by the fork and knife of the person who is eating.

Needless to say, the banality of the word salad would normally exile this text from the realm of poetry, in spite of its poetical ornaments. The presence of ordinary words sets énigmes apart from the poetry and poetics of the Ancien Régime, and one can sense the frustration of the critics at the decidedly non-transcendent character of these verses. Even Renaissance emblems, which seem to share many characteristics with the énigmes since they also describe an object in verse, still derive their value from their symbolic meaning. If an emblem depicts a rose or a sun, for example, it is evident that the reader should seek a higher meaning that goes beyond the object's concrete definition. By contrast, rather than conform to the stereotypically lofty language of love or heroism, the énigmes form the bridge between Italian bernesque literature, which lavished bombastic language on an everyday object such as an egg, and the works of twentieth-century poet Francis Ponge, which dwell on the bread-like qualities of bread, or which describe oysters or cigarettes in detail.

Aside from the largely unfounded accusations of vulgarity—justified in the sense of mentioning objects of everyday life, but unjustified in the sense of obscenity or scatology—a major objection to the enigmas from a critic's point of view lay in the intentional obscurity that defined these texts. An overwhelming number of critics of the seventeenth and eighteenth centuries maintained that the ability to hide meaning was not a desirable quality in poetry. Among them was the père Bouhours, who wrote in his Entretiens d’Ariste et Eugène that in order to speak well,

il faut [...] avoir une certaine clarté que tous les grands genies n’ont pas. Car il y en a qui sont naturellement obscurs, et qui affectent mesme de l’estre: la pluspart de leurs pensées sont autant d’enigmes et de mysteres; leur langage est une espece de chiffre, on n’y comprend presque rien qu’à force de deviner (Bouhours 202–03).

In fact, for Bouhours, clarity defined the French language itself, whose great virtue was to express things as they are, as opposed to bombastic Spanish and coquettish Italian. Therefore, to clutter expression with ornaments and word games meant to betray the very soul of the French character:

Ceux qui n'appellent jamais les choses par leur nom, et qui ne parlent que par metaphore, ne parlent pas trop bien françois. Ils sont aussi éloignez du caractere de nôtre langue, repliqua Eugene, que les masques, qui courent les ruës pendant le carnaval avec des habillements bizarres, sont éloignez de nos modes (Bouhours 53-54).

In this treatise, Bouhours defends his ideal of the French language against many rivals, including other languages, other periods, and, most significantly for this study, other contemporary ideals of French, such as the one forged in the salons. He explicitly denounces the latter by stating:

Un stile affeté ne [...] déplaist gueres moins, que les fausses precieuses déplaisent aux gens de bon goust, avec toutes leurs façons, et toutes leurs mines [...] Moy je ne sçache rien qui dégouste davantage les personnes raisonnables, que le jargon de certaines femmes qui se servent à toute heure d'expressions extraordinaires (Bouhours 54–55).

Thus he pits “fausses précieuses” (leaving the status of true précieuses uncertain) and their “extraordinary” way of speaking against his ideal of taste and reason.

Decades later, the abbé de Bellegarde upholds an aesthetic similar to Bouhours’ when he continues to insist on an ideal of tasteful language that excludes any obscurity:

L’affectation dont je parle en matière de langage, consiste quelques fois dans de certains mots à qui on donne des sens détournez & mysterieuses ou qui paraissent extraordinaires à cause de leur nouveauté [et un] assemblage de certaines expressions, qui naturellement ne devroient point être ensemble, mais on les lie par pure affectation, pour se distinguer du commun & pour ne parler pas, comme l’on parle ordinairement.14

Bouhours and Bellegarde belonged to a tradition of defining the French language by its clarity, which continued and gained momentum well into the eighteenth century.

Imprecations against l’énigmatique in the name of clarity included a far wider range of writings than just énigmes: while some in some texts, the critics seek to correct the aesthetic follies of the fans of the Mercure, other texts clearly aim at a religious target. The treatises that attack the latter disapprove of the obscurity of Christian writings that defy logic, the idea of esoteric hidden meanings in Scripture, and the tortured writing style attributed to priests and theologians. Since critics such as Boileau and Voltaire could only go so far without confronting the mysteries of the Christian religion itself, they sometimes had recourse to distinguishing the core of the religion from the religious commentators who corrupted it. For example, Boileau, in his Satire XII against l'équivoque, establishes that the world was good when God first created it, but goodness and truth were eventually covered by the multiple meanings and ambiguous words of religious interpretation. In fact, he compares religious chaos to the verses that meet the standards of the Mercure galant, since both are filled with error:

De cette erreur dans peu naquirent plus de sectes
[...] qu'en toutes saisons sur les murs, à Paris,
On ne voit affichés de recueils d'amourettes,
De vers, de contes bleus, de frivoles sornettes.
Souvent peu recherchés du public nonchalant,
Mais vantés à coup sûr du Mercure galant (verses 225–232).15

The more radical baron d’Holbach, however, in Le Christianisme dévoilé, goes as far as to reproach priests of covering useless arguments in obscure expressions: “Les prêtres du christianisme amuserent leur oisiveté par les spéculations inutiles d'une science barbare et énigmatique, qui, sous le nom de science de Dieu, ou de théologie, s'attira les respects du vulgaire.”16 In order for Boileau, Bouhours, Bellegarde, and their fellows to impose their standards of truth and clarity, they needed to sweep away both the enigmatic and the enigmas,17 the dark recesses of Biblical meaning and playful equivocations between everyday words.

In the Encyclopédie, Jaucourt also makes a connection between the énigmes and religious obscurity. In his explanation of the riddles’ origin, Jaucourt suggests that priests and kings of ancient times needed to invent a language in which wisdom could be transmitted, but which was not obvious to the populace:

les sages ou ceux qui se donnoient pour tels, crurent devoir cacher au vulgaire une partie de leurs connoissances. Par - là, le langage imaginé pour la clarté fut changé en mysteres: le style dans lequel ces prétendus sages renfermoient leurs instructions, étoit obscur & énigmatique, peut - être par la difficulté de s'exprimer clairement; peut - être aussi à dessein de rendre les connoissances d'autant plus estimables qu'elles seroient moins communes (vol. 5, p. 590).

He uses an obviously disapproving tone, since he constantly puts the authority of these sages in doubt and even claims that if the hidden truths were expressed clearly, they would have seemed less impressive. The fact that he attributes their origins to ancient rulers does not lend any legitimacy to the énigmes, and to make these origins more dubious, he underlines their “Oriental” character, by which he means Biblical, as exemplified by Samson and Solomon.

Qu’on ne dise point en faveur des énigmes, que leur invention est des plus anciennes, & que les rois d’Orient se sont fait très - long tems un honneur d’en composer & d'en résoudre: je répondrois que cette ancienneté même n'est ni à la gloire des énigmes, ni à celle des rois orientaux (vol. 5, p. 590).

Whether they are parlor games of the seventeenth-century salons or ancient tests of wisdom, they are equally foolish in the eyes of Jaucourt, who asserts that a better way to use one’s mental energies is to resolve the mysteries of science.

If foolish readers impetuously mistook word games for real poetry, we should consider some reasons why two groups of people would uphold the following opposing claims: on one hand, that the énigmes are poetry, and on the other, that they are not. Why wouldn't one view the énigmes as literary works? They are in verse, they rhyme, and more importantly, they have a meaning. As in poetry, words have multiple senses, and one can enjoy full satisfaction only when one has succeeded in finding the true solution that coherently explains the whole work. The creator of the riddle, as the readers depicted within the Mercure itself claim, has obviously taken a great deal of trouble and has used up great stores of ingenuity to convey a simple message in a circuitous fashion. The first editor of the Mercure, Donneau de Visé, defends this position in the August 1677 issue, after giving the letter R as the solution to the first enigma:

Jamais ouvrage n’a tant donné de peine, ou n’a du moins dû en tant donner; c’est sans contredit le plus beau que nous ayons de tous ceux qui mettent l’esprit à la gêne, et qu’on ne peut faire qu’avec une application extraordinaire [...] j’ai de la peine à concevoir comment il s’est trouvé une personne qui ait voulu s’appliquer assez fortement, et assez longtemps, pour faire un ouvrage si rempli de difficultés. (20–23)

Following this train of thought, the reader must be equally cunning in order to extract the various nuances and ambiguities of each line.

Later editors of the Mercure show a measure of impatience for these games and for their frenzied fans, even though they almost guarantee the success of their journalistic enterprise. François Moureau, in his study of the Mercure, cites Dufresny’s increasingly enraged observations about this form. “Le genre Enigmatique tient lieu de sublime à bien des gens” (Moureau 37), among whom he includes contemptible provincials and the risible “bourgeois de second ordre.” These “demi-sçavants” love to guess things, Dufresny complains, while real savants actually know things; but the former believe nonetheless they are the true intellectuals merely because they can solve the énigmes of the Mercure. Like Dufresny, his successor Le Fèvre de Fontenay at first expressed his lack of interest in these puzzles, but finally gave in to the fact that many readers bought the journal especially for the énigmes.18

Perhaps even more puzzling to the editors themselves was the conspiratorial air shared by the riddle-solvers who submitted their answers and names each month so that they could be listed in the pages of the Mercure. Those who are able to discover the solution, as well as those who submit their énigmes for publication in the Mercure, seem to consider themselves as constituting an “in-crowd,” a self-designated elite of supposedly superior intelligence. As the years pass, from 1677 onwards, the list becomes longer and the names become increasingly bizarre. Some examples of those who are listed as having submitted the correct answer are: les Prisonniers du Fort-l’Evêque, la Jolie Solitaire de la rue saint Honoré, la Brebis Amoureuse et son Pasteur Mouton bellant, le Captif délivré de la Barbarie, and l'Innocence reconnue de la rue Maçon. Some volunteered their names in anagram form: l’abbé à l’anagrame Regard, l’abbé à l’anagrame Grosel. This strange trend in facetious pseudonyms represents an extension of the nature of the énigmes themselves, as if those “in the know” make their own identities into a game whose solution is only known to their acquaintances, or perhaps only to themselves.

Indeed, the reader is central to the work of the enigma. Unlike more elevated forms of poetry, which can stand alone, the enigmas remain incomplete until a reader presents a solution. One can speculate that the dialogic or communal structure made necessary by the nature of the riddle further provoked the unease of critics who believed in the right of literary authorities to impose judgment on the public unilaterally. In fact, the appeal to a response made the riddles and other games particularly apt vehicles for the conversational aesthetic of such salon leaders as Madeleine de Scudéry, and it also encouraged readers of the Mercure to abandon their passivity and become the creators of miniature riddles, those of their pseudonyms.

The belief that penetrating wit is the superior characteristic of the riddle-solver is expressed in the writings of the abbé Cotin, a prolific creator of enigmas in the period before the Mercure was founded in 1672. In his Lettre à Damis, which introduces his 1638 collection of Les Enigmes de ce temps, he claims that "les descriptions enigmatiques sont obscures par leurs métaphores et leurs continuelles allegories à ceux qui ne sont pas polis et intelligents; autrement elles sont tres-claires à qui sçavent le mot" (Cotin 33). He expresses a high opinion of his riddle-solving friends, but he does not neglect to shine the light of praise on himself: “Il semble qu’un Enigmatiste soit Poëte et Philosophe tout ensemble, et qu’il ait seul trouvé le secret de plaire et d’instruire que tant d’autres ont cherché inutilement” (Cotin 31). He traces the noble descent of the art of enigmas from Antiquity to his day, and he insinuates that the riddles somehow succeed where other genres have tried, with lesser success, to “plaire and instruire,” although he never specifies what one can learn from them. Not only does he ennoble the riddle in his Lettre à Damis by referring to it as a literary genre, he also attributes a nobler origin to it than Jaucourt does: while the latter gives it dubious Biblical roots, Cotin claims Greco-Roman precedents.

Of course, Cotin’s fulsome praise of the enigma would meet with grave opposition from certain critics, who could claim in turn that the flash of insight that gives one “le mot de l’énigme” parodies the process of understanding poetry to an absurd degree. For a reader to assume that the meaning of a poem can be unequivocally reduced to a single word, or sometimes to a single letter, is proof that she has only the most superficial grasp of literature.19

The question critics did not consider, however, is whether Cotin and his fellow énigmatistes were simply being facetious when extolling the riddles. Opponents describe the particularly irritating earnestness of the fans, but they perhaps did not take into account that the praise of the enigma could be as mock-sublime as the enigmas themselves.20 On the contrary, the lack of irony that they attributed to these fans made the latter seem unintelligent and therefore incapable of participating in literature. As Domna Stanton points out in her article “The Fiction of Préciosité and the Fear of Women,”21 the précieux language that we see caricatured in satire may well have never existed outside those works. The ridicule of préciosité, she claims, can be traced to the fear, among prominent male writers, of female usurpation of the “phallic order” of language. Following this line of reasoning, the same writers would deny the fans of word games in the Mercure any right to create or define literature, because they were too unsettled by the idea of women, bourgeois, and provincials -- traditionally objects of satire -- practicing their own form of humor, even in relatively innocuous forms.

Ridicule of préciosité and ridicule of the énigmes are, in fact, closely linked. The attacks on the énigmes are symptomatic of the general backlash against the influence of salons and their supposedly feminizing influence during the Ancien Régime, particularly since these games attained popularity in this setting. Faith Beasley, in Salons, History, and the Creation of Seventeenth-Century France, traces the transformation in the depictions of female-led literary assemblies from being glorified as tribunals of taste to being pushed aside into an obscure space in literary history.

Criticism of these female-led social circles continues into the eighteenth century, as one can see in the novels of the period. Even though the novelist Claude Crébillon celebrated frivolity, he still maintained an ambiguously disapproving tone in pointing out the follies of his petits-maîtres. In his 1734 novel L'Ecumoire, for example, he describes a gallant young man as skilled in all the trivial arts of pleasing: “c’était le plus beau danseur du monde, personne ne faisoit la révérence de meilleure grâce: il devinait toutes les énigmes, jouait bien tous les jeux [...]” (Crébillon 191). The mock-praise of this character shows us two opposing opinions, the ostensible one which values him for his capacity to amuse, and the other, which we readers understand as implicit criticism of his worth. In passages such as the ones above, one can see that even frivolous literature itself had inherited the prejudices of the erudites against the Mercure and its games.

In contrast to the light-hearted Crébillon, Jean-Jacques Rousseau unambiguously equates a male writer's adherence to a woman's salon to intellectual emasculation.22 If men and women socialize together, Rousseau warns in his Lettre à d'Alembert, the women will impose their langorous lifestyle, and sooner or later “les femmes nous rendent femmes.”23 The hostess, surrounded by her “sérail d'hommes,” not only saps their bodily strength by restraining their movements to her room, but she also weakens their minds by inspiring ephemeral, merely amusing forms of writing:

Imaginez quelle peut être la trempe de l’âme d’un homme uniquement occupé de l’importante affaire d’amuser les femmes [...] Nos talents, nos écrits se sentent de nos frivoles occupations; agréables, si l’on veut, mais petits et froids comme nos sentiments, ils ont pour tout mérite ce tour facile qu’on n’a pas grand’peine à donner à des riens. Ces foules d’ouvrages éphémères qui naissent journellement, n’étant faits que pour amuser des femmes, et n’ayant ni force ni profondeur, volent tous de la toilette au comptoir (Rousseau 160-61).

While Rousseau may refer here to a variety of minor genres created for women's amusement, the énigmes would surely be included in that category. In his opinion, these “riens,” instead of coexisting innocuously next to weightier works, actually contaminate serious writing with the style that is demanded of salon guests.

In some satirical texts, the feminizing influence of the énigmes bears part of the blame for the French reputation for frivolity. Boyer D’Argens, for example, depicts the degeneracy of Parisian life, and specifically the milieu of the so-called wits, in his 1736 epistolary novel Lettres juives:

Tout le monde y veut avoir de l’esprit: c’est le faible de la nation. On aime mieux passer pour fripon, que pour bête. Tel homme ne se soucie pas d’être regardé comme une personne dont les mœurs sont scandaleuses, qui serait au désespoir qu’on ne le crût pas en état de deviner les énigmes du Mercure galant, et de composer un madrigal.24

Boyer d'Argens, like many French authors of his time, refers to this stereotype of his own countrymen as inconstant, flighty effetes. The Querelle d’Homère in particular reveals the period's preoccupation with the “corruption of taste,” in Anne Dacier's words, which keep the French from attaining the true sublime in heroic poetry, for example. From this perspective, society games were a sign that the French were unable to devote themselves to serious things.

It would be interesting to know why critics and satirists referred to the enigmas as a source of shame, while they celebrated other genres that played with the contrast between high and low registers, such as the pastiche héroï-comique of Boileau and the travestissements of Scarron and Marivaux, to use Gérard Genette's terms.25 While the énigmatistes use some of the same techniques as Boileau, who depicts humble objects in ridiculously elevated language, the former receive far less praise from their contemporaries and later generations than did the author of Le Lutrin. Perhaps their reputation was tainted by the association with feminine society and with the particular wit that was valued there. Erica Harth remarks in Cartesian Women that the abbé de Pure, in la Prétieuse, assigns a specific kind of mediocre wit to women, which falls below the standards of true intellectual activity: “de Pure introduces esprit as what appears to be a middle term between learning and ignorance. Esprit, or natural wit, was supposed to be the particular virtue of salon women.”26 Neither strictly satirical nor clever enough to impress the learned elite, the énigmes, despite their popularity during their heyday, ended by being excluded from the world of erudite comic literature even in our era.

Judging from the acceptance we give now to the academy-imposed norms and the scant attention given to énigmes and other so-called précieux forms in the study of literature, one can see which of the two competing aesthetics won out in the eighteenth century. Nevertheless, as Domna Stanton, Erica Harth, Faith Beasley, and other modern-day critics have proposed, we need to delve past the established history of ideas, specifically from the nineteenth century, to get a more accurate idea of the conflict between classicism and its rivals. Then we will be able to contemplate how the classical norms triumphed by crushing the “heresies” of writers such as Madeleine de Scudéry, Cotin, and of the readers of the Mercure, who had different ideas about what is beautiful and what is clever.

Perhaps the parable of the prototypical riddle-solver, Œdipus, can serve as a lesson to the ill-respected fans of the énigmes (after all, Beaugénie, in Boursault’s play, had claimed that his riddle far surpassed that of Sophocles). When presented with the Sphinx’s riddle about the creature who has 4, 2, and then 3 legs, Œdipus solves the enigma, whose answer is “man.” But this small success only brings about his downfall, since it allows him to take over the kingdom and fulfill his tragic fate. From the perspective of their opponents, one can imagine the overenthusiastic and undereducated lovers of énigmes, searching zealously for the response in order to take part proudly in what they think is a legitimate literary activity. Their efforts, however, only draw the crushing hostility of those who deny the literariness of these writings. For the fans of the énigmes, as for Oedipus, solving a riddle proves to be a small step for wisdom and a large plunge into folly.

University of Virginia

NOTES

1In the preface to her edition of Charles Cotin's Enigmes de ce temps, Florence Vuilleumier-Laurens cites letters from Jean Chapelain and Guez de Balzac that attest to the popularity of énigmes in the social circles of the marquise de Rambouillet and of Valentin Conrart (Société des textes français modernes, 2003), ix-xi.

2The journal went through a number of alterations in its title; it was called Le Mercure galant from its inception in 1672 until 1714, then it became Le Nouveau Mercure from 1717 to 1724, and finally the Mercure de France from 1724 to 1791. The history of the Mercure is summarized in Le Mercure galant de Dufresny (1710-1714) ou le journalisme à la mode by François Moureau (Oxford: The Voltaire Foundation, 1982), 7-11.
For the purposes of simplicity, I will refer to it as the Mercure in this article.

3 Bouts-rimés presented the following challenge: first we see a poem in which all words are blank except for the last word of every line:

____________________________ sage
____________________________ micmac
____________________________ trictrac
____________________________ cage
____________________________ age
____________________________ sac
____________________________ almanach
____________________________ village
____________________________ ail
____________________________ evantail
____________________________ oreille
____________________________ fourmy
____________________________ bouteille
____________________________ amy

The reader who takes up the challenge must write a coherent, correct, and if possible, witty, poem whose lines end with those words. Several such responses are printed in the November 1723 issue, including the following:

On verra supprimer les proverbes du sage,
L'usurier affamé negligeant son micmac,
User nonchalamment ses jours sur un trictrac,
Et mon chat dévoré d'un moineau dans sa cage.
La brillante jeunesse au plus beau de son age,
Fuira tous les plaisirs pour se vêtir d'un sac,
Un avare attentif sera sans almanach,
Et Paris passera pour un petit village.
On verra les Gascons haïr l'oignon & l'ail,
Une coquette en feu, briser son evantail,
De rage qu'un traitant ait baisé son oreille.
La mouche amassera comme fait la fourmi,
Un avaleur de vin quittera la bouteille,
Lorsque je cesserai de cherir mon amy.

The logogriph presents a riddle in verse, to which the answer is a single long word in which one can find the letters that make up smaller words with are the answers to other parts of the riddle.

4Le Mercure galant, Mai 1689, p. 306–07.

5René Bray, La Formation de la doctrine classique en France (Paris: Nizet, 1951).

6The term is used by Cotin in his Enigmes de ce temps (1638) Ed. Florence Vuilleumier-Laurens (Société des Textes Français Modernes, 2003).

7See Faith Beasley, Salons, History, and the Creation of Seventeenth-Century France: Mastering Memory. (Ashgate, 2006), 111.

8Mercure, 1672, tome 1, p. 11–13.

9Delphine Denis, La Muse galante: Poétique de la conversation dans l'œuvre de Madeleine de Scudéry (Paris: Champion, 1997), 248.

10Dominique Bouhours, Entretiens d'Ariste et d'Eugène (Paris: S. Mabre-Cramoisy, 1671), 42.

11Charles Batteux, Les Beaux-arts réduits à un même principe, vol. 2 (Paris: Durand, 1746), 120.

12It is difficult to ascertain what Beaugénie refers to in the last two lines about the double gender of the word. Either people were debating the gender of word pet, as they did with équivoque, or Beaugénie refers first to pet or vent (which are masculine words) and then to pétarade, which the 1694 Dictionary of the Academy assures us is feminine.

13Norbert Elias, The History of Manners, vol. 1 of The Civilizing Process, trans. Edmund Jephcott (New York: Pantheon, 1978).

14Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde. Réflexions sur l’élégance et la politesse du style (Paris, 1695), 60.

15Nicolas Boileau. Satires (Paris: Société les belles lettres, 1952), 127.

16Paul Henri Thiry, baron d'Holbach, Le Christianisme Dévoilé (Londres, 1756) 263.

17 Boileau, however, did not escape the énigme trend entirely, since at least one riddle is attributed to him:

Du repos des humains, implacable ennemie,
J'ai rendu mille amants envieux de mon sort.
Je me repais de sang et je trouve la vie
Dans les bras de celui qui recherche ma mort.

answer: la puce
Nicolas Boileau, Oeuvres complètes (Paris: La Place, Sanchez, 1873), 221.

18Moureau 37, note 5.

19Stéphane Bikialo, in a linguistic analysis of énigmes, points out that although the unsolved riddle contains a multitude of possible meanings, finding the one true answer reduces the words to the function of simple denotation. He describes “deux parcours [...] un mouvement centrifuge, de prolifération des possibles, puis un mouvement centripète, de réduction” (Bikialo 11).

20Since opponents of énigmes objected to the mixture of high and low diction, or to the degradation brought about by their very popularity, one could compare their disapproval to early twentieth-century scorn of popular art or kitsch. But if the énigmatistes were fully aware of their clichéd poetical ornaments and forays into low diction, then they could be said, in modern terms, to be intentionally practicing a form of camp.

21 Domna Stanton, “The Fiction of Préciosité and the Fear of Women,” Yale French Studies 62 (1981) 128.

22See Dena Goodman, The Republic of Letters: A Cultural History of the French Enlightenment (Ithaca: Cornell University Press, 1992) for a discussion of Rousseau's resentment against the female-led salons.

23Jean-Jacques Rousseau, Lettre à d'Alembert in vol. 3 of Œuvres complètes (Paris: A. Houssiaux, 1852-1853) 159.

24Jean-Baptiste de Boyer, marquis d'Argens, Lettres juives (La Haye: Paupie, 1738), 82-83.

25Gérard Genette, Palimpsestes: la littérature au second degré (Seuil, 1982).

26 Erica Harth, Cartesian Women: Versions and Subversions of Rational Discourse in the Old Regime (Ithaca: Cornell UP, 1992), 38.

WORKS CITED OR CONSULTED

Argens, Jean-Baptiste de Boyer, marquis d'. Lettres juives. La Haye: Paupie, 1738.

Batteux, Charles. Les Beaux-arts réduits à un même principe. Paris: Durand, 1746.

Beasley, Faith. Salons, History, and the Creation of Seventeenth-Century France: Mastering Memory. Ashgate, 2006.

Bellegarde, Jean-Baptiste Morvan de. Réflexions sur l’élégance et la politesse du style. Paris, 1695.

Bikialo, Stéphane. “Les Mots sous le mot: de l'énigme à l'énigmatique.” L'Enigme. Stéphane Bikialo and Jacques Dürrenmatt, eds. Poitiers, France: UFR Langues Littératures, Université de Poitiers, 2003: 7–20.

Boileau, Nicolas. Satires. Paris: Société les belles lettres, 1952.

Bouhours, Dominique. Entretiens d'Ariste et d'Eugène. Paris: S. Mabre-Cramoisy, 1671.

Boursault, Edmé. La Comédie sans titre, ou le Mercure galant. Vol. III of Théâtre des auteurs du second ordre. Paris: Belin, 1813.

Bray, René. La Formation de la doctrine classique en France. Paris: Nizet, 1951.

Cotin, Charles. Les Enigmes de ce temps. Ed. Florence Vuilleumier-Laurens. Société des textes français modernes, 2003.

Crébillon, Claude-Prosper Jolyot de. L'Ecumoire ou Tanzaï et Néadarné, histoire japonaise. Paris: Nizet, 1976.

Denis, Delphine. La Muse galante: Poétique de la conversation dans l'œuvre de Madeleine de Scudéry. Paris: Champion, 1997.

Diderot, Denis and d'Alembert, Jean le Rond. Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné
des sciences, des arts et des métiers
(1751–1772).

Elias, Norbert. The History of Manners, vol. 1 of The Civilizing Process, trans. Edmund Jephcott. New York: Pantheon, 1978.

Harth, Erica. Cartesian Women: Versions and Subversions of Rational Discourse in the Old Regime. Ithaca: Cornell UP, 1992.

Holbach, Paul Henri Thiry, baron d'. Le Christianisme Dévoilé. Londres, 1756.

Le Mercure Galant. Paris: Au Palais, 1672–1690.

Molière. Œuvres complètes. NRF Gallimard, 1971.

Rousseau, Jean-Jacques. Lettre à d'Alembert in vol. 3 of Œuvres complètes. Paris: A. Houssiaux, 1852-1853.

Stanton, Domna. “The Fiction of Préciosité and the Fear of Women.” Yale French Studies 62 (1981) 107–134.

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Stedman: Teaching the Interdisciplinary Seventeenth-Century to Undergraduates: A Literary Historian's Perspective

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal, XI, 1 (2006) 171–192
Author: 
Allison Stedman
Article Text: 
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Gallo: What’s Still Grand about the Grand Siècle: The Age of Louis XIV and the Education of the Heart

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 161–170
Author: 
Fr. David M. Gallo
Article Text: 
*/

As an earnest new professor, idealistically searching for the best and highest meaning of what it meant to be a historian and educator, I came across a series of remarks from those with long experience teaching, collected for people in my shoes. One set of comments, by an elderly Benedictine monk, spoke a different language. Unlike most others, he wrote neither about critical reading, writing or thinking, nor about jobs and careers. His goal in teaching was “to prepare my students for death.” Despite finding his take on education slightly creepy and even more, off-puttingly morbid, I think he meant teaching in such a way as to reach and form their active center. One writer, Michel Meslin, understands this active center as the heart, “where ideas and impressions received are transformed into deeds… the seat of the individual's creative power in the form of consciousness.” Teaching the Grand Siècle in the liberal arts tradition can shape their active center by immersing students into the complexity of lives lived in a different time and place, and, should it work, bring them a better understanding of their own. Rather than a preparation for death, I would call this kind of teaching “the education of the heart.”

With guidance and work inside as well as outside the classroom, students discover and engage in details of the historically concrete situations and actions of real people. Through research, discussion, and imaginative reconstruction, they stand in the shoes of long-gone yet compellingly real persons and look around at a very different world through those eyes. They must acquire a new set of mental furniture, and, ideally, get to know these persons at a particular moment from as many different angles as possible. This approach helps them train their eye, their mind, and try a way of thinking that can affect their lives even after a particular course is over.

The best “hook” in teaching courses on the Grand Siècle is Louis XIV himself. Known in intimate detail from many sources, students find him to be a particularly compelling person. They are drawn to the life and the style of this greatest actor on the stage of the Grand Siècle - the man in the largest (and highest-heeled) shoes, whose eyes seemed half-open but gave the impression of truly seeing everything. In reading and research, forming the basis for class discussion and written assignments, students are led to think things through with him, imagining as many questions and gathering as many of the facts as he could have done in a particular situation. For many, this is just the beginning of insight into the complex world of Louis XIV’s ideas and impressions as they were about to be transformed into deeds.

Given the fact that many if not most students in history courses are unable to read original documents, biographies and primary source texts in translation1 as well as good historical fiction can make a compelling historical turning-point come alive. Françoise Chandernagor’s masterful reconstruction of Madame de Maintenon’s memoirs, “The King’s Way,” brings to life one moment, when history presented Louis XIV with a momentous choice. It was evening on Tuesday, November 9th, 1700, in Madame de Maintenon’s apartments at Fontainebleau, where the king, his son the dauphin and his ministers were struggling over the refusal or acceptance of Carlos II’s will, which, in defiance of the earlier Partition Treaties, left all of Spain to Louis’ grandson, Philippe d’Anjou. At the conclusion of the meeting, Louis approached his morganatic wife, and “at last, the moment I had been dreading arrived: when he was the only one left in my room, the king asked me what I thought about all this.” (409) Evasive and unable to offer him any advice, Madame de Maintenon pitied the king:

He looked troubled and uncertain. ‘I’m sure many people will condemn me whatever I decide, ´ he sighed. It was after 10 o’clock and he could not make up his mind to go to supper. He had always hated taking risks and only liked betting on certainties. It was torture to him that this time fate was forcing him to wager. He walked round and round the room, opening and closing the windows, gazing at the stars. I felt a great pity for him and his solitude. (409)

Students are invited to enter Madame de Maintenon’s room to stand with the king confronting one of the greatest decisions of his reign. Only he can make it, yet his decision will have life-and-death consequences for people throughout Europe, beyond it, far into the future.

Based on the primary sources at their disposal, students compile as detailed a list of things of historical facts as they can. Louis XIV and his ministers considered either accepting the will of Carlos II or sticking by the Second Partition Treaty reached with William III a mere 8 months before, on March 13 of that year.2 The king knew that he risked war were he to accept Carlos II’s will and the entire Spanish empire for his grandson rather than stand by the Second Partition Treaty. A new coalition against him, hard on the heels of the sufferings of France in the Nine Year’s War, would have serious social, political and economic consequences.3 Students can, and should, trace bloodlines, read treaties, examine frontiers, judge alliances, much as the king and his ministers did. Without knowledge of how those events have played out over the past three centuries, they begin to grasp what was going on in Louis’ mind, as king at that moment in 1700, and then in different assignments flesh out4 the scene Chandernagor set, as Madame de Maintenon struggled to answer the king’s query in her room very late that November evening in 1700.

Students soon appreciate that they stand next to a king whose mind is furnished not just with the universally-accepted facts, but which in fundamental respects differs greatly from ours. His ideas, assumptions and beliefs, natural to him, may be far from modern ones.5 Students see that factors which they think significant may be far less so to him. While we know, for example, that a war of significant casualties resulted in 1702 from Louis XIV’s rejection of the will, the king himself did not benefit from hindsight. How would he weigh something they consider very important, the cost to France in blood and treasure? Factors they see as accidental or meaningless he would see as providential and divinely ordained. For example, he, not we, would look at dynastic factors—the chain of births, marriages and deaths that led to this moment—as the directly willed plan of the God who made and sustained him king, of a God who acted on behalf of France throughout her history. Louis, not we, would be convinced that these factors were strong evidence of God pointing a finger toward acceptance of the will in favor of his grandson Philippe, rather than to the provisions of the Second Partition Treaty with Protestant powers. After all, when introducing the new king of Spain to the Court, Louis XIV did say, “It is the command of Heaven.” Speaking of commands—how much weight would command of the late king of Spain, Carlos II, have had on the king? Carlos too was a divinely anointed, God-guided king, having drawn up his will on October 2nd, a mere month before dying. For Louis, might this be even stronger and clearer evidence that through his grandson’s succession God destined the Bourbons to rule over Spain? Students stand next to a man who agonized not only over high politics and diplomacy, but a man grappling with obedience to God, the Catholic faith and deeply-held beliefs about how this God worked in the world. Here was a man who believed he would someday have to give a full accounting before the God whose divine shoes he himself filled here-below.

Concerning Louis’ final reckoning, students find that they are not just standing next to the king of France, but also next to Louis, a mortal man. At 62 years of age, the king is a very old mortal man by 17th-century standards. They learn about his health and its possible implications in the time around those cold November days as he opened and closed the windows in Madame de Maintenon’s apartments.6Although blessed with a strong constitution, Louis was toothless and suffered numerous chronic ailments—gout, tapeworm, and enteritis, among others. We know that he was purged at least once a month, and from whom, on just one day in April 1701, his physicians drained five bowls full of blood (simply as a precaution, of course). Thinking about the effect of the medical establishment on his health at this time adds yet another whole area of the past for students to explore.

Other lines of questioning deepen the context of his decision. Based on their document reading, students research information about Louis’ finances at that moment, the state of his troops, the annual harvest, and recent weather. Also, they consider the possible ways the king might weigh the remarks of the different members of his council of ministers, or even that of his own son, Monseigneur, who demanded “his inheritance” as a son and grandson of Spanish Infantas. The list goes on, limited only by student interest and creativity.7 They can investigate areas that would further round out this moment, not only adding to their knowledge of this 17th-century turning-point, and of this period generally, but, in this case, giving them insight into the human complexity of decision-making itself.

In the end, whether or not students feel the “great pity” for the king Madame de Maintenon felt that November evening, they have begun to work through Louis’ dilemma in their minds, grappling with the challenge of integrating all the historical facts they have learned from this one event. This approach engages their “active center,” their heart—and, living through that time with him, tried to understand his.

Particularly compelling in the life of Louis XIV is the way he left it, those days preceding his death in the late summer of 1715. Students are invited to enter the king’s Bedchamber at Versailles during the last week of August 1715, as the king lay slowly dying in his great four-poster. I ask students to “populate” the room—first, to find out what it looked like at this time, and what members of the king’s Household and the Court are there.8 They describe what medical personnel are in attendance, their diagnosis of the king’s illness, what they have done so far and how the king himself viewed his illness.9 Having fleshed out these historical details, students consider “the art of dying” of a 17th-century person and what the prospect of imminent death brings out in the king. We are told he received the last sacraments, gave orders for the funeral arrangements to be made after his death, and said his final farewells. Which surviving members of his family did he call to his bedside, and what does he say to them? Did his mind, as his body failed him, reach back into his own past and the difficulties of his minority as he addressed solemn words to yet another child-king, the five-year old boy who would succeed him as Louis XV? Did Louis take advantage of death’s slow pace in his regard simply to tie all loose ends in a neat package? Can we glimpse something of the king’s real thoughts about his life and reign? Whatever students believe, Louis himself believed he was about to face his judge, One who would demand an ultimate accounting from him. Standing at his deathbed, students face the finality of that moment, the universal experience of death each of us must face. They take the measure of the man and the moment as he precedes them on the walk into eternity.10

In addition to Louis XIV, members of his well-documented family and their very public lives can engage students in thinking about different social and moral aspects of the Grand Siècle. A useful figure to consider is the king’s brother, Philippe, Duc d’Orléans, known at court as Monsieur, who married twice, fathered seven children yet was sexually involved with men. Bejewelled, violently scented, a pot-bellied man in heels so high he seemed to be on stilts, Philippe can become more than just comic relief to students.11 Their fascination with his life, especially from the voluminous correspondence of his wife, the second Madame, Elisabeth-Charlotte, opens up avenues of fruitful learning and discussion.

In the strange world of 17th-century royal child-rearing, 12Philippe’s particular case stands out. His mother, Anne of Austria and her close confidant Cardinal Mazarin raised the two boys, Louis and Philippe, in a consciously different way, significantly altering Philippe’s experience.13 Complex questions of the origins and direction of his emerging sexuality are a catalyst for student interest in the concrete situations in this prince’s very different royal life, taking discussion in less obvious directions.14 One such moment, captured by historian John Wolf, shows Philippe’s reaction to his profoundly mismatched second wife, Elisabeth-Charlotte, Princess Palatine.

...she was not a beauty; she was a big-boned, broad-faced, buxom, outspoken lady—married to Monsieur who used rouge, wore ribbons and lace, and loved jewelry. He walked in mincing steps; she prescribed a two-league walk in case of illness. When Philippe first saw her, his question was the obvious one, “How can I sleep with her?” (313)

This scene leads them from theoretical discussion about the political and dynastic factors involved in 17th-century royal marriages to standing with this prince as he meets his new wife, the result of one such coupling. Add to the picture the history and conduct of his first marriage, as well as his retinue of male favorites and lovers, and what emerges is a life where social strictures and publicly expected morality conflict with private behavior and desires. Those students who themselves struggle with complex moral issues in their own lives resonate with the dissonance they find in the life of Monsieur when they peel back its multiple layers. Joined with research about 17th-century attitudes toward homosexual behavior in both Church and in noble circles,15 students journey from caricature to compassionate understanding. In the end, Philippe’s remark at the end of this court anecdote becomes much more than just a punch-line.16

In sum, there is much that is still “grand” to teaching the Grand Siècle, an exceptionally rich tapestry of detailed and carefully chronicled personalities, whose compelling stories, larger-than-life and historically significant, are tailor-made to intrigue and engage students. Their initial attraction to great people and events from this rich century can be guided towards a multifaceted understanding of the period, and, I think, of human life in all its complexity. I think teaching this way can be an invitation to reflection, engagement, and compassionate appreciation of the particular set challenges life poses to each human heart. At best, students can form a bond, a kind of friendship when human beings meet across centuries and generations. I hope the old Benedictine monk might look kindly on this effort to translate his “preparation for death” as the “education of the heart.” For, if he’s right, we are helping shape the only thing we take with us at our end, when, as it was for Louis XIV early on the morning of September 1st, 1715, it is our turn to walk into eternity.

College of Mount Saint Vincent

NOTES

1Relevant chapters of recent biographies of Louis XIV, such as François Bluche’s Louis XIV, as well as Andrew Lossky’s Louis XIV and the French Monarchy provide the necessary background.

2David L. Smith’s Louis XIV on foreign policy (chapter 5) provides translations of key portions of the First and Second Partition Treaties, eyewitness reports, and commentary by the author. A beautifully crafted and historically convincing look into Louis XIV’s mind in the five years leading up to these events can be found especially in chapter 3 of Janet Nelson’s novel The Ghost of Monsieur Scarron. As omniscient narrator, she details the king’s thoughts, feelings and concerns on his own and France’s state in 1695.

3Smith’s chapter 2 on the king’s economic policies is especially useful, with hard data on France’s financial position in the second half of the century: expenditure and budget reports, letters and other contemporary documentation.

4This can be done in a variety of ways. As a written assignment, it can serve as the basis for class discussion. With a particularly creative group, students can re-enact this scene in class, with one student taking the part of Madame de Maintenon and answering the king, and another offering Louis XIV’s thoughts and considerations in return. Whether or not they change the course of history, they begin the process of entering the strange place that is the past.

5David Smith’s introduction and chapter 1 are a concise summary of Louis XIV’s education, background and thought-world.

6 François Bluche summarizes Louis XIV’s health and his relationships with his physicians in chapter 24, “Portrait of the King.” Helpful here, but requiring translation, are portions of Michelle Caroly’s Le Corps du Roi-Soleil.

7 And unfortunately by the documentation, which remains thin in English translation.

8Students can consult the many available works on Versailles. William Beik’s Louis XIV and Absolutism: A Brief Study with Documents, chapter 2, “The King and His Family” is an excellent introduction to Louis XIV’s family and the major personages at Court through the eyes of a number of memorialists.

9Readily available editions in English of the memoirs of the Duc de Saint-Simon, as well as those of Louis XIV’s sister-in-law Madame, Elisabeth-Charlotte d’Orléans (footnote following) can set the stage for this momentous event. I also provide translated passages from the 1880 French edition of the Journal des Anthoines. La Mort de Louis XIV.

10Looking backwards from 1715, students evaluate Louis XIV’s life by making a list with two columns. On one side, what they think he should be most concerned about as he faces death, and on the other, their explanation of what they think would likely concern Louis himself. Working through the latter column is a good way to demonstrate for them the difference between the moral world of the pre-modern and the modern conscience.

11Elborg Forster’s A Woman’s Life in the Court of the Sun King translates significant letters from the voluminous correspondence of Philippe’s second wife, Liselotte von der Pfalz. Saint-Simon also offers concise vignettes featuring Monsieur. Nancy Nichols Barker’s 1989 monograph Brother to the Sun King: Philippe, Duke of Orléans remains one of the few full treatments of Monsieur in English and is an essential resource for this section of the paper.

12Translations from Madeleine Foisil’s 2 volume 1989 edition of Journal de Jean Héroard provide some idea of this in the atypical (but royal) childhood of Louis XIII.

13John Wolf’s Louis XIV treats this briefly in the first chapter, Louis le Dieudonné. Chapter 14 of Ruth Kleinman’s Anne of Austria, Queen of France provides further details about Philippe’s upbringing, in contrast to that given to his elder brother Louis.

14These discussions might include Philippe’s ambiguous relationship with his older brother, including his thwarted military career, the numerous complications in his first marriage to Charles II’s sister Henrietta, the stormy influence and personalities of his male lovers—all these can place students in the midst of a what, at the very least, was a challenging life.

15 Easily available English translations of Saint-Simon, Madame and Primi Visconti (among others) provide contemporary attitudes and beliefs; in most respects, Catholic moral teaching remains the same (if not the punishment of the amende honorable).

16One interesting assignment is to ask students to make a list of various layers of meaning they can sense behind Philippe’s “How can I sleep with her?”

Works Cited

Chandernagor, Françoise. The King’s Way. Trans. Barbara Bray. San Diego & New York: Harcourt, Brace, Jovanovich, 1984.

Meslin, Michel. “Heart.” The Encyclopedia of Religion. 16 vols. 1987.

Wolf, John. Louis XIV. New York: WW Norton & Co., 1968.

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Assaf: Francion : travesti du roman, roman du travesti

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 147–160
Author: 
Francis Assaf
Article Text: 
*/

Le fragment des Pensées intitulé « Imagination » (66–73) illustre magistralement le contraste entre être et paraître. Même s’il ne le met pas spécialement en relief, Pascal mentionne à plusieurs reprises le costume comme l’un des éléments de cette trompeuse dichotomie :

Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leurs hermines dont ils s’emmaillottent en chats fourrés, les palais où ils jugent, les fleurs de lys, tout cet appareil auguste était fort nécessaire. Et si les médecins n’avaient des soutanes et des mules et que les docteurs n’eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties jamais ils n’auraient dupé le monde, qui ne peut résister à cette montre si authentique (69–70).

Pour lui, la perpétuation de l’inauthentique est la pierre d’achoppement de l’humanité, qui accorde à l’imaginaire le statut qu’elle ne devrait réserver, selon lui, qu’au réel, c’est-à-dire, dans ce cas, au véritable savoir et à la véritable justice.

On peut dire que Pascal est contemporain du Francion, puis-qu’ils voient le jour la même année1 . Simple coïncidence, bien entendu, et d’une signification purement anecdotique. Mais cette coïncidence ne donne-t-elle pas tout de même à penser ? Au moment où naît celui qui devait, des années plus tard, condamner avec éloquence l’imagination (voire l’image) comme obstacle à un rapport véritable de l’homme à Dieu, sort un ouvrage la glorifiant, certainement dans un contexte libertin. Confortant au niveau du texte le pôle disséminatoire de l’imagologie baroque, dans lequel se succèdent en un mouvement apparemment cyclique les pôles schizomorphe et nocturne, la tension entre être et paraître informe le Francion, tout au long duquel est privilégié le travesti, aussi bien dans le costume que dans les mœurs, les attitudes, les mentalités.

À l’occasion d’interventions précédentes, j’ai parlé nombre de fois de ces deux régimes imagologiques, qu’envisage Gilbert Durand2 . Du point de vue performatif, le régime diurne ou « schizomorphe » exprime la différence, le conflictuel (Les Structures anthropologiques de l’imaginaire 191)3 . Ce qui ressortit au régime nocturne, ce sont les images qui rassemblent, assimilent ; tout ce qui est creux, sombre, femelle : la matrice, la coupe, le temple, la demeure, la tombe, l’œuf, l’île, la barque4 .

Le philosophe Jean-Jacques Wunenburger complémente la vision de Durand en formulant la notion de pôle disséminatoire mentionnée plus haut. Dans ce concept, il cherche à « tisser ensemble identité et différence, répétition et innovation » (89). Pour lui, le pôle disséminatoire n’effectue pas une synthèse (Il parle de dialectisation, non de dialectique), mais signifie un schème hétérogène de coexistence où fonctionnent alternativement les images ressortissant au régime diurne et celles se rapportant au régime nocturne. Sa vision est dynamique: il parle d’alternance et de « tension anta-goniste » (91). Ayant réfléchi à cette conception du pôle dissémi-natoire, je constate qu’elle est forcée de subir, du moins au niveau du texte écrit ou parlé 5 , les contraintes que lui impose le seul mode possible d’expression dans ce domaine: le mode syntagmatique. C’est pourquoi Wunenburger parle d’alternance et de cycles. Je crois en fait que la véritable fonction du pôle disséminatoire est de rassembler, simultanément et non en alternance vraie, les images diurnes et nocturnes, dans une coexistence forcée excluant toute fusion, génératrice alors de cette tension antagoniste dont il parle (supra).

Je note que, dans Francion, le travesti vestimentaire est générateur de cette tension. Il est indissociable d’un travestissement qui, au niveau du paratexte, dissimule et révèle à la fois le jeu scriptural de l’auteur, à charge pour le lecteur d’entrer dans ce jeu — c’est-à-dire dans le pacte de lecture — et de le jouer à partie égale vis-à-vis de l’auteur. Il faut préciser que ce travestissement ne se pratique pas sur un mode palimpsestueux. Voici comment Genette envisage le travestissement, dans Palimpsestes :

Le travestissement burlesque récrit […] un texte noble, en conservant son « action », c’est-à-dire à la fois son contenu fondamental et son mouvement (en termes rhétoriques, son invention et disposition), mais en lui imposant une tout autre élocution, c’est-à-dire un autre « style », au sens classique du terme, plus proche de ce que nous appelons depuis le Degré zéro une « écriture », puisqu’il s’agit là d’un style de genre (67).

Il consacre plusieurs pages de son ouvrage (165–170) au Berger extravagant, passant sous silence Francion, ce dernier ne récrivant aucun texte. Si c’est le prototype de l’écriture telle que la conçoit Sorel6 , ce n’est pas le premier exemple du genre, puisque c’est en 1612 que Du Souhait lance le concept de l’« histoire comique » (Serroy 24). Ni palimpseste, ni prototype, on ne saurait pourtant lui nier ni le travestissement — au sens littéral comme au sens métaphorique du terme — ni le burlesque.

A travers les éditions contemporaines de Sorel, évaluons brièvement le paratexte du roman en fonction de cette inflexion. Dès 1623, dans l’« Advertissement d’importance aux lecteurs », il s’indigne de voir sa prose dégradée par une typographie négligente :

Les Imprimeurs […] ont mis bestes au lieu de pestes, en d’autres endroits avant toict pour aucun toict, couche pour cruche, faux furon pour fanfaron, maistres pour monstres, courage pour cocuage, meffait pour mestier, gourdement pour grandement, commençoit pour contenoit, la veue pour le vent, pernicieux, pour pécunieux, et une infinité d’autres mots qui corrompent tout mon sens. Davantage on ne voit rien autre chose, que des articles oubliez, et des noms mis au pluriel au lieu d’estre au singulier, et des verbes au temps passé au lieu d’estre au temps present ou au futur. Ceux qui me cognoissent sçavent bien qu’il est impossible que je peche contre les loix de la grammaire (Francion 64).

Bien sûr, ce travestissement est involontaire, du moins au niveau de la mise en page, et n’est pas l’ouvrage de Sorel. Mais en le révélant au lecteur, en le formalisant pour ainsi dire, l’auteur ne lui confère-t-il pas en quelque sorte le statut d’un signe avant-coureur? S’il nous dit que le travestissement né de l’erreur vient informer/déformer son écriture avant même que commence le roman, n’est-ce pas là peut-être sa façon à lui de nous avertir que d’autres travestissements — bien volontaires, eux — nous attendent à l’intérieur, et que ce ne sont pas des erreurs ou des manquements ? Mais voyons ce qu’il en est dans les éditions subséquentes. Celle de 1626 est précédée d’une « Épître aux Grands », parodie d’épître dédicatoire, puisqu’elle prend le contre-pied du genre. En voici un passage fort significatif :

Il vous faut apprendre que je ne regarde le Monde que comme une Comedie, et que je ne fay estat des hommes qu’entant qu’ils s’acquittent bien du personnage qui leur a été baillé. Celuy qui est paysan et qui vit fort bien en paysan, me semble plus loüable que celuy qui est nay Gentilhomme et n’en faict pas les actions (Romanciers du XVIIe siècle 1260).

L’intention didactique, que Sorel regarde comme inhérente à la comédie, est confortée dans l’incipit de la troisième édition :

Or c’etoit ainsi que faisaient les Anciens Autheurs dedans leurs Comedies, qui instruisoient le peuple en luy donnant de la recreation. Cet Ouvrage cy les imite en toutes choses, mais il y a cela de plus que l’on y voit les actions mises par ecrit, au lieu que dans les Comedies il n’y a que les paroles, a cause que les Acteurs representoient tout cela sur le Theatre. Puisque l’on a fait cecy principalement pour la lecture, il a fallu descrire tous les accidens, et au lieu d’une simple Comedie, il s’en est fait une Histoire Comique que vous allez maintenant voir (Romanciers du XVIIe siècle 1270).

Si le topos du Theatrum Mundi n’est pas une invention de Sorel, il faut, toutefois, dans une lecture privilégiant le travestissement, noter le terme de comédie et la réduction des hommes à des rôles, voire des costumes, trait inhérent à la théâtralisation du roman.

L’auteur lui-même se déguise (tout en faisant semblant de déguiser son personnage): l’édition de 1633 est attribuée à un auteur fictif, « Nicolas du Moulinet, sieur Du Parc, gentilhomme lorrain », qui s’adresse en ces termes à son personnage, Francion, qu’il donne comme ayant réellement existé :

[I]l ne me semble point que vostre reputation puisse courir de risque, si je fais une Histoire de vos avantures passées ; veu que je les ay deguisees d’une telle sorte, en y adjoustant quelque chose des miennes, en changeant aussi vostre nom, qu’il faudroit estre bien subtil pour decouvrir qui vous estes (Romanciers du XVIIe siècle 1267).

Une étude à paraître, sur Sorel et l’écriture, accorde une place importante au déguisement de l’auctorialité du Francion. Et que présente le texte proprement dit, dès les premières pages ? un travestissement vestimentaire, partie intégrante de la cérémonie occulte par laquelle Valentin cherche à recouvrer sa virilité disparue.

En tenant ces discours, il entra dans un grand clos plein de toute sorte d’arbres, où il desploya le paquet qu’il avoit apporté de son logis. Il y avoit une longue soutane noire qu’il vestit par dessus sa robbe de chambre. Il y avoit aussi un capuchon de campagne qu’il mit sur sa teste, et il se couvrit tout le visage d’un masque de mesme estoffe qui y estoit attaché. En cet equipage il recommença de se servir de son art magique, croyant que par son moyen il viendroit a bout de ses desseins Francion 67).

La description élaborée du costume qu’il endosse après s’être plongé dans la cuve annonce la naissance d’un « homme nouveau »; non pas au sens spirituel que lui attribue le christianisme, mais à celui, exclusivement corporel, d’un mari capable désormais d’offrir à son épouse des félicités charnelles, si vigoureusement, espère-t-il, qu’elle demandera grâce. Comment ne pas y voir un double travestissement burlesque : celui d’une métaphore remontant à saint Paul et celui du sacrement fondateur, qui rend possible l’atteinte des félicités éternelles7 ? Pendant ce temps, Laurette, épouse infidèle (et frustrée) de Valentin, entend rester fidèle à son amant Francion — déguisé en pèlerin pour endormir la méfiance du cocu — repoussant à coups de poing les avances — pour elle, saphiques — de « Catherine », le voleur déguisé en fille que Valentin avait pris naïvement à son service et qui devait faciliter l’entrée de ses complices dans le château pour le dépouiller de tous les objets de valeur qu’il renfermait.

Cette fidélité dans l’adultère est d’ailleurs mise à plat lorsque Laurette fait l’amour avec Olivier, l’ayant pris pour Francion. Le premier moment de dépit passé, elle se console :

Le plus doux remede qu’elle sceust appliquer sur son mal, et celuy qui eust de plus remarquables effects, fut que celuy qu’elle avoit pris pour Francion luy avoit fait gouster des delices qu’elle n’eust pas possible gousté plus savoureux avec Francion mesme et dont elle ne se pouvait repentir d’avoir jouy (Francion 76)8

Francion, quant à lui, se laissera doublement tromper au déguisement de « Catherine » : il la prend pour une femme et cette « femme » pour Laurette. Rejeté par « Catherine », qui le prend, elle, pour un de ses complices et ne comprend pas ce badinage intempestif — amusant renversement de situation — il tombe dans la cuve où s’était baigné Valentin : la blessure qu’il se fait à la tête et les rencontres subséquentes à l’auberge, y compris le récit du fameux rêve, sont donc bien la conséquence d’un quiproquo fondé sur le travesti. Sorel pratique systématiquement le travestissement — c’est-à-dire qu’il valorise le paraître — à tous les niveaux : écriture, personnages, situations, créant ainsi, tout au long du roman, un enchevêtrement de ses multiples modes : il n’y a de vrai que le paraître.

On voit donc comment se manifeste le travesti dans le paratexte, d’abord au niveau de la typographie comme de l’auctorialité, puis dans la diégèse au niveau du costume. Il est tout aussi présent dans l’étoffe même de la société, ainsi qu’on peut le constater au Troisième Livre, dans le récit que fait Francion des démêlés de son père avec la justice. En apparence incorruptible, le juge accepte de manière détournée les présents de ceux qui le sollicitent. Il est significatif que l’agent médiateur de cette corruption judiciaire soit une pièce de satin noir, couleur de la robe des juges « couleur funeste, et mal plaisante, qui n’appartient qu’à des gens qu’il9 n’aimoit guere, comme bien contraires à son humeur martiale. » (Francion 117). Comment ne pas effectuer un rapprochement avec ce que dit Pascal des magistrats (supra) ?
Suivant de près ce récit, vient l’épisode du singe. Dans Le Procès du roman, Martine Debaisieux le décrit ainsi : « la présence du ‘singe’ — nous avons vu que ‘l’autre’ est toujours singe — correspond à la peur de perdre sa différence, d’être assimilé […] » (102). La différence dont elle parle est diurne, puisqu’elle elle met en contraste l’humain avec l’animal, mais en même temps le singe est aussi plus qu’un animal, du point de vue imagologique, puis-qu’en fait il rassemble, dans une perspective disséminatoire, ces deux opposés.

Travestissement d’homme, le singe est aussi un animal travesti, puisqu’il est vêtu, ce qui n’est pas la norme pour les animaux. Si Sorel nous décrit le costume du singe (une casaque verte), il ne donne aucun aperçu de la couleur des vêtements que le singe enfile de force au jeune Francion ; il nous montre plutôt le singe — travesti — effectuant lui-même une opération de travestissement en enfilant au gamin sa cotte aux jambes et ses chausses aux bras. On peut se reporter aux réflexions de Debaisieux sur les rapports entre songe et singe — et signe (102 ss) — pour voir comment elle relie ces épisodes. Contentons-nous de noter ici que l’un comme l’autre illustre le monde à l’envers, qui est celui du roman.
Un an avant l’ouvrage de Martine Debaisieux, en 1988, Wim De Vos avait fait paraître une importante étude sur le singe dans ,Francion, établissant à travers ce thème un rapport rhétorique entre le roman de Sorel et l’œuvre de Rabelais. Il note que

A cause de la casaque verte qui enveloppe le corps du singe, Francion qualifiera ce dernier de petit garçon : le héros est dupe des apparences vestimentaires trompeuses. Puisque les habits représentent la rhétorique, il devrait également être induit en erreur par les paroles mystifiantes proférées autour de lui (58).

De Vos se rapporte à l’expression « laid comme un diable » (Francion 165), mais le rapport entre singe (c’est-à-dire imitation, travestissement) et langage se vérifie de manière encore plus péremptoire. L’incident du singe, qui illustre le travestissement dans la petite enfance de Francion n’est qu’un prélude à son éducation au collège, marquée dans son ensemble par le faux et l’apparence, à commencer par le mode d’expression. Le français, langue naturelle du héros, doit s’effacer devant la contrainte artificielle du latin. Chaque fois qu’il parle français, il reçoit le signe, une plaque de métal ronde signifiant l’infraction linguistique. En résultat, le discours du garçon devient un sabir : ni vraiment français, ni vraiment latin, une singerie de langage :

A la fin donc pour contenter l’envie qu’elle10 avoit de caqueter, force me fust de luy faire prononcer tous les beaux mots de Latin que j’avoir apris, auxquels j’en adjoustois d’autres de François escorché, pour parfaire mes discours (Francion 171).

Imposé par le collège, cet état de travestissement linguistique est appliqué sans pitié par le maître de chambre — le pion — Hortensius, qui nous est ainsi présenté:

Mon maistre de chambre estoit un jeune homme glorieux et impertinent au possible, il se faisait appeller Hortensius par excellence, comme s’il fut descendu de l’ancien Orateur qui vivoit a Rome du temps de Ciceron, ou comme si son eloquence eust esté pareille a la sienne. Son nom estoit, je pense, Le heurteur, mais il l’avoit voulu desguiser, afin qu’il eust quelque chose de Romain, et que l’on creust que la langue Latine luy estoit comme maternelle. Ainsi plusieurs Autheurs de nostre siècle ont sottement habillé leurs noms a la Romaine, afin que leurs livres ayent plus d’esclat, et que les ignorants les croyent composez par des plus anciens personages (Francion 171).

Que Hortensius soit une figure de carnaval ne fait pas le moindre doute. Le jeu onomastique auquel se livre Sorel sur ce personnage mérite réflexion. Si Dominique Froidefond y voit, non sans justification, un « heurteur », un écorcheur de grec et de latin (195), on pourrait, avec peut-être encore plus de raison, considérer le nom d’Hortensius comme un déguisement de carnaval, masquant une réalité à la fois grotesque et inquiétante :

[S]i Hortensius est le surnom dont s’est affublé lui-même le pédant […] pour faire accroire, selon Francion, qu’il avait pour langue maternelle le latin, en fait Le Heurteur n’est qu’une francisation de hortator, l’homme chargé, sur les galères romaines, de rythmer la nage en battant du tambour, c’est-à-dire de faire travailler la chiourme. La sordide avarice d’Hortensius et sa propension à maltraiter ses pensionnaires lui méritent bien cette appellation […] (« Francion : une étude carnavalesque » 92–93)

On connaît les abondantes confirmations de la nature essentiellement fausse d’Hortensius, et spécialement au Dixième Livre et au Onzième, avec la farce du roi de Pologne. Mais revenons au Sixième Livre, lequel illustre éloquemment le travesti dans sa complexité et ses intentions farcesques. Désillusionné de la Cour, Clérante s’exile à la campagne, où il assume le costume et le rôle de hobereau local, fraternisant avec les paysans et les paysannes du village. Pour le guérir des velléités de sérieux qu’il manifeste (il fait raconter aux vieux leurs souvenirs de jeunesse, compilant ainsi une sorte d’histoire orale), Francion l’entraîne dans une aventure basée sur la transformation :

Nous sortons un matin avec nos vestemens accoustumez, faisant accroire que nous allions a douze lieuës loing, et ne menons que mon homme de chambre, que j’avois rendu un fin matois. Estans a deux lieuës de la maison, nous entrasmes dans un bois fort solitaire, où nous vestumes des haillons. Clerante fit bander son visage a moitié, et noircir sa barbe qui estoit blonde, de peur d’estre recognu par quelqu’un; quant a moy, je mis seulement une emplastre sur l’un de mes yeux, et j’enfonçay ma teste dans un vieux chappeau, dont j’abaissais et haussois le bord a ma volonté, comme la visiere d’un armet, parce qu’il estoit fendu au milieu (Francion 270–271).

Dans cet accoutrement qui fait penser aux mendiants de Callot, Francion et Clérante se louent au rabais à la fois pour préparer un repas de noce paysanne et y jouer de la musique. Francion mêle au potage une composition laxative, qui ne tarde pas à faire son effet sur les paysans invités au repas, transformant leur danse post-prandiale en une diarrhée collective qui, selon l’expression de Sorel, leur fait « danser d’autres courantes 11 » que celles que rythmait Francion sur son rebec.

S’il n’y a pas de doute que Francion est un roman du travesti, en est-il pour autant un « travesti de roman », comme l’annonce mon titre ? Si son intention évidente est d’illustrer un monde renversé, onirique, libertin au moyen d’images contrastées, antagonistes, disséminatoires, il faut aussi regarder L’« Advis aux Lecteurs touchant l’Autheur de ce Livre 12» (Romanciers du XVIIe siècle 1267–1270) pour se rendre compte que Sorel non seulement met à plat les romans héroïques et sentimentaux dont est engouée son époque, mais — ce qui peut-être est plus important du point de vue de l’acte scriptural — il met en fiction la fiction même que constitue son texte, en lui inventant un auteur fictif, le sieur Du Parc. Autrement dit, il se travestit lui-même sous l’apparence d’un être sans réalité aucune.

L’examen exclusif, détaillé, des modes et modalités du travesti dans chacun des livres composant l’ouvrage fournirait matière à un traité au moins aussi substantiel que ceux de Debaisieux et de De Vos. Si le temps et l’espace n’ont permis ici qu’un tour d’horizon plutôt sommaire, les lecteurs du Francion, qui sont légion, ne manqueront pas d’attester qu’un texte aux perspectives de lecture d’une telle richesse et variété offre, dans sa volonté même de travestir, dissimuler, fourvoyer texte, lecteur et auteur, un manteau d’Arlequin qui, paradoxalement, se révèle tout à fait seyant.

The University of Georgia

NOTES

1Pascal : 1623–1662. L’« Advis aux Lecteurs » de 1633 dit que le Francion fut imprimé d’abord en 1622, mais la critique s’accorde sur 1623 comme la date de la première édition.

2Les Structures anthropologiques de l’imaginaire (q.v.)

3On peut aussi rapporter au régime diurne les effets de clair-obscur d’un Georges de la Tour (Structures 250).

4Rappelons ici le rêve de Francion, au début du Troisième Livre, qui rassemble plusieurs de ces images. Il est évident que tout le rêve est informé par le pôle nocturne.

5C’est également vrai en musique, mais pas forcément dans les arts plastiques (peinture et sculpture).

6Un article à paraître dans les actes du colloque Charles Sorel dans tous ses états , tenu à Québec en 2002, « Sorel et l’écriture, ou l’évolution d’une mentalité », examine l’évolution de la prati-que scripturale et des valeurs sémantiques et déontologiques y res-sortissant que démontre Sorel au long de sa carrière d’écrivain.

7Pour une étude de cette scène sur le mode carnavalesque, voir « Francion : une étude carnavalesque », p. 87.

8Voir « Francion : une étude carnavalesque », pp. 88-89 pour le parallélisme entre cet épisode et celui du Quatrième Livre, où Francion est « victime » ( ?) d’une comparable méprise sexuelle.

9Le père de Francion.

10Sa langue.

11« Courante » désigne à la fois une danse et la diarrhée.

12Édition de 1633.

Ouvrages cités ou consultés

Assaf, Francis. « Francion : Une étude carnavalesque » Littératures classiques No. 41 (Hiver 2001): 85–95.

———. « Le réalisme en question dans deux histoires comiques »: In Le réalisme en question(s) au XVIIe siècle. Dijon: Presses de l’Université de Bourgogne, 2002. 57–67.

———. « Sorel et l’écriture, ou l’évolution d’une mentalité. » A paraître, actes du colloque Sorel, Québec 2002. (Presses de l’université Laval).

De Vos, Wim. Le singe au miroir. Paris/Tübingen, Œuvres et critiques, 1988.

Debaisieux, Martine. Le procès du roman. Stanford, Anma Libri, 1989.

Durand, Gilbert. Les Structures anthropologiques de l’imaginaire. Paris : Bordas, 1969.

Froidefond, Dominique. « Étude de trois personnages carnavalesques dans le Francion de Sorel : Valentin, Collinet et Hortensius. » Symposium, Vol. XLVIII (3), 1994.

Genette, Gérard. Palimpsestes : la littérature au second degré. Paris : Seuil (« Poétique »), 1982.

Pascal, Blaise. Pensées. Présentation et notes par Gérard Ferrey-rolles. Texte établi par Philippe Sellier. Paris : Le Livre de po-che classique, 2000.

Serroy, Jean. Roman et réalité : les histoires comiques au XVIIe siècle. Paris, Minard, 1981.

Sorel, Charles. Histoire comique de Francion. In Romanciers du XVIIe siècle : SOREL — SCARRON — FURETIÈRE — MME DE LA FAYETTE. Textes présentés et annotés par Antoine Adam. Paris : Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1958.

Wunenburger, Jean-Jacques. « L’Imaginaire baroque : approche morphologique à partir du structuralisme figuratif de G. Durand. » Cahiers de littérature du XVIIe siècle, nº 8 (1986) : 85–105.

Site Sections (SE17): 

Beasley: Gender and the Marketing of Seventeenth-Century France

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 137–145.
Author: 
Faith Beasley
Article Text: 
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[137]

For those of us involved in French studies, one of the most useful teaching tools to have appeared in recent years is Pierre Nora’s Les Lieux de Mémoire. Filled with meticulously researched articles on an first glance every component deemed an integral part of French national identity, Les Lieux de Mémoire allows American students to comprehend how France constructs its sense of self, especially with respect to its historical patrimoine. I often turn to this monumental scholarly initiative in which the seventeenth-century occupies an impressive amount of space, attesting to what is arguably the unique place this one century plays in France’s conception of its cultural identity. Articles on Versailles, conversation, gallantry, and the French Academy all illustrate that the memory of this particular historical moment in ingrained in the French national psyche. In some sense, the strong presence of seventeenth-century France endows our courses with legitimacy. It allows us to state to our American students that one doesn’t really know France or the French mentalité if one is ignorant of this essential building block of national identity.

But Les Lieux is not useful in some of the courses I offer, specifically those in which I foreground women’s contributions to the period through the salons and their literary endeavors, contributions, I argue, that during the period were considered to be uniquely French traits that distinguished France from its European counterparts. Interestingly, one finds no article, for example, devoted to a key institution of the period, the salon. The literature from the period that merits inclusion is all the familiar canonical classics, usually isolated from the complex cultural context that produced them. This disconnect between the France presented in Les Lieux and that conveyed to students in many of my courses underscores a fundamental difference in the way we teach this period in the United States and the way it is transmitted in France. In this essay, I would like to offer an explanation of this difference,[138] focusing on how it came about and how indeed it is a necessary part of the survival of our courses in the American university.

In his article on “Les Classiques scolaires” for Les Lieux de mémoire, Daniel Milo analyzes how the French classics, many of which of course emanate from our period, came to be constituted. Echoing many of his compatriots of recent years, Milo laments the transmission of French literary history in the United States. He states “The key word is responsibility: the French educational system is neither the guarantor nor the manager of English cultural patrimony; it thus can be mistaken, or even ridiculous (the French programs in the United States are a perfect example of this irresponsibility.”1 (II, 2113). Because we have often branched out to include other voices from Le Grand Siecle, we have supposedly betrayed the French cultural patrimony and neglected our responsibilities.

But what exactly are our responsibilities to this French cultural patrimony? Do we perhaps have other responsibilities that are equally important as we strive to impart an understanding of this period to our American students? First, it must be recognized that our approach to teaching and researching the seventeenth century, feminist or other, derives in part from the relationship between our research and our teaching, a relationship that is in large measure due to a university context that is specific to the United States. Our research is integrated into our courses, and the survival of our courses, and of our reputations as active and innovative professors, depend in part upon our ability to respond to the desires and to the needs of our students. We must market our courses on seventeenth-century France. The vast majority of our students know nothing. Corneille, Racine, Molière are simply vague names, or are completely unknown. Students are often afraid of taking a course in “old French,” that is a French that supposedly would never prove useful in a business setting, for example, in twenty-first-century France. Students take French to learn the language as much as the literature and culture. Our French colleagues would never have to deal with the following phrase, for example: “Corneille est le plus grand écrivain qui n’a jamais vécu au dix-septième siècle.” Inter-[139]disciplinary approaches, including gender studies, help us to create interest among our students. Such approaches make this period accessible and even interesting and relevant.

The professional context in the United States also differs from its analogue in France in the sense that work on seventeenth-century French literature is not considered in the same way in the United States. Not only do we have to convince our students of the relevance of this study, we must also convince our colleagues. In order to be tenured one must publish books and articles, preferably in English, and no American press will accept a monograph on Pascal or even Molière. As is the case for our teaching, we must market our research, and one of the best ways of doing so is to create ties with other disciplines and other subjects that could interest a greater number of specialists. Interdisciplinary and feminist approaches developed in part as a response to these pedagogical and professional exigencies.

I would argue that one of the biggest differences between the way we teach the classical period in the United States and the way our colleagues do in France is our interest in questions of gender over the past twenty years and our incorporation of these questions into our research and teaching. The change has been rather phenomenal, and has not been echoed in France until very recently, and then only in the realm of research and not in the classroom. Today the incorporation of questions of gender in approaches to history and to literature no longer meet the same resistance as they did twenty years ago. The questions we ask have become more complex. Certain would attribute this to a climate of “political correctness” but this would be too simplistic. The relatively long and developed history of feminist studies in the US across disciplines and its influence have fundamentally changed our approaches to questions and well as the very questions we ask particularly in the disciplines of history and literature. Instead of just resurrecting women’s voices and their influence, work now focuses on analyzing the complex interplay of gender and the entire cultural context.

[140]Today many American researchers are attracted to seventeenth-century France precisely because of the role women played in the cultural arena. Questions of gender are particularly interesting for this period and there are many areas left to explore. We now have a critical mass of scholars who work on these questions. And interdisciplinary work, especially between historians and literary specialists, has become commonplace. A good example of such ventures is Dena Goodman’s and Elizabeth Goldsmith’s Going Public: Women and Publishing in Early Modern France(1995). And such perspectives have been integrated into works designed to present France as a whole. Denis Hollier’s A New History of French Literature(1989), for example, provides a fascinating counterpoint to Nora’s Les Lieux de mémoire, especially when one turns to its depiction of classical France.

I am not saying that such work is never done in France, but until very recently, the vast majority of the work dedicated to women’s and gender studies in the seventeenth century, with the exception of biographies, have come from outside the hexagon, notably England and the United States. In the United States there are now many series that publish women’s texts, which makes them accessible to researchers but also to students, as well as collections that teach how to teach such texts. Notable examples include Chicago’s Other voices series, which has published Villedieu’s Henriette-Sylvie de Molière, Marie de Gournay, Montpensier’s and Motteville’s correspondence on marriage, Jacqueline Pascal, Poullain de la Barre, Scudery’s Histoire de Sapho, the dialogues and addresses of Maintenon and soon Lafayette’s Zaide, from the French seventeenth century alone. The MLA’s Options and Approaches series encourage scholars across disciplines to incorporate women writers into their teaching. With the translation of many of these texts, seventeenth-century France becomes an object of research outside French departments, increasing our own opportunities to teach, as well as enrollments in our own classes, and we all know how important enrollments are these days.

The effects of these moves are multiple. The classical period we teach in the United States often includes these other voices. It [141]is usually combined with interdisciplinary work drawn from history and cultural studies. And the way we teach and interpret the texts themselves that make up the classical canon differs from that of our French colleagues in France. Even when both sides of the Atlantic concur that a certain text merits a place in the classroom, our ways of examining that text diverge in significant ways. A particularly striking example can be found in our ways of approaching La Princesse de Clèves. In the Approaches to Teaching volume that I edited with Kate Jensen, contributors discussed the quarrel, the economy in the text, masculinity, the relationship between mothers and daughters, and geography, to cite only a few examples. Most authors considered the princess to be a strong women who is capable of forging a new life for herself and who offers an alternative model for women to her contemporaries. According to this positive interpretation of the princess, she does not flee from love and society, but rather rejects what she views as the inevitable unhappiness associated with marrying a duke who would be incapable of fidelity. She doesn’t die immediately and she doesn’t join a convent. She isn’t weak, nor does she feel guilty. In contrast, it is interesting to remark that in France, one of the passages that is most frequently chosen for anthologies is the end of the novel. Her final conversation with Nemours is offered as an example of the triumph of duty over love. The princess is a model of marital fidelity: she remains faithful to the memory of her husband because she feels guilty of his death. These two divergent interpretations of Lafayette’s classic heroine illustrate the extent to which American and French perspectives diverge. When female influence is restored to the seventeenth-century literary scene, new, provocative interpretations are possible. For example, it becomes possible to argue that Lafayette uses the novel as a social tool in order to advance an alternative notion of vraisemblance. As scholars have delved into the works of Lafayette’s friends and contemporaries, such as Villedieu and Scudéry, many have argued that women writers often actively chose the novel and used it to engage in the debates of the day, from what was history, to questions of marriage and women’s education. This use of the genre would make little sense in the framework traditionally presented in France and to French students, whose sense of women, the salons, [142] and female authorship during Le Grand Siècle are often derived largely from Moliere’s satires and from anthologies with little female presence.

The study of women writers and our interdisciplinary approach to the period have changed the way we see the seventeenth century as a whole. In recent studies in the United States, women’s texts are important, but it is above all their influence on and their dialogue with their cultural and literary context that interest us. Women are often considered as an integral part of the cultural and literary life of le grand siecle, as in my own work in which I focus on the salons and their influence on the seventeenth century as a whole. Instead of considering women’s contributions and texts as separate entities, to be included because one “should include a woman,” we are focusing more and more on the dialogue between texts, male and female authored, and on the dialogue between texts and their contexts. Nancy K Miller articulates this approach when she remarks that it is no longer sufficient to resurrect women writers in order to construct a parallel narrative to the dominant history. Such a history is obviously easier to accept because it leaves traditional history and traditional readings of literary texts intact.
2 The cultural and literary history that many American scholars are producing does not leave this history intact. Concepts such as classicism must be studied with the idea of gender in mind, and women’s and men’s texts must be read as they were produced, that is, together. In my own work, I have been tracing how the salons were inscribed into history and into literary history, questions that led me to question how collective memory came to be constituted over the years. I’m currently editing an Options for Teaching Seventeenth and Eighteenth-century French women writers for the MLA, which is not an anthology but rather reflects current research and pedagogical practices in the US, and the philosophy that is developing regarding how to integrate women and their works into traditional scholarly work. Such work, I believe, reflects the evolution of women and gender studies in the United States, the move to an approach that goes beyond chronological and disciplinary boundaries in order to place women writers and [143] women’s participation in general in dialogue with the “mainstream” of their historical and cultural context.
For many of us in the United States, seventeenth-century French women are no longer shadows. We’re most interested in the shadow that they themselves produce on le grand siecle, and on French culture in general. Such developments have been possible in large measure because we’re not in France. We do not have the cultural baggage of our French colleagues. But we also run the risk of not being taken seriously or of being misunderstood or even rejected altogether because what we are offering is often a new concept of a canonical period that is fundamental to any conception of French cultural identity. When one adds women and their influence to the portrait of the seventeenth century, one advances a different vision of France’s cultural heritage, of its patrimoine, of its very identity. In a recent article, Michelle Perrot discusses, in the context of historical studies, both the influence of adding women to the picture, and the fundamental changes this necessitates. She explains that in France “the specter of ‘political correctness’ haunts us, often spiced up by fantastical accounts of some American episode or other. American feminism, frequently in a caricatured form, is too often used as a foil with which to parry the critical reflection taking place within feminist studies. The stakes are all the higher since history…continues to be a prestigious discipline which is linked to the national culture and to politics and which, therefore, is masculine, especially when it comes to contemporary history.”3 I believe that the seventeenth century has been constructed as “masculine” in France, which makes it harder to take feminist approaches to the period seriously. Perrot’s remarks are equally valid for the literary realm, especially given the fact that literature and history are now so integrated, especially in the United States. Perrot explains that to write women’s history requires that one consider the survival and the evolution of societies in new ways. To write the history of women complicates all questions, but also creates new forms of knowledge.

Obviously feminist and interdisciplinary studies lead to a reevaluation of classical France, and consequently to a vision of the [144] period that is often foreign, or worse, irrelevant and threatening to a French public and even to our colleagues. It is interesting, and perhaps frightening to some, that if my students were asked to name the great seventeenth-century French writers, they would put Scudéry (Madeleine of course), Lafayette and Villedieu on the list along with Corneille, Racine, and Molière. In the seventeenth century that I teach, Corneille thought about the literary tastes of the salon de Rambouillet when he wrote Le Cid, and Molière knew Villedieu. Women’s and men’s texts offer new perspectives when they are read in dialogue with each other. Is this irresponsible teaching, to return to Milo? Is this teaching the “wrong” seventeenth century? We’ve all witnessed or read about the resistance that such different visions have encountered in France. But it seems to me that the real fear is not that American professors teach the wrong texts, but that they teach the wrong France, or to be less dramatic, that they create an image of France that differs from that of the French themselves.

It is true that the seventeenth century that is taught in American universities is perhaps not precisely the same as the reigning vision of classical France in the hexagon. It can be argued that this has allowed the very survival of our classes in the United States. Should this alternative view be rejected or combated? Of all the periods of French literary history, the seventeenth century has always been the most “masculine,” which makes feminist and interdisciplinary approaches, --or indeed any approach that changes the conception of this canonical century-- difficult to accept. Little by little, more French researchers are being drawn to women writers, scholars such as Myriam Maitre, Nathalie Grande, and Delphine Denis. Their work has not yet translated into classroom practice, but who knows? Perhaps in another 20 years our two seventeenth centuries will not be so different….

Dartmouth College

NOTES

1Daniel Milo, “Les Classiques scolaires,” in Les Lieux de mémoire, ed. Pierre Nora, 1984 (Paris: Gallimard, 1997) II, 2113.
[145]
2Nancy K. Miller, “Men’s Reading, Women’s Writing: Gender and the Rise of the Novel.” Yale French Studies 75. 1998; Displacements: Women, Tradition, Literatures in French, eds. Joan DeJean and Nancy K. Miller (Johns Hopkins University Press, 1991).
3Michelle Perrot, “Women and the Silences of History,” in Historians and Social Values, eds. Joep Leerssen et Ann Rigney (Amsterdam: Amsterdam University Press, 2000) 166.

Site Sections (SE17): 

Spriet: Enseigner quel XVIIe siècle ?

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 121–136
Author: 
Stella Spriet
Article Text: 
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Le dix-septième siècle est difficile à appréhender dans la mesure où l’amoncellement des strates interprétatives a progressivement (dé)formé notre façon d’envisager cette époque. Ainsi, parmi l’ensemble des présupposés que nous projetons à la lecture des œuvres du Grand siècle, l’opposition entre le baroque et le classicisme est devenue presque apodictique. La majorité des ouvrages consacrés à l’étude de ce siècle adopte, en effet, une structure bipartite : les créations de la première moitié du siècle sont tout d’abord passées plus ou moins rapidement en revue et, par la suite, les chefs-d’œuvre dits « classiques » sont valorisés. L’accent est donc mis sur ce qui est constitutif d’une particularité française, alors que ce que nous appelons le « baroque » est peu développé et a même été longtemps considéré comme un repoussoir ; l’un des rares mérites des œuvres regroupées sous ce nom générique aura été d’avoir impulsé la création de règles dans les années ultérieures. Cependant, l’étanchéité d’une frontière éventuelle entre ces deux courants a toujours fait l’objet de virulentes attaques et plusieurs études remettent fortement en question cette catégorisation.

Il semble certes aisé de définir a posteriori le classicisme puisque les règles sont progressivement définies dans les arts poétiques et les préfaces qui fleurissent dès les années 1630, mais il n’en va toutefois pas de même pour le baroque, notion apparemment bien plus difficile à théoriser. A rebours du chemin habituel, nous proposons de montrer que le double axe d’étude du courant baroque et des minores vient mettre en évidence un grand nombre de failles dans notre conception de l’esthétique « classique ». Nous soulignerons ainsi la nécessité d’un renouvellement terminologique et proposerons de remettre en question les fondements épistémologiques de la doctrine, afin d’envisager un enseignement qui ne résulterait plus d’une sélection abusive de textes. Ces constatations rejoignent ainsi les conclusions de Jacques Scherer qui précise, dans l’introduction de son Théâtre du XVIIe siècle : « A l’image sommaire d’un classicisme souvent affadi par la tradition universitaire, le présent recueil voudrait subtiliser le tableau d’une production extrêmement diverse, riche de passions et d’intentions défendues avec ardeur, et obtenant des réussites littéraires dramatiques remarquables. » (1975 : IX)

Après avoir très brièvement rappelé quelques-uns des postulats permettant de définir le baroque, nous analyserons certains procédés communs aux deux courants. Nous mettrons ensuite en parallèle l’esthétique classique et la réflexion sur la forme des œuvres théâtrales qui se développe à cette époque. Nous terminerons enfin par l’examen de quelques tentatives de redéfinition.

Comment définir le « baroque » ?

Parallèlement à la notion de « classicisme » qui se développe au XIXe siècle, celle de baroque est théorisée par Jean Rousset notamment1, dans un ouvrage qui marquera un véritable tournant dans les études consacrées au XVIIe siècle : La littérature de l’âge baroque en France, (1954). L’auteur dégage quatre constantes en examinant un vaste corpus de pièces irrégulières : l’instabilité, la mobilité, les métamorphoses ainsi que la prépondérance du décor. Les décennies durant lesquelles ce courant se développe peuvent ainsi être associées, selon lui, à deux emblèmes : Circé symbole des métamorphoses, et le paon, représentant l’ostentation. Cependant, son ouvrage suivant, L’intérieur et l’extérieur (1968), sera marqué par un début de remise en question.

Faut-il quitter ce qu’on a aimé, peut-être indiscrètement ? Ce serait se quitter soi-même. … Mais comment ne pas se voiler la face devant les débordements suscités ces dernières années dans la presse et dans les revues, et même dans les livres par un mot devenu magique qui semble avoir rompu toutes les digues sémantiques : ce qui reçoit trop de sens prend le risque de n’en avoir plus aucun. (1968 : 239)

Le bilan est donc mitigé dans la mesure où le terme n’a pas été suffisamment conceptualisé. L’auteur reconnaît de surcroît les dangers de son entreprise : « Au risque de s’y perdre : le passage d’une façade à un texte, d’un tableau à un poème, ne va pas de soi. » (1968 : 240). Le titre de son dernier livre sur le sujet sera alors évocateur : Dernier regard sur le baroque (1998), Jean Rousset prononçant ici un véritable mea culpa. L’écueil des tentatives de définitions du baroque qu’il évoque sera relayé, quelques années plus tard, par Didier Souiller : « cette notion agace : pour les uns, il s’agit d’une vieille querelle, d’un sujet d’enthousiasme universitaire qui connut son apogée il y a trente ans ; pour les autres, le baroque n’existe pas, c’est une catégorie inventée par les historiens d’art, qui en font varier l’amplitude dans le temps et dans l’espace, selon les caprices de critères subjectifs » (1986 : 67)

Les travaux de cet auteur sont cependant majeurs grâce aux reconsidérations qu’ils ont engendrées : ils auront notamment permis de découvrir un autre visage du XVIIe siècle et d’exhumer un très grand nombre de textes. A partir des conclusions qui sont élaborées, il devient dès lors nécessaire de reconsidérer notre conception du classicisme.

Le XVIIe siècle : baroque ou classique ?

Alors que les auteurs critiques avaient pris l’habitude de s’intéresser uniquement aux pièces dites « classiques », on constate actuellement une tendance inverse qui consiste à envisager le XVIIe siècle comme étant essentiellement baroque avec, ça et là, des presqu’îles de classicisme. Le metteur en scène Eugène Green par exemple, dans la Parole baroque, adopte cette position :

Aux alentours de 1580, l’homme baroque coïncide pleinement avec l’homme européen, tandis que la crise se dénoue, au profit de la modernité, vers 1680 2, avec quelques résonances au-delà. C’est donc le siècle entre ces deux dates que j’appelle l’élément baroque. Cette période représente en Europe un moment de grandes tensions – entre protestantisme et catholicisme, entre valeurs bourgeoises et aristocratiques, entre matérialisme et spiritualité : c’est précisément lorsque ces tensions cessent au profit d’une « unité » retrouvée que le paradoxe baroque se dissout lui aussi. » (2001 : 28–29)

De même, Guy Spielmann opère, dans Le jeu de l’Ordre et du Chaos (2002) un décentrement de la notion de classicisme à partir de l’étude des comédies « Fin de règne3 ». L’auteur affirme que les éléments que nous appelons « baroques » sont présents dans le corpus qu’il exploite, et il en conclut que ce courant perdure et traverse le siècle malgré le développement d’œuvres dites « classiques ».

Bien entendu les points de désaccord sur ce sujet sont nombreux et Victor-Lucien Tapié souligne justement, a contrario des opinions précédentes :

On tombe, à présent, dans une erreur opposée, on en vient … par complaisance au goût du jour, par légèreté aussi, à réduire abusivement et à méconnaître l’importance et l’autonomie du classicisme français. Placer sous l’étiquette baroque tout le XVIIe siècle européen, à plus forte raison le classicisme français, pour un secteur classicisant d’un baroque général, c’est une vue prompte et qui n’apporte aucun enrichissement à l’analyse, ni à l’interprétation du classicisme français, ce fait majeur. (1980 : 75)

Ces analyses, en empêchant ainsi toute tentative de généralisation, complexifient donc les débats, et Victor-Lucien Tapié reconnaît en effet lui-même : « N’empêche que ce classicisme révèle, à une analyse plus attentive, beaucoup de caractères baroques, mais qui n’autorisent pourtant pas à faire de lui un épisode dans un mouvement plus général. » (1980 : 75)

Baroque et classicisme : la zone interlope.

La nécessité de définir le baroque a permis de mettre au jour certains critères qui seraient propres à ce courant mais les analyses méritent toutefois d’être nuancées en ce qui concerne au moins deux des éléments les plus importants : le déguisement et l’insertion d’un pièce secondaire dans l’intrigue.

L’œuvre de Corneille est emblématique de la difficulté d’établir une frontière entre le baroque et le classicisme, puisque celle-ci s’inscrit facilement dans l’une ou l’autre des catégories selon l’aspect envisagé. Jean Rousset évoque alors l’aspect contradictoire du théâtre de cet auteur :

Corneille, à partir d’un double germe baroque, le change et la feinte, développe un théâtre contradictoirement chargé de baroque et d’antibaroque : sur le change, il édifie un héros qui tente de s’établir hors de l’inconstance et de se fixer dans l’inaltérable ; mais cet effort même le conduit à accuser un caractère baroque : l’ostentation, qui est une valeur de décoration. (1968 : 218)4

L’ambivalence de l’œuvre de ce dramaturge est également relevée par Alexandre Cioranescu, qui voit en Corneille « un classique en marge du classicisme. » (1983 : 272) La présence d’éléments généralement associés au baroque dans les pièces de la seconde moitié du siècle pose donc un réel problème d’étiquetage, ce qu’illustre également le Don Juan de Molière. Jean Rousset souligne en effet à ce sujet : « Il existe entre Molière et le baroque, une zone de contact : c’est le déguisement et le masque. » (1968 : 14) Et en effet, déguisement et baroque sont généralement associés comme en témoigne, par exemple, le titre même de l’ouvrage de John D. Lyons : A theater of disguise. Studies in french baroque drama (1630 - 1660) (1978). Ce rapprochement a alors occasionné la redécouverte ou tout du moins la relecture de nombreuses œuvres, à l’instar de l’Héraclius de Corneille. Ainsi, alors que H.C. Lancaster déclarait au sujet de cette œuvre : « The intrigue is overemphasized at the cost of ideas and the study of characters », John D. Lyons insiste en revanche sur les enjeux du déguisement et sur la conception du politique qui en découle (1978). Le fameux vers « Devine si tu peux ; et choisis, si tu l’oses. » (IV, 4) prend dès lors une importance toute particulière dans l’économie de l’œuvre.

Cependant, même si les analyses de certaines œuvres du début du siècle sont enrichies grâce au développement des critères du baroque, il peut toutefois sembler troublant de constater que ces procédés sont également présents dans les pièces classiques. En ce sens, le déguisement, associé au goût romanesque, ne semble nullement correspondre à l’ « ambiance dominée par le froid des règles » (Cioranescu, 1983 : 272), mais ce procédé est toutefois utilisé par de nombreux auteurs. Georges Forestier précise alors : « … la perspective baroque, à trop focaliser l’attention sur le théâtre du second quart du siècle a rendu problématique toute évaluation des déguisements qui apparaissent dans la période antérieure à 1620 et postérieures à 1660. » (1988 : 15) Certaines pièces de la période classique sont dès lors restées obscures et n’ont pas été exhumées par la critique. Les œuvres de Claude Boyer par exemple, et plus précisément son Oropaste, n’ont pas été réexaminées, alors même qu’elles bénéficiaient d’un grand succès au XVIIe siècle. En effet, constatant l’importance du travestissement au sein de l’œuvre, Alexandre Cioranescu classe Oropaste parmi les tragédies romanesques. Il n’y voit :

qu’ un imposteur qui s’insinue dans l’intimité d’une femme dont l’amour prend, du fait de l’imbroglio qu’il crée, les fausses apparences d’un inceste : l’aventure finit mal, mais elle aurait pu aussi bien se terminer par une reconnaissance finale suivie de mariage, comme cela se produit plus d’une fois dans la comedia. (1983 : 382)

La relecture de Georges Forestier et de Christian Delmas s’opposera toutefois totalement à cette analyse dans la mesure où ils montreront que le déguisement n’est pas ici « le prétexte à des renversements, mais l’enjeu même de la confrontation politique. » (1990) Cette œuvre mériterait donc d’être réintégrée au corpus du XVIIe siècle.

En outre, dans son ouvrage Aspects du théâtre dans le théâtre au XVIIe siècle (1994), Georges Forestier regroupe plusieurs œuvres qui articulent une pièce-cadre et une représentation secondaire en pleine époque « classique », imbrication qui représente pourtant l’un des poncifs du courant baroque5 :

Il est de fait que le théâtre dans le théâtre a été plus richement exploité par les dramaturges de l’époque de Louis XIII. Et il est indéniable qu’il s’agit d’une structure dramatique incompatible avec les principes « classiques » soutenus par les Chapelain et les d’Aubignac puisqu’elle est par nature étrangère à l’idéal de concentration et de vraisemblance qui les sous-tend. » (Forestier, 1994 : XII, nous soulignons)

L’auteur critique constate que les auteurs dramatiques recourent encore largement à ce procédé après la Fronde6, même s’il n’apparaît cependant plus que dans la comédie et que les structures thématiques utilisées7 auparavant ne subsistent plus que dans quelques comédies-ballets de Molière.

De surcroît, le théâtre dans le théâtre permet également, dans certains cas, d’articuler des genres différents, comme bien entendu, dans l’Illusion comique de Corneille mais aussi, en plein classicisme, dans Le Malade imaginaire de Molière (1673), pièce dans laquelle une pastorale est imbriquée avec une comédie, ou encore, dans l’Ambigu comique ou les amours de Didon et d’Ænée d’Antoine-Jacob Monfleury (1673), qui intercale une tragédie et des intermèdes comiques. Dans l’avis au Lecteur, l’auteur précise :

Cette tragédie a été représentée dans le même ordre que vous l’allez trouvée imprimée. Elle est en trois actes, et mêlées de trois intermèdes comiques, dont chacun renferme un sujet séparé et fini. Ce mélange n’est pas sans exemple, quoiqu’il ne soit pas ordinaire sur notre théâtre ; … (1673)

Le but de cette pièce, qui renouvelle les formes, était de trouver « un moyen d’aspirer au bonheur de plaire à ceux qui n’aiment pas le sérieux, sans renoncer à celui de divertir ceux qui n’aiment pas le comique ». Le succès de cette entreprise est souligné puisque l’auteur dit espérer que la lecture de son œuvre ne lui fera pas perdre « l’estime que près de trente représentations consécutives lui ont acquise. » (1673) Contrairement à toute attente, un métissage des genres est donc repérable en plein classicisme.

Le classicisme : un processus de sélection.

Généralement, le « classicisme » est associé à une idée d’unité, s’opposant ainsi au baroque dont les œuvres sont, au contraire, composées d’éléments hétéroclites. Mais à y regarder plus attentivement, les choses sont, naturellement, bien plus compliquées qu’il n’y paraît.

Ainsi, lors de la fête de Vaux organisée par Fouquet, Molière présente Les Facheux, première pièce d’un nouveau genre : la comédie-ballet, qu’il définit, dans son Avertissement, comme : « […] un mélange qui est nouveau pour nos théâtres […] » (1971 : 484). L’idée première de l’auteur est de constituer un spectacle complet, regroupant les différents arts que sont le théâtre, la danse et la musique, même si la jonction entre le théâtre et le ballet est encore mal définie. Molière indique effectivement que : « pour ne point rompre aussi le fil de la pièce par ces manières d’intermèdes, on s’avisa de les coudre au sujet du mieux que l’on put […] » (1971 : 484). Cette pièce présentera donc un caractère hybride, effectuant une fusion entre le dit et de multiples formes qui valorisent le corps. L’évolution privilégiera alors les œuvres composites, telles la Comtesse d’Escarbagnas8 ou Les Amants magnifiques dans lesquelles l’enchâssement constitue une pure distraction puisque le spectacle, constitué de danses, de musique et de chants, est purement ornemental. Dans la plupart des cas, ceux-ci ne sont nullement rattachés à l’action, comme la pantomime jouée pendant l’intermède des Amants magnifiques : l’un des personnages déclare d’ailleurs en ce sens :

On enchaîne pour nous ici tant de divertissements les uns aux autres, que toutes nos heures sont retenues, et nous n’avons aucun moment à perdre si nous voulons le goûter tous. Entrons vite dans le bois, et voyons ce qui nous y attend ; ce lieu est le plus beau de monde, prenons vite nos places (II, 5)9.

Ainsi, dans les comédies de ce genre, le caractère artificiel de la liaison est évident, la pièce étant ici formée d’un agglomérat de différents éléments. Peu d’œuvres de ce genre ont cependant été créées dans la mesure où ces spectacles étaient très coûteux et les scènes généralement mal adaptées ; elles mettent toutefois en évidence la véritable réflexion esthétique effectuée par l’auteur, réflexion qui va a contrario de l’idéal que l’on tente alors d’instituer.

Au fil des années cependant, une autonomisation progressive des intermèdes a eu lieu. La plupart des éditions scolaires ne les intègrent pas à l’œuvre et restituent seulement le dialogue. Tel est le cas, par exemple, pour George Dandin, où La Pléiade est l’une des seules collections à ne pas négliger la pastorale conjointe, les Œuvres complètes des éditions du Seuil se contentant de mentionner les « chansons de bergers, bergères, bateliers et satyres » (1962 : 411) qui étaient associées à la pièce lors des représentations de Molière. Dans sa préface pour le Livre de Poche en 1987, Roger Planchon part également du principe selon lequel la pastorale doit être supprimée, afin de rendre plus… pure « la tragédie comique 10» (1987 : 7).

Ainsi, l’impression d’unité que peuvent donner ces pièces est liée au fait que bon nombre d’éléments aient été supprimés. Ceci souligne donc que la réflexion sur le classicisme a engendré non seulement une sélection d’œuvres choisies parmi le vaste corpus11, mais également une déformation des pièces elles-mêmes afin d’en éliminer le plus possible le spectaculaire.

En outre, à la théorie qui définit et impose un carcan de règles très précis, répond un grand élan de création et un travail sur la forme que l’on décèle chez Molière, comme nous venons de le voir, mais également chez Corneille, Gilbert, Boyer12 ou encore Donneau de Visé. En effet, ces auteurs se sont illustrés dans les pièces à machines, genre qui n’est pas véritablement intégré au corpus du XVIIe. Christian Delmas a alors souligné, dans sa préface d’Andromède, l’intérêt qu’il y aurait à examiner ces pièces et il insiste sur la nécessité de renouveler les analyses portant sur ce genre, définit par Corneille comme « un lieu de tension et le Spectacle pur et le Verbe » (1984 : 452, nous soulignons). L’ouvrage de ce critique : Recueil de tragédies à machines sous Louis XIV (1985), rassemble alors des pièces dont l’étude fait ressortir des distorsions avec notre vision du classicisme. Ainsi, dans la pièce de Boyer Les Amours de Jupiter et de Sémélé, Apollon expose aux Muses qu’il est possible de conjuguer, au sein d’une même œuvre, la pastorale, la comédie et la tragédie.

Outre cet aspect, d’autres viennent confirmer la présence d’éléments associés au baroque, ce que confirme Delmas dans son étude sur Sémélé et Psyché :

Dans Sémélé et Psyché, en tant que projection théâtrale des incertitudes de l’être intérieur, une telle représentation met en scène les difficultés de l’analyse mécaniste des passions, qui bute sur un résidu d’irrationnalité, le fameux « je ne sais quoi » si propice au retour du merveilleux d’essence magique. (1985 : 38)

Les magiciens, on le sait, sont généralement l’apanage des pièces baroques.

Ainsi, les pièces à machines, accordant une grande place au spectacle, présentent de nombreuses similarités avec les œuvres des premières décennies du siècle et ont sans doute été extraites du corpus en raison de leur divergence avec l’esthétique classique.

De nouveaux critères ?

Les propositions tentant de définir le baroque ayant abouti à des échecs, certains théoriciens ont alors proposés de nouveaux critères. Ainsi, Jean-Jacques Wunenburger a choisi d’adapter les conclusions de Gilbert Durand sur la mythanalyse et a dès lors étudié les images qui irriguent les productions de la première moitié du siècle. Il en a conclu que ce courant se caractérisait non pas par la cohésion des contraires mais par leur co-action, d’où la fréquence élevée des dichotomies. Son examen a le mérite de ne pas se fonder sur la périodisation.

Didier Souiller pour sa part, a proposé d’investiguer la notion de baroque selon une approche méthodologique différente : il s’est interrogé sur les diverses mutations13 qu’a connu cette époque et a insisté sur « l’angoisse, le désarroi et le sentiment de l’horreur généralisée … » (1986 : 77) qui ont traversé l’Europe au début du XVIIe siècle. Tous ces bouleversements étant perceptibles à travers les thèmes qu’exploitent les œuvres de cette époque, ceci justifie donc, selon lui, le recours à une synthèse comparatiste.

Marc Fumaroli a, quant à lui, privilégié l’aspect formel et a proposé, dans l’Ecole du silence, d’utiliser les termes d’asianisme et d’atticisme pour désigner respectivement le baroque et le classicisme. L’avantage d’étudier les œuvres en fonction de traits stylistiques serait alors d’offrir à la critique des instruments d’analyse dont disposait le XVIIe siècle. Selon lui :

Il est plus facile de se réclamer de l’atticisme, associé traditionnellement à la rigueur morale et intellectuelle où à l’exigence de goût, ou aux deux ensemble, que de l’asianisme, tenu … comme le compagnon obligé de la « corruption de l’éloquence » et donc des mœurs. On ne trouvera donc personne au XVIIe siècle pour se réclamer cyniquement de l’asianisme. En revanche, la polémique littéraire — même si elle ne recourt pas explicitement au mot — adopte volontiers le point de vue vertueux des adversaires de la « corruption de l’éloquence » pour dénoncer les mauvaises mœurs et donc le style enflé des asianistes qui n’osent dire leur nom. (1994 : 343–344)

Les considérations d’ordre moral qui apparaissent ici permettent dès lors d’opérer un rapprochement entre le style et l’histoire des idées et des mentalités. De plus, le but de l’asianime est de surprendre et d’éblouir un interlocuteur, d’où la mise en jeu de « toutes les ressources de l’élocutio rhétorique, ses figures de pensée et de mots, sa batterie d’effets pathétiques, visuels et musicaux » (1994 : 345), contrairement à l’atticisme qui vise essentiellement à persuader. Ce style est caractérisé notamment par « un dépouillement de moyen … un climat de sobriété et de dégrisement. » (1994 : 346)

D’aucuns s’inscrivent toutefois en faux par rapport à l’idée de redéfinir les esthétiques classiques et baroques dans la mesure où ces classifications ne pourront être que réductrices. Ainsi, selon Christian Delmas, il n’y a pas de véritable « école classique » comme l’indique Antoine Adam au sujet de la génération de 1660 et qui plus est, il n’est pas de continuité réelle entre celle-ci et celle de 1630. Il constate alors que « l’œuvre de chacun est par elle-même trop multiforme pour se ranger sous une étiquette réductrice » (1994 : 6)

Il ressort donc, à partir des croisements entre genres, courants et procédés effectués dans cette étude, que les typologies établies sont trop rigides et qu’elles permettent mal de cerner le XVIIe siècle. En effet, la notion de classicisme notamment renvoie uniquement aux œuvres d’un cénacle d’auteurs dont les pièces répondent à des critères reconstitués a priori, et ne rend nullement compte de la richesse du corpus. De plus, le caractère hétérogène des formes hybrides n’est pas pris en considération et les éditeurs, auteurs critiques ou metteurs en scène n’hésitent pas même à déformer les pièces en retranchant par exemple les intermèdes. Ils obtiennent ainsi une œuvre qui correspond bien au canon de l’esthétique, mais qui n’est cependant pas celle de l’auteur. De surcroît, le spectaculaire y est systématiquement retranché et Christian Delmas dénonce alors un « finalisme évolutionnisme supposé. » (1994 : 17) Cette sélection a été opérée pour les « classes », d’où la nécessité de repenser cet enseignement, ce qui engendrera un bouleversement épistémologique. Nous partageons donc les regrets d’Alain Viala, exposés dans Racine. La stratégie du caméléon (1990) : « Les critiques d’aujourd’hui, souvent, ne lisent et n’interprètent que ce qui concerne les auteurs du passé reconnus comme grands. C’est dommage ! »

NOTES

1Dans son étude sur le baroque, Bernard Chédozeau (1989) dresse en préambule un rapide panorama des analyses de cette notion.

2Cette périodisation correspond approximativement à celle établie par Jean Rousset : 1580 – 1670.

3Les pièces « fin de règne » correspondent, selon l’auteur, à la période qui s’étend de 1673 à 1715.

4 Les propos de Victor-Lucien Tapié vont également en ce sens : « Corneille, selon les humeurs, est classique ou baroque, classique par le progrès de la langue, l’intelligence de l’idéal et de la volonté, baroque par beaucoup de ses formes et de ses images, par la difficulté qu’il avoue, à soumettre son inspiration généreuse et son goût du romanesque aux préoccupations de régularité ou de vraisemblance. Il y a en tout cas, chez Corneille, une grandeur pathétique dont on peut dire qu’elle est baroque … » (1980 : 77–8)

5 Ce que souligne tout d’abord Jean Rousset et que reprennent ensuite de nombreux spécialistes dont Bernard Chédozeau (1989)

6 Notamment, Le baron de la Crasse, Poisson, Montfleury, Thomas Corneille, Molière ou encore Boyer.

7Thèmes tels que, comme le mentionne Forestier, le theatrum mundi, l’illusion, le rêve, la folie ou le dédoublement.

8Même si la pastorale enchâssée et qui avait probablement lieu entre la scène 7 et la scène 8, a été perdue.

9Le nombre élevé d’éléments divers évoqués ici est toutefois conforme au souhait du roi, ce que précise Molière dans le livret distribué à l’entrée du Ballet des ballets, (livret qui contient également des partitions musicales et quelques gravures.) Ses propos sont les suivants : « Le roi, qui ne veut que des choses extraordinaires dans tout ce qu’il entreprend, s’est proposé de donner à sa cour un divertissement qui fût composé de tout ce que le théâtre peut fournir ; et pour embrasser cette vaste idée et enchaîner ensemble tant de choses diverses, Sa Majesté a choisi pour sujet deux princes rivaux, qui, […] régalent à l’envie une jeune princesse et sa mère de toutes les galanteries dont ils se peuvent aviser » (1971 : 486).

10Sa conception de la pièce est la suivante : « La tragédie, a-t-on dit, est une « machine infernale » qui, à la fin, irrémédiablement, se charge de broyer le héros. Dandin est un héros aux prises avec une machine sociale infernale qui lui impose d’injustes humiliations successives et, à la fin, sa capitulation » (1987 : 7). Jean-Marie Villégier au contraire, est l’un des seuls metteurs en scène à présenter les intermèdes, comme dans sa création du Malade imaginaire.

11Rappelons pour mémoire qu’on recense environ 1500 pièces au XVIIe siècle et que le répertoire a donc été réduit à la portion congrue.

12Boyer, dont l’une des pièces est d’ailleurs décrite par H.C. Lancaster comme « the most ambitious of the century. »

13Mutations comme les changements d’ordre théologico-politiques ou la remise en question des connaissances suite à de nouvelles découvertes, celles de Copernic par exemple.

Ouvrages Cités

BOYER, Claude. Oropaste, ou le faux Tonaxare. Ed Georges Forestier et Christian Delmas. Genève : Droz, 1990.
CHEDOZEAU, Bernard. Le Baroque, Paris : Nathan, 1989.
CIORANESCU, Alexandre. Le masque et le visage. Genève : Droz, 1983.
CORNEILLE, Pierre. Œuvres complètes. Ed. Georges Couton Paris : Gallimard, 1987.
DELMAS, Christian. Mythologie et mythe dans le théâtre français (1650-1676). Genève : Droz, 1985
———. La tragédie de l’âge classique (1553 – 1770). Paris : Le Seuil. Ecrivains de toujours, 1994.
FORESTIER, Georges. Esthétique de l’identité dans le théâtre français. Genève : Droz, 1988.
———. Aspects du théâtre dans le théâtre au XVIIe siècle. Recueil de pièces. Publications du Centre de Recherche « Idées, thèmes et formes 1580 -1660 », Université de Toulouse-Le Mirail, 1986.
FUMAROLI, Marc. L’Ecole du silence. Paris : Flammarion, 1994.
GREEN, Eugène, La parole baroque. Paris : Desclée de Brouwer, « Texte et voix », 2001.
LANCASTER, Henry C. A Historv of French Dramatic Literature in the 17th Century, 9 vols. Baltimore, 1929–1942.
LYONS, J. A theater of disguise. Columbia : French literature Publications Compagny, 1978.
MOLIERE. Œuvres complètes. Paris : Gallimard, 1971.
MONTFLEURY, Antoine-Jacob. L’Ambigu comique ou les amours de Didon et d’Ænée. Paris : Pierre Prome, 1673.
ROUSSET, Jean. La littérature de l’âge baroque en France. Paris : Corti, 1954.
———. L’intérieur et l’extérieur. Paris : Corti, 1968.
———. Dernier regard sur le baroque. Paris : Corti, 1998.
SOUILLER, Didier. « Baroque et méthodologie comparatiste. » Cahiers de literature du XVIIe siècle, n°8 (1986)
SPIELMAN, Guy. Le jeu de l’ordre et du chaos. Honoré Champion, 2002.
TAPIE, Victor-Lucien. Baroque et classicisme. Paris : Hachette, 1980.
VIALA, Alain. Racine. La stratégie du caméléon. Paris : Ed. Seghers, collection “Biographies”, 1990.
WUNENBURGER, Jean-Jacques. « Disséminations du baroque » in La vie des images, Presses Universitaires de Strasbourg, 1995.

Site Sections (SE17): 

Ducharme: Deux noms pour une muse: Melpomène et Thalia, ou Madeleine de Scudéry: une écriture romanesque, source de théâtre

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 81–105.
Author: 
Isabelle Ducharme
Article Text: 
*/ Deux noms pour une muse, Melpomène et Thalia 1,

ou Madeleine de Scudéry :
une écriture romanesque source de théâtre2

«Des discours, des présents frivoles,
Certes n’ont rien de décevant,
Et des plumes et des paroles,
Autant en emporte le vent.»

Jean-Georges de Donneville 3

... Les lectures faites à haute voix s’envolent,
devenant de sourds bruits qui souvent résonnent
en écho dans le silence d’une autre lecture ...

Au XVIIe siècle, la lecture commune est envisagée comme une activité mondaine et salonnière, dans un pur esprit de sociabilité 4. Les magistrales œuvres romanesques de Madeleine de Scudéry, avec leurs diverses conversations intercalées, ont vraisemblablement été pensées à cette fin. Appréciées par des lecteurs grégaires (et d’autre solitaires), ses ouvrages ont habité l’air du temps et ont fait parler d’eux. Artamène ou le Grand Cyrus (1649–1653) a fait les délices d’un lectorat charmé dont l’abondance a sacré le roman de plus grand succès de librairie du XVIIe siècle. Pour sa part, Clélie. Histoire romaine (1654-1660) a ravi «mélancoliques» et «enjoués»5 à un point tel que le rythme des rééditions en fut précipité. D’ailleurs, la populaire taquinerie/mesquinerie de l’abbé Cotin au sujet de Scudéry confirme l’ampleur de l’engouement (voire de la dévotion)...

Les écrits de Sapho menèrent tant de bruit
Que cette nymphe en devint sourde 6.

2 juin 1701. Avec le dernier souffle de cette nonagénaire (1607–1701), c’est un grand nom de la littérature française qui s’efface simultanément du grand tableau de l’histoire. Pendant les siècles subséquents, Madeleine de Scudéry devient l’une des trop nombreuses minores qui n’intéressent quasi plus personne. Lecteurs, critiques et historiens, tous délaissent une auteure dont l’œuvre a néanmoins, et très certainement, marqué les esprits de son temps. Son importance, son influence dans l’histoire littéraire ainsi que ses écrits ont alors été banalisés, moqués. Depuis quelques trente ans toutefois, certains commentateurs ont entrepris la tâche périlleuse, vu son gigantisme7 , de dépoussiérer l’œuvre impressionnante et quantitativement surprenante de cette oubliée, une œuvre qui renaît donc lentement de ses cendres et à laquelle on s’efforce de restituer la valeur déterminante de son rôle dans la perspective du Grand Siècle littéraire.

Aujourd’hui, nul n’oserait plus contester l’idée attestant le caractère d’exception de Madeleine Scudéry au XVIIe siècle. Sa vie ne calque guère le modèle traditionnel, loin s’en faut. Après s’être désinféodée du joug d’un frère étouffant, cette célibataire fait de son indépendance, à tous points de vue (social, économique, littéraire, affectif), une vertu. Tout en entretenant de vieilles amitiés, elle tisse alors un nouveau réseau de relations, en tenant ses fameux Samedis, des relations dont certaines survivront aux épreuves de toute une vie. En parallèle d’une existence mondaine bien remplie, qui paraît être de tout instant, Scudéry se consacre diligemment aux tâches de l’écrivain. Sa fertile plume donne en cascade des romans-fleuves, des nouvelles, des conversations morales, des entretiens, des poésies et même des lettres. Un décompte qui semble toucher la perfection. Mais un vide subsiste : le théâtre est-il réellement un genre délaissé par Scudéry ?

Les pièces de théâtre du XVIIe siècle sont truffées de figures féminines «panachées». De célèbres comédiennes du siècle, pensons aux Madeleine Béjart et Marie-Thérèse Du Parc, ont ainsi incarné sur scène d’indomptables souveraines, d’aguichantes frivoles, d’éplorées amoureuses. Mais que dire de l’écriture théâtrale féminine au XVIIe siècle ? Peu de femmes s’y sont adonnées. Mentionnons les Mesdames de Saint-Bardon, de Gomez, de Sainctonge et Madame Deshoulières, Mlle de LaRoche-Guilhen, Marthe Cosnard, Françoise Pascale, Marie-Catherine Desjardins et Catherine Bernard. Ces dernières ont rédigé des pièces qui, si elles connurent un jour un quelconque succès, sont aujourd’hui devenues des pièces rares et étrangement «muettes». Quant à Madeleine de Scudéry, bien qu’elle n’ait guère écrit pour le théâtre, elle en inspira, dans une certaine mesure, certains fragments. Son nom flotte comme un murmure en arrière-fond de plusieurs pièces de la seconde moitié du siècle.

Tandis que Madeleine de Scudéry fut familière avec la presque totalité des genres littéraires, l’histoire ne fait état d’aucune contribution possible de sa part en ce qui a trait au théâtre. Vu cet apparent «désistement» scudérien, il peut alors paraître particulièrement audacieux de chercher à raccrocher son nom à l’histoire du théâtre du XVIIe siècle. Et pourtant. À la lecture de certaines pièces publiées et jouées dans la seconde moitié du XVIIe siècle transparaît de manière évidente une filiation entre ces dernières et les romans de Scudéry. Ces pièces sont farcies de renvois, de parallélismes étroits et d’échos forts en lien avec Artamène ou le Grand Cyrus et Clélie. Histoire romaine, des marques qui témoignent de l’influence de cette écrivaine sur l’esprit de certains créateurs d’œuvres en actes au XVIIe siècle, qu’elles aient été tragiques, tragi-comiques ou simplement comiques. Dans cette perspective, il devient possible d’inscrire Madeleine de Scudéry au cœur de l’histoire du genre théâtral romanesque par le truchement de lecteurs attentifs, eux-mêmes hommes de lettres. C’est très souvent par l’allure que prennent ces œuvres théâtrales, par le ton qu’elles affichent, par le style qu’elles développent, par les sentiments qu’elles exposent, par les personnalités qu’elles construisent, qu’elles rappellent à maints égards les écrits de la romancière.

L’hétérogénéité du public scudérien n’est plus à questionner. Il fut composé d’aristocrates, de bourgeois, de savants, de lettrés8 , entre autres. Jusqu’à Louis XIV qui lui versa une pension jusqu’à sa mort et à Mme de Maintenon qui mit ses œuvres morales à l’étude à Saint-Cyr. Adulée de certains donc (dont nombre de ses pairs), vilipendée par d’autres évidemment, Scudéry n’entendit pas les propos satiriques de Boileau qui vinrent après sa mort et qui lui valurent de verser dans le monde de l’oubli. Ainsi, de son vivant, elle combla les attentes de son lectorat tout en ne perdant jamais de vue l’évolution de ses intérêts de lecture en constants changements.
Au nombre des figures littéraires du XVIIe siècle qui ont lu ses ouvrages, nous pouvons notamment mentionner les dramaturges Philippe Quinault et Thomas Corneille, frère de l’autre, et le comique Molière. Afin de mettre en lumière le lien qui rattache discrètement Scudéry au théâtre du Grand Siècle et, par là même, éclairer l’attention de ses contemporains pour ses compositions, nous cherchons dans le présent article à témoigner principalement de l’importance d’Artamène ou le Grand Cyrus sur l’écriture et la structuration de quelques-unes des pièces de ces trois auteurs. Nous retenons de Philippe Quinault La Mort de Cyrus (1656) et Astrate, ou le roy de Tyr (1665), de Thomas Corneille, Bérénice (1657), et enfin, de Molière, Mélicerte (1666) et Le Misanthrope 9(1666).

Dans le but de rendre à Madeleine de Scudéry la part qui lui revient lorsqu’on prend connaissance de ces pièces de théâtre et pour mettre en relief son ascendance littéraire sur ces dramaturges et comique du XVIIe siècle, nous orientons notre réflexion suivant trois principaux axes d’étude, à savoir les emprunts de personnages, la reproduction et l’adaptation pour la scène de quelques histoires du Grand Cyrus et, enfin, une succincte mise au point quant au développement d’idées chères à Scudéry auxquelles ces hommes de théâtre ont continué de réfléchir.

Des figures réincarnées : une nouvelle vie sur scène

Artamène ou le Grand Cyrus regorge de personnages, correspondant le plus souvent à des types. Mais nous n’y retrouvons pas exclusivement des personnages bienséants, aux mœurs réglées, aux passions contrôlées et à la personnalité quelque peu «frelatée». Nous y croisons également quelques personnages vifs, plus singuliers, qui se détachent des autres par la vigueur qui les anime. L’intensité qui les caractérise, dans ce qu’elle présente de dramatique, d’enflammé et de nouveau, leur a assuré une seconde vie sur les planches dans certaines des pièces de Quinault, Corneille et Molière. La figure de Thomiris, reine des Massagettes, en constitue un exemple éclairant.

Inspirée de l’Histoire d’Hérodote, Madeleine de Scudéry travestit la figure de Thomiris, captive de Cyrus qui en est éperdument amoureux, en une amante déchaînée, cherchant à tout prix à vaincre l’insensibilité de Cyrus à son égard. Le texte opère ainsi une réelle réversibilité des caractères. Si Thomiris était elle-même insensible à l’amour avant de voir pour la première fois Cyrus, elle se trouve dès lors pervertie par l’effet d’une brûlante passion, sans pouvoir se maîtriser. Définie à partir de cet instant «maudit» comme une figure de fatalité, Thomiris n’agit plus que dans l’unique but de gagner le cœur de Cyrus. La gloire elle-même en arrive à céder le pas devant une passion trop forte, ce qu’avoue l’amoureuse:

je sçay bien que je devrois plus aimer la Gloire
que Cyrus : mais il y a bien long temps
que j’ay fait voir, que j’aime plus Cyrus que la Gloire. (X, 3, 766)

Au dernier tome du Grand Cyrus, la passion a finalement raison de tout effort déployé par Thomiris pour l’apaiser. Éveillant en elle la colère, la cruauté et une impitoyable soif de vengeance, la passion qui l’assaille la contraint à faire choisir Cyrus entre un amour réciproque envers elle ou l’exécution de son amante Mandane, qu’elle tient prisonnière.

La pièce de Quinault intitulée La Mort de Cyrus reprend les grands traits de l’histoire de Thomiris et de Cyrus mise en scène par Madeleine de Scudéry. Thomiris, qui en est l’héroïne principale, confère à la pièce sa coloration tragique. Toutefois, pour saisir significativement la complexité de cette figure féminine, du moins dans les deux premiers actes, la lecture du roman scudérien s’avère essentielle. Les propos échangés par les personnages de Quinault tirent sans détour leur origine des dialogues composés par Scudéry dans Le Grand Cyrus. De surcroît, parce que les gestes et le caractère de l’irascible amante sont minutieusement dépeints dans le roman scudérien, Quinault évite la répétition fâcheuse, optant pour une simple mise au point de quelques vers. La Thomiris qu’il met en scène n’agit plus en direct, avec cet emballement passionnel qui répugne au lecteur de Madeleine de Scudéry. Quinault conserve à celle-ci le soin du détail terrifiant qui fait fi de toute bienséance. En fait, par le truchement de ses personnages, il privilégie une évocation plus atténuée, moins criante, des horreurs entreprises par Thomiris. C’est donc par respect des convenances, de la bienséance et de la juste mesure que le confident de Thomiris, l’hypocrite Odatirse, lui rapporte en peu de mots ses excès de rage, sous une forme interrogative qui penche vers l’affirmation contenue plus que vers le pur questionnement (lequel serait suivi de certaines précisions qu’il vaut mieux passer ici sous silence) :

d’entre les morts par une erreur extrême,
Un des chefs de Cyrus fut tiré pour lui-même,
Ne fites-vous pas plonger par des ordres pressans
Sa Teste en un vaisseau plein du sang des Persans ?

(La Mort de Cyrus, I, 5)

L’extrait, malgré sa brièveté, tient en lui le nécessaire de l’information dont a besoin le spectateur/lecteur. Le dramaturge laisse le rappel des événements antérieurs et subséquents en suspens, dans un silence qui interpelle le recours au texte-source pour saisir l’ampleur réelle de la scène. Quinault témoigne ici de son talent à aller à l’essentiel sans se perdre dans un dédale d’ajouts qui s’enracinent au cœur du Grand Cyrus, où ils y sont déjà parfaitement étayés. Par conséquent, l’explication de la scène se retrouve exclusivement dans Le Grand Cyrus où il est écrit :

dés que ce Capitaine des Gelons eut plongé cette Teste par trois fois dans ce vase plein de sang, la fiere Thomiris qui vit sur le visage de tous les siens, que l’action qu’elle faisoit leur donnoit de l’horreur, en eut elle mesme. (X, 2, 644)

Tout en mêlant «de façon inextricable le galant et l’héroïque 10» dans La Mort de Cyrus, Quinault emprunte à Scudéry sa cruelle et sanguinaire Thomiris sans sentir le besoin de dépeindre sa personnalité bouillante par le biais d’un historique répertoriant dans les moindres détails l’éclat de ses actions, ses attitudes ou ses gestes, parce que le lecteur en a déjà pris connaissance ultérieurement11 , tout comme lui, chez Madeleine de Scudéry .
Même sans évocation descriptive, La Mort de Cyrus de Quinault représente habilement le combat des passions qui tiraille Thomiris, un trouble déjà exploité chez Scudéry12

.

La romancière ne camoufle guère la préoccupation et la tourmente de la reine lors que ses troupes capturent Cyrus lors d’un combat, ce qui lui fait avouer

j’ay de la haine pour luy [...] Mais helas, ces momens ne durent guere! [...] que ne doit point penser une Reine qui aime (X, 3, 764/767).

Si le déchirement intérieur de Thomiris s’étend sur plusieurs lignes dans Le Grand Cyrus, l’épanchement de la reine dans la pièce de Quinault est concentré en quelques alexandrins seulement :

Sous le nom de la haine, avec toute la flame
L’Amour s’introduisit jusqu’au fond de mon ame;
Et je crus beaucoup faire, en me laissant toucher,
Ne le pouvant plus fuir, de le pouvoir cacher. (La Mort de Cyrus, I, 5)

Si la langue de Thomiris se délie pour laisser libre cours à de longues tirades chez Scudéry, les états d’âme de l’amoureuse de Quinault donnent plutôt lieu à des confidences ramassées et synthétiques. Au détriment de l’abondance (de l’enflure sentimentale même), Quinault préfère la force de l’aveu direct. Tout en se montrant fidèle à la reprise de la thématique scudérienne portant sur «la légitimité et la bienséance des passions13 », Quinault s’efforce de résumer la pensée scudérienne en peu de mots pour lui insuffler la vigueur de l’écriture théâtrale
14. C’est dans cette perspective que «le roman de Mlle de Scudéry offre une théâtralité implicite que Quinault a exploité et [...] cette théâtralité dans le roman s’articule déjà autour des passions15 », de souligner Nathalie Pierson, dans son étude récente vouée au spectaculaire tragique. À ce titre, pensons à la prise de Cyrus par ses ennemis, permettant un éclaircissement concernant le sentiment de Thomiris, comme le note Madeleine de Scudéry :

[elle] eut plus de joye de voir Cyrus en sa puissance, que si elle eust gagné cent Batailles, & conquis cent Royaumes. (X, 3, 749)

L’aveu de Thomiris, chez Quinault, se fait dans un même esprit :

Lors que pour terminer cette guerre funeste,
Des ennemis vaincus vous défîtes le reste,
Et livrâtes Cyrus vivant en mon pouvoir,
Je sentis tout-à-coup tous mes sens s’émouvoir. (La Mort de Cyrus, I, 5)

La figure de Thomiris est sans doute l’une des figures les plus originales du Grand Cyrus de Scudéry. Elle représente le déséquilibre, elle figure l’excès, elle incarne l’intensité non réfrénée. Bref, elle se donne comme l’antithèse de la figure féminine idéale dans la tradition du roman héroïque. Pourrait-on voir en elle une ancêtre de la Phèdre de Racine, soumise aux ballottements d’une insondable fatalité ? Par ses emportements irrépressibles, ses décisions (cruellement) passionnées, sa personnalité flamboyante et ses sentiments incontrôlables qui tournent au spectaculaire romanesque, Thomiris confère une dimension théâtrale déterminante au roman scudérien, une dimension que Quinault a certes entrevue, assez à tout le moins pour construire son œuvre comme un lieu de résonances du Grand Cyrus, étant lui-même la clé pour saisir avec justesse l’aura de la pièce et éclairer en nuances ses non-dits
16 .

Thomiris n’est toutefois pas l’unique personnage du Grand Cyrus à avoir suscité l’intérêt des hommes de théâtre. Pensons à ses coquettes Artelinde et Dorinice. Toutes deux amantes infidèles et frivoles, volages et feuillantines, Artelinde et Dorinice se délectent dans Le Grand Cyrus à entretenir des relations amoureuses simultanées au grand dam de leur plus fidèle amant. Elles aiment sans aimer, elles donnent leur cœur sans le donner. Elles se glorifient à l’idée d’avoir conquis un nouvel amoureux et d’être le centre d’attention des honnêtes gens autour d’elles. On lit au sujet de Dorinice :

il faut que vous sçachiez que cette Personne qui ne fut jamais capable d’amour, & qui ne le sera de sa vie, est la plus grande Coquette d’amitié qui soit au monde [...] Mais elle a pourtant cela de particulier [...] qu’il y a des bornes dans son cœur, au delà desquelles personne ne sçauroit aller : car on est aussi bien aupres d’elle en trois mois, qu’on y peust estre en trois ans. (X, 3, 659–660).

La présentation d’Artelinde s’échafaude également autour de la notion de coquetterie. D’ailleurs,

[il] n’a jamais esté une Personne plus Coquette que celle là. Car non seulement, elle vouloit gagner des Amants par sa beauté et son esprit, mais encore par ses soings, par sa complaisance, et par sa civilité (IV, 3, 408).

En contrepoint de ces deux figures féminines au cœur léger, Scudéry construit le personnage de Cléonice, quelque peu casanière, préférant la tranquillité à l’énervement amoureux, désireuse de conserver sa liberté, qui simplement

prenoit les divertissements mais ne les cherchoit pas
avec empressements (IV, 3, 407–408).

Cléonice est dite comme une figure féminine plaçant ses seules espérances en l’amitié et tâchant de préserver son cœur de toute attache amoureuse. Elle peut d’ailleurs être vue, dans cette optique, comme une des premières manifestations de préciosité insérées dans les romans de Madeleine de Scudéry. Si Cléonice condamne Artelinde pour sa légèreté papillonne, cette dernière, en retour, blâme la sévérité, voire l’austérité de Cléonice.

Dans le Misanthrope de Molière, ces blâmes réciproques de la prude à la coquette et de la coquette à la prude sont fidèlement repris du texte de Scudéry. Nous constatons une parenté incontournable entre la Célimène de Molière et l’Artelinde de Scudéry et, en parallèle, entre l’Arsinoé de Molière et la Cléonice du Grand Cyrus. Seul suffit de citer à la suite un extrait du Grand Cyrus lors duquel Cléonice critique Artelinde et l’échange qui se tient entre la prude et la coquette dans Le Misanthrope pour y voir confirmée l’hypothèse d’une filiation entre le roman et la pièce. Nous lisons dans le Grand Cyrus :

Car enfin, lui disait Cléonice, vous ne me ferez point croire que cette multitude qui vous suivent, & qui vous obsedent eternellement, & aux Temples; & dans les ruës; & aux promenades; & aux Maisons où vous allez; vous suivent sans espérer : & vous ne me ferez pas croire non plus, qu’ils puissent tous espérer si vous n’y contribuyez rien. (IV, 3, 412)

Chez Molière, les propos de la prude s’orientent de même manière :

Hélas ! Et croyez-vous que l’on se mette en peine
de ce nombre d' amants dont vous faites la vaine,
et qu'il ne nous soit pas fort aisé de juger
à quel prix aujourd’hui l’on peut les engager ?
Pensez-vous faire croire, à voir comme tout roule,
que votre seul mérite attire cette foule ?
Qu’ils ne brûlent pour vous que d' un honnête amour,
et que pour vos vertus ils vous font tous la cour ? (Le Misanthrope, III, 4)

De même qu’Artelinde dans Le Grand Cyrus qui s’efforce de justifier son attitude légère en tournant en dérision l’attitude «solitaire» de Cléonice, la Célimène de Molière use d’une stratégie identique :

Là, votre pruderie et vos éclats de zèle
ne furent pas cités comme un fort bon modèle :
cette affectation d’un grave extérieur,
vos discours éternels de sagesse et d’honneur,
vos mines et vos cris aux ombres d’indécence
que d’un mot ambigu peut avoir l’innocence,
cette hauteur d' estime où vous êtes de vous,
et ces yeux de pitié que vous jetez sur tous,
vos fréquentes leçons, et vos aigres censures
sur des choses qui sont innocentes et pures,
tout cela, si je puis vous parler franchement,
madame, fut blâmé d’un commun sentiment. (Le Misanthrope, III, 4)

Les Artelinde, Dorinice et Cléonice de Scudéry, Molière les lui emprunte, voyant en elles des figures-types, des caractères susceptibles de servir efficacement la comédie. De leur personnalité, de leur manière d’être, de se dire et de dire, Molière a tiré un réel comique de situation en rédigeant une pièce au cœur de laquelle ces figures scudériennes ont pris un souffle frais tout en s’affichant sous de nouveaux noms17.

Quant à son misanthrope Alceste, Molière le rapproche étrangement du personnage de Méréonte, amant de Dorinice, chez Scudéry. Leurs aspirations sont les mêmes. Leur passion pour une coquette, qu’ils savent comme telle, les force, en dernier recours, à l’exil. Dans le Grand Cyrus, Méréonte a beau reproché à Dorinice ses trop nombreuses relations, en demandant

pensez vous effectivement qu’il n’y ait point quelque espece d’honneste coquetterie, à en avoir tant ? (X, 3, 682),

Dorinice se refuse à lui promettre l’exclusivité de son cœur. L’Alceste de Molière ne réussit guère dans sa tentative auprès de Célimène lorsqu’il lui demande de partir en quelque lieu isolé avec lui passer le reste de sa vie. Sa volage amie lui répond simplement, tout bonnement :

La solitude effraye une âme de vingt ans :
je ne sens point la mienne assez grande, assez forte,
pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte. (Le Misanthrope, V, 4)

Molière ne s’inspire pas seulement de quelques personnages construits par Scudéry pour établir les grandes lignes de son Misanthrope. Quelques éléments du plan de sa pièce correspondent habilement au développement narratif de l’histoire de Cléonice et d’Artelinde dans Le Grand Cyrus. Mentionnons sa reprise de la lettre galante envoyée par la coquette à plusieurs de ses amants ou encore l’épisode ultérieur lors duquel la supercherie, découverte, entraîne son lot de railleries. Étant là l’essence en quelque sorte de l’intrigue du Misanthrope, l’influence de l’écriture scudérienne sur l’écriture moliéresque prend tout son relief, comme l’a noté Alain Niderst en concluant que «[Molière] admire et imite Madeleine de Scudéry; il lui emprunte ses analyses psychologiques [et quelques-unes de ses idées de construction narrative] [...]. Mais il tente de rendre cette nouvelle plus théâtrale et plus émouvante18 ».

La multitude d’histoires force le choix...

L’histoire de Cléonice et Artelinde est une parmi combien d’autres. Le Grand Cyrus de Scudéry regorge d’histoires, constituant un réservoir abondant où se juxtapose un lot considérable d’histoires plus ou moins succinctes où les hommes de théâtre ont su puiser la matière première de quelques-unes de leurs pièces. Pensons, par exemple, à l’histoire des amoureux Sésostris et Timarète au sixième tome du Grand Cyrus
19 . La méprise sur l’identité des personnages est l’élément focal de l’histoire et catalyse son dénouement. Sésostris n’y est pas le simple berger qu’il croit être. Il est fils d’Apriez, le prédécesseur de l’actuel roi d’Égypte. De même, Timarète n’est pas une bergère mais plutôt la fille de l’actuel roi égyptien Amasis. Entre un amour possible, puis impossible, puis à nouveau possible, la narration scudérienne navigue en eaux troubles. Cette histoire, par ses revirements continuels de situations, a été adaptée maintes fois pour le théâtre. Qu’on pense à l’Astrate de Quinault, à la Bérénice de Corneille, ou encore à la Mélicerte de Molière, une comédie pastorale héroïque inachevée. Ces pièces ont toutes comme principal sujet les fausses identités révélées à la fin du dernier acte.

Au Sésostris de Scudéry correspond d’abord l’Astrate de Quinault, fils survivant du roi assassiné et auquel la couronne doit revenir; correspond aussi le Philoxène de Corneille, lequel est roi de Phrigie et non celui de Lydie, ce qu’il croit être; enfin, correspond le Myrtil de Molière, qui se découvre comme fils héritier du roi légitime d’Égypte.

À la Timarète de Scudéry correspond d’une part la Bérénice de Corneille, laquelle n’est pas la fille du gentilhomme de cour Araxe mais plutôt la fille de Léarque, qui occupe le trône de Phrigie; d’autre part, correspond la Mélicerte de Molière, reconnue pour fille d’Amasis, roi d’Égypte.

Au-delà des noms qui ont été modifiés d’un texte à l’autre, la vie de ces personnages ressemblent étrangement à celle des Sésostris et Timarète du Grand Cyrus. Sans aucun doute, l’exemple le plus achevé et ressemblant à l’égard de l’histoire de la fausse bergère et du faux berger amoureux l’un de l’autre n’est autre que la Bérénice de Thomas Corneille. C’est en extirpant les deux amants scudériens de leur cadre pastoral en les faisant d’emblée de sang royal de manière à les fondre dans l’univers du tragique théâtral, que Corneille fait de Bérénice le condensé de l’histoire élaborée par Madeleine de Scudéry.

Thomas Corneille importe dans son théâtre les personnages scudériens, les situations-clés (dont les fausses identités) auxquelles ces derniers sont confrontés et, par conséquent, les sentiments qu’ils doivent gérer. De ceci résulte un parfait alliage de parallélismes et de renvois. Sa composition suit les grands axes de l’intrigue structurée par Scudéry. Dans cette perspective, cinq correspondances peuvent être énumérées. La première réside dans l’alternance de condition du jeune cavalier Philoxène, reconnu comme prince, redevenu simple sujet, puis enfin rétabli dans sa condition véritable. La deuxième correspondance devient perceptible dans la reconnaissance de la jeune Bérénice comme simple sujette qui recouvre finalement sa véritable identité de fille de roi. La similitude suivante se rattache à l’évocation de tablettes perdues et retrouvées où sont inscrites les confessions d’une reine-mère agonisante, morte depuis longtemps, servant d’objets-preuves pouvant confirmer la nature des véritables identités interchangées. Un autre lien réside dans les aveux tardifs d’un ancien confident de la reine décédée, tout repentant d’avoir observé si longtemps le silence. Enfin, la dernière correspondance est notoire à travers les combats de générosité qui s’engagent entre les deux amants à chaque changement d’identité, le plus favorisé du sort souhaitant toujours, mus par un amour sincère, associer l’aimé(é) à son bonheur, lequel ou laquelle se dérobe inlassablement par excès de délicatesse. En usant d’une matière aussi fertile, la tragi-comédie de Corneille est devenue une pièce romanesque, imprégnée de l’atmosphère qui habitait le texte scudérien.

Les rapprochements sont étroits et nombreux entre les passages du roman et les différents actes de la pièce. Une résonance est toutefois particulièrement frappante à la lecture de la 3e scène du 4e acte de Bérénice, une scène qui traduit l’échange amoureux de la princesse Bérénice et du sujet Philoxène. Leurs confidences constituent l’écho vivant de celles de Timarète et Sésostris dans Le Grand Cyrus lorsque celle-ci promet à son amant de ne jamais l’oublier, peu importe sa condition :

ne me demandez rien davantage : je fais sans doute peu, pour la Bergere Timarète: mais je fais peut estre un peu trop, pour la Princesse d’Egipte (VI, 504).

Seront remises dans la bouche de Bérénice les mêmes paroles, alors versifiées, cette fois-ci adressées à Philoxène :

Sois seur, si mes ennuis soulagent ton malheur,
Que mon dernier soûpir marquera ma douleur.
Je sçay q’après deux ans d’un aveugle service
Borner là ton espoir c’est peu pour Berenice,
Mais à jetter les yeux sur ce que je me doy,
C’est peut-estre beaucoup pour la Fille d’un Roy. (Bérénice, IV, 2)

Un simple effet du hasard ne peut tout expliquer… Nous pouvons croire que Corneille a délibérément cherché à adapter l’histoire de Scudéry pour le théâtre. Dès cet instant, la prose s’est faite vers, le roman est devenu théâtre. Corneille s’est ainsi approprié un texte romanesque à succès pour en faire une pièce qu’il a signé, une signature derrière laquelle les lecteurs attentifs dépisteront également celle de la romancière Madeleine de Scudéry .

Une réflexion qui se poursuit

Les idées que les œuvres romanesques de Madeleine de Scudéry ont exploitées, véhiculées, mises de l’avant, notamment en ce qui a trait à la femme, à son indépendance, à sa formation intellectuelle, à la préciosité, à l’amitié tendre et au saphonisme ont été reprises à bon compte par un certain nombre d’auteurs de théâtre du XVIIe siècle. Évidemment, le nom de Molière ne peut être passé sous silence à cet égard, car comme le conclut J. H. Withfield, «Mlle de Scudéry anticipated some attitudes of Molière20 ». À l’image d’autres, ce dernier a vu dans Artamène ou le Grand Cyrus et dans Clélie (ce qui est généralement plus connu) des sources d’inspiration. Par exemple, tout comme Scudéry, Molière a vivement plaint les jeunes filles tyrannisées par leurs parents, mariées contre leur gré, soumises au joug d’époux contrôleurs/contrôlants. Molière, à l’instar de Scudéry, n’a pas hésité à pourfendre la jalousie des maris et l’ambition excessive des familles.

En fait, Madeleine de Scudéry n’est pas une des Précieuses ridicules de Molière; elle appartient plutôt au groupe d’«indépendantes d’esprit et de vie» qui les a précédées (si, bien sûr, nous endossons la thèse voulant que les précieuses ont déjà formé une communauté distincte, ce dont plusieurs doutent aujourd’hui et remettent en question
21 ). Désireuse de repousser la grossière ignorance et les effets opaques de surface, Scudéry s’est elle-même moquée de l’afféterie de la seconde «génération» de Précieuses. Elle s’est désolée de leurs lassantes mignardises et de leur superficialité, notamment en opposant Sapho et Damophile dans le dernier tome du Grand Cyrus22 , et en a longuement discuté dans les conversations parsemées dans la Clélie. Par conséquent, si c’est à titre de poète comique à la plume joyeuse qu’écrit Molière, toujours enclin à mettre au jour les excès et insuffisances du ridicule social, la plume de Scudéry trahit quant à elle un esprit «engagé» et un savoir que la femme de lettres met subtilement en mots
23 .

Les études sont nombreuses lorsqu’il est question d’établir un rapprochement idéologique (une connivence, si elle est possible) entre Scudéry et Molière, plutôt que de voir en eux deux irrémédiables ennemis. La question de Victor Cousin en 1858 était déjà à-propos: «En quoi donc peut-il [Molière] être en guerre avec mademoiselle de Scudéry, qui veut et qui dit absolument la même chose?24 » Il faut certes éviter de soutenir l’idée d’un reproche adressé à Scudéry lorsque Molière fait référence à ses romans ou à ses personnages25 . Pour en être convaincu, il suffit de consulter les études de Roger Duchêne26 ou d’Alain Niderst27 par exemple, lequel va même jusqu’à proposer l’idée d’une «alliance parfois explicite de la romancière et du dramaturge
28 » :

Madeleine de Scudéry est une humaniste comme Molière. C’est-à-dire qu’elle repousse, fièvreusement ou ironiquement, tout ce qui “déforme la Nature”. Pas plus que Molière, elle n’a l’idée d’opposer la nature et la culture, ni de rêver sur les balbutiements prélogiques. La Nature, c’est l’homme complet, et l’épanouissement de son esprit ne doit pas contrarier celui de son corps, ni de sa sensibilité. [...] comme Molière, Madeleine de Scudéry exprime, au sein d’une réalité sordide et tourmentée, la persistance des rêves humanistes d’équilibre, d’amour et d’amitié29 .

Que ce soit dans une perspective tragique ou comique donc, Artamène ou le Grand Cyrus a retenu l’attention de certains écrivains de théâtre du XVIIe siècle. Ils ont fait monter certains de ses personnages sur les planches. Ils leur ont permis de revivre leur histoire sous d’autres noms, dans des cadres littéraires différents. Ce roman scudérien (ou du moins certaines parties) n’a pas seulement été avidement lu, il a été vu et chaudement applaudi. Une hypothèse plausible peut être soulevée : considérant l’immense succès qu’a connu Artamène ou le Grand Cyrus, certains habiles y ont probablement vu une avenue sécuritaire à explorer, où s’aventurer, et un contenu intéressant à s’approprier pour satisfaire le goût des spectateurs, à cette époque encore fervents lecteurs de longs romans héroïques et galants. C’est ainsi ce qui a semblé assurer le succès de La Mort de Cyrus, entre autres, alors que Maurice Magendie soutient que la pièce «laisse bien loin derrière elle tous les soupirs, toutes les langueurs d’Artamène. La tragédie est une exagération et une aggravation du roman30 », et qui plus est, d’un roman à succès. En somme, si Madeleine de Scudéry ne s’est pas taillée une place ouvertement au creux du genre théâtral, c’est toutefois par le truchement de ses énormes romans un jour fort primés qu’elle laisse sa marque et des traces de son génie en filigrane dans l’histoire d’un genre combien masculin au XVIIe siècle.

Université de McGill

NOTES

1Nous rappellerons ici que Melpomène est la muse de la tragédie alors que Thalia est celle de la comédie.

2Nous tenons à remercier le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture pour son soutien financier. Nos remerciements vont également à Michel Ducharme pour ses précieux commentaires à la lecture de ce texte.

3Dernière strophe d’un poème intitulé «Vers de Méliante sur des plumes» figurant dans les Chroniques du Samedi. Suivies de pièces diverses (1653–1654) [Alain Niderst, Delphine Denis et Myriam Maître (dir.), Paris, Honoré Champion, 2002, «Sources classiques», p. 156–157].

4Avec l’émergence du roman, la lecture collective devient un phénomène littéraire et social en elle-même : on lit les textes avec d’autres, on les écoute, on en cause, on s’en inspire. Comme le souligne Somaize, «ces ouvrages lus en public, soumis au jugement des ruelles avant d’être livrés à l’impression, devenoient en quelque sorte une œuvre collective» (Antoine Baudeau de Somaize, Dictionnaire des Précieuses, P. Jannet Libraire, Paris, 1660, p. xxv). D’ailleurs, «[l]a pratique de la lecture est un phénomène social et culturel qui se réfère à des normes et valeurs partagées par la société tout entière mais aussi à des normes et valeurs spécifiques aux différents groupes sociaux» (Chantal Horellou-Lafarge et Monique Segré, Regards sur la lecture en France. Bilan des recherches sociologiques, France, L’Harmattan, 1996, p. 315). Voir également Marie Gabrielle Lallemant, La Lettre dans le récit. Étude de Mlle de Scudéry, Tübingen, Gunter Narr Verlag, coll. “Biblio 17", 2000, p. 16. Voir P. Dumonceaux, «La lecture à haute voix des œuvres littéraires au XVIIe siècle», in Littératures classiques, no 12, janvier 1990, p. 117–125 et de R. Chartier, «Loisir et sociabilité : lire à haute voix dans l’Europe moderne», in Littératures classiques, no 12, janvier 1990, p. 127–147.

5Les termes ici employés («mélancoliques» et «enjoués») font référence aux deux catégories de personnages dépeints dans la Clélie, laquelle présente même une conversation sur le sujet.

6Nicole Aronson, Mademoiselle de Scudéry ou le voyage au pays de Tendre, Paris, Fayard, 1986, p. 57.

7Les dix tomes d’Artamène ou le Grand Cyrus totalisent quelque 13 095 pages alors que Célie. Histoire romaine, publiée également en 10 tomes, approche les 7 300 pages... des quantités qui ont fait dire à plusieurs qu’il s’agissait d’une œuvre-monstre.

8En vérité, le lectorat des œuvres de Madeleine de Scudéry est ressemblant à la société qui évolue dans l’entourage de la romancière. À ce chapitre, Victor Cousin note, dans Le Journal des Savants de juin 1858 : «On connaît maintenant les divers personnages qui composaient cette société, les hommes et les femmes, les visiteurs d’élite et les habitués, les grands seigneurs et les grandes dames, les lettrés, les bourgeois et les bourgeoises de rang différent, depuis la roture opulente jusqu’aux plus médiocres conditions.» (p. 355)

9J. H. Whitfield a déjà mis en lumière le lien possible à établir entre Molière et Scudéry. Voir «A Note on Moliere and Mlle de Scudéry», Le Parole e Le Idee : Rivista internazionale di varia cultura, no 5, 1963, 175–187.

10Antoine Adam, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, Paris, Albin Michel, «Bibliothèque de l’Évolution de l’Humanité», 1997 [1948], tome 2, 354.

11Les dix tomes d’Artamène ou le Grand Cyrus furent publiés entre 1649 à 1653 alors que La Mort de Cyrus est parue en 1656.

12Nathalie Pierson explique le choix de Quinault d’omettre le détail des éléments sanguinaires de la scène par «la règle aristotélicienne [visant à] rejeter tout sentiment d’horreur dans la constitution de la catharsis et ne retenir que celui de crainte ou de pitié» («Madeleine de Scudéry et Philippe Quinault : du romanesque au spectaculaire tragique», dans Delphine Denis et Anne-Elisabeth Spica (dir.), Madeleine de Scudéry : une femme de lettres au XVIIe siècle, Actes du Colloque international de Paris, Arras, Artois Presses Université, 2003, «Études Littéraires», 257).

13Adam (1997 [1948]), 692.

14Toutefois, il arrive que ni l’un ni l’autre ne donne dans l’effusion. Alors que Thomiris se méfie de ses sentiments chez Scudéry en disant : «Il faut renvoyer promptement ce dangereux Ambassadeur, que nous voudrions pourtant qu’il ne partist jamais d’icy : il le faut, je le dois, & je le veux, mais je ne sçay si je le puis» (II, 1, 231), la reine de Quinault confie simplement :

«Je sais ce que je dois, mais consultant mes feux
Je ne sais pas trop bien encore ce que je veux» (V, 4).

15Pierson (2003), 255–256.

16Étienne Gros écrit : «Quinault est né à la vie en 1635; mais il est né au théâtre en 1653. Il a été “mis au monde” par une précieuse [...] il a vu lire les romans, discuter les romans et exalter les romans. À son tour, il les a lus et s’en est nourri. On l’a dit très justement : son théâtre sort du Grand Cyrus et de la Clélie» (Philippe Quinault. Sa vie et son œuvre, Genève, Slatkine Reprints, 1970, 346).

17Dans son court article visant à éclairer quelques-unes des similitudes existant entre Artamène et Le Misanthrope, Anne Reese Pugh note : «it is interesting to find that the same woman who has often been supposed to have been the target of the malicious shafts lanced by Molière against prudes, has painted a coquette having much in common with Celimène, and that a prude can say agreeably the disagreeable speeches of Arsinoé» («Note Upon Somme Similarities between Le Grand Cyrus and Le Misanthrope», Modern Language Notes, vol. XI, no 3, mars 1896, 87).

18Alain Niderst, «Une source du Misanthrope (Mlle de Scudéry, Le Grand Cyrus)», dans Missions et démarches de la critique. Mélanges offerts au professeur J.-A. Vier, Paris, Klincksieck, 1973, 365.

19Concernant l’inspiration de cette histoire présente dans Artamène ou le Grand Cyrus de Scudéry, on se reportera à l’article de Francis Barton intitulé «The Sources of the Story of Sesostris and Timarète in Le Grand Cyrus», Modern Philology, vol. XIX, no 3, février 1922, 257–268.

20Whitfield, (1963) 86. Barbara Cison va dans le même sens : «Even if Molière might not have agreed with all that Madeleine de Scudéry said and did, he chose to subscribe to the basic philosophy which she espoused by incorporating it into his own work» (1967)166–167.

21Par exemple, selon Roger Duchêne, la précieuse n’est pas une figure ayant une existence réelle. Elle correspond plutôt à une création imaginaire. À ce titre, il écrit que «Les Précieuses ridicules ne sont ni une représentation caricaturale de vraies précieuses, ni une satire de leurs maladroites imitatrices. Comme l’a senti d’emblée le gazetier Loret, ce sont des précieuses imaginaires» (Les Précieuses ou comment l’esprit vint aux femmes suivies de Antoine Baudeau de Somaize (Les Véritables Précieuses, Les Précieuses ridicules mises en vers, Le Grand Dictionnaire des Précieuses ou la Clé de la langue des ruelles (1660), Le Grand Dictionnaire des Précieuses (1661), Paris, Fayard, 2001, 212).

22On peut lire : «Il n’y a rien [...] de si ridicule ni de si ennuyeux qu’une femme sottement savante» (Artamène ou le Grand Cyrus, Genève, Slatkine Reprints, 1972 [1656], X, p. 352). Molière, quant à lui, dans les Femmes savantes (1673), fera dire à son Clitandre :

Je consens qu’une femme ait des clartés de tout,
Mais je ne lui veux point la passion choquante
De se rendre savante afin d’être savante;
Et j’aime que souvent, aux questions qu’on fait,
Elle sache ignorer les choses qu’elle sait;
De son étude, enfin, je veux qu’elle se cache,
Et qu’elle ait du savoir sans vouloir qu’on le sache. (I, III)

23Au sujet de l’idéal féminin tel que l’expose Scudéry, Madeleine Alcover ajoute que «For Molière, as for Scudéry, the ideal of the honnête femme consists of a tempering of the two extremes of the excessively learned and the ignorant woman, and this concept necessarily encompasses responsability for the household» («The Indecence of Knowledge», Rive University Studies, vol. LXIV, no 1, hiver 1978, 29)

24Cousin (1858) 360. Pour sa part, bien qu’il tire principalement les preuves de son argumentation de la Clélie, J. H. Whitfield précise que «Molière is not hostile to her, rather stands by her side in a particular attitude» (179).

25On lira l’article de Nicole Aronson «“Je vois bien que c’est un Amilcar” : Mlle de Scudéry et les Précieuses ridicules» (Papers on French Seventeenth Century Literature, vol. XX, no 38, 1993, 85–95).

26Duchêne (2001), 568 pages.

27Niderst (1973) 359–365.

28Niderst, Madeleine de Scudéry, Paul Pellisson et leur monde, Paris, Presses universitaires de France, 1976, «Publications de l’Université de Rouen», 302.

29Niderst (1976) 543–544.

30Maurice Magendie, La Politesse mondaine et les théories de l’honnêteté, en France au XVIIe siècle, de 1600 à 1660, Paris, Librairie Félix Alcan, tome 2, [1925], 703. Yves Guiraud, dans sa présentation de Thimocrate de Thomas Corneille, écrit : «La même année que Timocrate, Quinault donnera lui aussi une tragédie, d’après Mlle de Scudéry, La Mort de Cyrus. Les pièces tirées de romans à succès sont relativement nombreuses : ces scénarios, ces découpages théâtraux d’épisodes romanesques en conservent les caractères. La surabondance de ces éléments estompe le tragique; la vision précieuse du monde ignore même le tragique, puisque l’héroïsme ne s’y applique qu’à la galanterie» (Thomas Corneille, Timocrate, tragédie, texte établi et présenté par Yves Guiraud, Paris/Genève, Minard/Droz, 1970, «études littéraires françaises», 35).

Ouvrages Cités

Adam, Antoine. Histoire de la littérature française au XVIIe siècle. Paris, Albin Michel, «Bibliothèque de l’Évolution de l’Humanité», 1997 [1948], 3 tomes.

Alcover, Madeleine. «The Indecence of Knowledge». Rive University Studies, vol. LXIV, no 1, hiver 1978, 25–39.

Aronson, Nicole. Mademoiselle de Scudéry ou le voyage au pays de Tendre. Paris: Fayard, 1986.

———. «“Je vois bien que c’est un Amilcar” : Mlle de Scudéry et les Précieuses ridicules». Papers on French Seventeenth Century Literature, vol. XX, no 38, 1993, 85–95.

Barton, Francis. «The Sources of the Story of Sesostris and Timarète in Le Grand Cyrus». Modern Philology, vol. XIX, no 3, février 1922, 257–268.

Chartier, Roger. «Loisir et sociabilité : lire à haute voix dans l’Europe moderne». Littératures classiques, no 12, janvier 1990, 127–147.

Chroniques du Samedi. Suivies de pièces diverses (1653-1654). Alain Niderst, Delphine Denis et Myriam Maître (dir.), Paris, Honoré Champion, 2002, «Sources classiques».

Cison, Barbara. The Samedis of Mademoiselle de Scudéry. New York: Fordham University, 1967.

Corneille, Thomas. Bérénice dans Théâtre de T. Corneille. partie 2, Amsterdam: Frères Châtelain, 1709 [1657].

———. Timocrate, tragédie. texte établi et présenté par Yves Guiraud, Paris/Genève: Minard/Droz, 1970, «études littéraires françaises».

Cousin, Victor. «Mademoiselle de Scudéry et sa société, d’après le Grand Cyrus». Journal des Savants, avril 1858, 238–259; mai 1858, 304–325; juin 1858, 345–364.

Duchêne, Roger. Les Précieuses ou comment l’esprit vint aux femmes suivies de Antoine Baudeau de Somaize (Les Véritables Précieuses, Les Précieuses ridicules mises en vers, Le Grand Dictionnaire des Précieuses ou la Clé de la langue des ruelles [1660], Le Grand Dictionnaire des Précieuses [1661]). Paris, Fayard, 2001.

Dumonceaux, Pierre. «La lecture à haute voix des œuvres littéraires au XVIIe siècle». Littératures classiques, no 12 (janvier 1990) 117–125.

Gros, Étienne. Philippe Quinault. Sa vie et son œuvre. Genève: Slatkine Reprints, 1970.

Horellou-Lafarge, Chantal et Monique Segré. Regards sur la lecture en France. Bilan des recherches sociologiques, France: L’Harmattan, 1996.

Lallemant, Marie Gabrielle. La Lettre dans le récit. Étude de Mlle de Scudéry. Tübingen: Gunter Narr Verlag, coll. «Biblio 17», 2000.

Magendie, Maurice. La Politesse mondaine et les théories de l’honnêteté, en France au XVIIe siècle, de 1600 à 1660. Paris, Librairie Félix Alcan, 2 tomes, 1925.

Molière. Mélicerte dans Chefs d’œuvre de la littérature française. Œuvres complètes de Molière, tome 8. Lietchtenstein: Kraus Reprint [Paris: Garnier Frères, 1882 [1666]], 1976.

———. Le Misanthrope dans Œuvres complètes françaises. Œuvres de Molière, tome 5. Paris : Hachette, 1880 [1666].

Niderst, Alain. Madeleine de Scudéry, Paul Pellisson et leur monde. Paris: Presses universitaires de France, 1976, «Publications de l’Université de Rouen».

———. «Une source du Misanthrope (Mlle de Scudéry, Le Grand Cyrus)». Dans Missions et démarches de la critique. Mélanges offerts au professeur J.-A. Vier. Paris: Klincksieck, 1973, 359–365.

Pierson, Nathalie. «Madeleine de Scudéry et Philippe Quinault : du romanesque au spectaculaire tragique». Dans Delphine Denis et Anne-Elisabeth Spica (dir.), Madeleine de Scudéry : une femme de lettres au XVIIe siècle, Actes du Colloque international de Paris. Arras: Artois Presses Université, 2003, «Études Littéraires», 255–268.

Quinault, Philippe. La Mort de Cyrus dans Le Théâtre de Mr. Quinault contenant ses tragédies, comédies et opéra, tome 1. Paris: Pierre Ribou, 1715 [1656].

———. Astrate , ou le roy de Tyr dans Le Théâtre de Mr. Quinault contenant ses tragédies, comédies et opéra, tome 3. Paris: Pierre Ribou, 1715 [1665].

Reese Pugh, Anne. «Note Upon Somme Similarities between Le Grand Cyrus and Le Misanthrope», Modern Language Notes, vol. XI, no 3, mars 1896, 85–87.

Scudéry, Madeleine de. Artamène ou Le Grand Cyrus, 10 volumes. [Paris: Augustin Courbé, 1649-1653, 10 volumes], Genève: Slatkine Reprints, 1972.

———. Clélie. Histoire romaine, 10 volumes. [Paris: Augustin Courbé, 1654–1660], Genève: Slatkine Reprints, 1973 [2e édition de 1658–1662].

Somaize, Antoine Baudeau de. Dictionnaire des Précieuses. Paris: P. Jannet Libraire, 1660.

Whitfield, J. H. «A Note on Moliere and Mlle de Scudéry», Le Parole e Le Idee : Rivista internazionale di varia cultura, no 5, 1963, 175–187.

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Gregoire: La mainmise des jésuites sur la Nouvelle-France de 1632 à 1658: l’établissement d’un régime théocratique?

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal XI, 1 (2006) 19–43
Author: 
Vincent Gregoire
Article Text: 

A Rick Lockwood

La Nouvelle-France est un pays de mission pris en charge par les jésuites après sa restitution à la France par les Anglais au traité de Saint-Germain-en-Laye en 1632. Ces religieux, après avoir travaillé de concert avec les récollets jusqu’à la prise de Québec par l’Angleterre en 1629, se voient attribué, à leur retour dans la colonie, le monopole des missions; et, très rapidement, ils établissent un régime religieux contraignant. Les jésuites occupent un maximum de fonctions en ces premières décennies de la toute jeune implantation: missionnaires, confesseurs, chapelains, directeurs de conscience mais aussi linguistes, interprètes, enseignants, colonisateurs, administrateurs, explorateurs, ethnographes, géographes …

Ils représentent l’encadrement spirituel mais aussi, pour une bonne part, temporel de la colonie: prohibant la vente de l’alcool aux Amérindiens, renvoyant les indésirables et établissant une morale rigoureuse qui doit assurer que la Nouvelle-France ne tombera pas dans les « vices » de l’ancienne (guerres de religion qui ont divisé et dévasté la métropole, déchristianisation de certaines provinces qu’il faut rechristianiser au moyen de missions intérieures). L’historien Georges Goyau écrit que « la discipline de Genève sous Calvin […] n’était pas beaucoup plus stricte que la censure qui existait à Québec sous les jésuites. » (252)

Tandis que leurs investissements, près de 20% du budget colonial de 1630 à 1655, aident au développement et font passer la toute nouvelle implantation, selon les mots de Dominique Deslandres, de « simple comptoir » en « vraie colonie » (287), les jésuites se sont aussi « transformés en grands propriétaires détenant près d’un septième [du territoire] » (Meyer 90). Ce pouvoir économique renforce leur pouvoir spirituel et établit très fermement leur autorité sur la colonie.

Nous allons, dans cette étude, observer comment s’exerce, dans les faits, ce contrôle religieux. Quelles en sont les conséquences, l’une d’entre elles étant, comme l’explique l’ursuline Marie de l’Incarnation (1599–1672), cofondatrice et longtemps supérieure du couvent de Québec, que ce contrôle débouche sur une contrainte des consciences. Peut-on enfin parler d’un «régime théocratique» pour caractériser les premières décennies de la colonie? Ou le mot est-il trop fort, auquel cas il doit être nuancé.1

Plusieurs historiens ont qualifié l’entreprise missionnaire des jésuites en Nouvelle-France de tentative d’établissement d’un ré¬gime théocratique (Blain 330, Delâge 129, Lanctôt 403, 406).2 Dominique Deslandres résume bien ce point de vue dans son ouvrage: Croire et faire croire. Les missions françaises au XVIIème siècle (1600-1650) (paru en 2003): les jésuites jouent au Canada «un rôle crucial, jugé par la suite exorbitant. En fait, le cas des Jésuites est toujours cité comme un exemple moderne d’autoritarisme théocratique» (287). Replaçons cette expérience religieuse dans son contexte. Le clergé, au début du XVIIème siècle, est bien engagé dans les affaires civiles parce que la distinction civil-religieux n’existe pas de façon claire et bien établie à l’époque. Ainsi, ce clergé, premier ordre du royaume, débat des affaires publiques aux Etats Généraux. Richelieu, aidé de son conseiller le père Joseph Le Clerc du Tremblay, puis Mazarin vont, eux, mener la vie politique française.

C’est le cardinal de Richelieu qui, par édit royal, établit en 1627 la compagnie des Cent Associés dont le but est à la fois commercial et missionnaire. Cet édit interdit toute émigration protestante en Nouvelle-France et accorde la «naturalité» française aux Amérindiens convertis et francisés. La compagnie des Cent Associés doit favoriser le passage de missionnaires et de colons de manière à développer la colonie naissante.

Si les récollets et les jésuites ont été originellement invités, au début du siècle, à participer au travail d’évangélisation (avec les capucins en Acadie), seuls les jésuites (et les capucins, toujours en Acadie) reviennent en 1632, après le départ des Anglais. Ce retour, la compagnie de Jésus le doit à ses appuis à la cour: Richelieu, le père Joseph, et à un de leurs amis et futur gouverneur de Québec: Jean de Lauzon, administrateur de la compagnie des Cent Associés.

Ce monopole religieux par les jésuites doit être vu dans le contexte d’une Église naissante qui cherche à se développer au moyen de la conversion de la population indigène et par l’installation de colons « de bonne vie », de bonnes mœurs.3 Toute une mystique missionnaire d’une nouvelle « Église primitive » devant favoriser l’établissement d’une « ‘Jérusalem bénite de Dieu, [et] composée de citoyens destinés pour le Ciel’ » (Deslandres 287) est ainsi mise en avant.

Cette « Église de mission » en terre hostile et inhospitalière (du fait de la menace iroquoise, des difficultés de la vie dans la nature, des longs hivers rigoureux) doit ainsi se donner les moyens de réussir: cela par un contrôle des populations française et amérindienne et un droit de regard sur la vie économique, politique et sociale. Tant qu’il n’y aura pas d’Église coloniale structurée dans un cadre diocésain, les jésuites chercheront à conserver leur influence sur la toute jeune colonie, non tant par goût du pouvoir que par pragmatisme religieux: le salut des âmes des Amérindiens, leur raison d’être en Nouvelle-France, est en jeu.

Comment s’affirme cette influence des missionnaires dans la vie de la colonie? En matière économique, les pères jésuites ont grandement aidé, en janvier 1645, à l’établissement de la Communauté des Habitants de la Nouvelle-France, une organisation qui permet aux directeurs de la Communauté de reprendre en main l’exploitation de la traite des fourrures très déficitaire dans le cadre de la Compagnie des Cent Associés, et permet aussi à la ville de Québec de bénéficier d’une partie des revenus de cette traite. Ce succès revient pour une bonne part aux jésuites, comme ils le rapportent dans leur Journal: cela s’est fait « agente regina & nobis impellentibus » (par le biais de l’action de la reine et sous notre impulsion) (Journal des Jésuites 4).

En matière politique, les jésuites sont très proches des premiers gouverneurs (Champlain, Montmagny, d’Ailleboust et Lauzon), leur faisant partager leurs vues, leurs dispensant leur avis et bénéficiant de leur action. Ainsi, de 1647 à 1657, le supérieur de la compagnie de Jésus siège ex officio avec le gouverneur, tout ancien gouverneur encore présent au Canada, et deux notables (élus pour trois ans mais sans droit de vote), au Conseil de Québec. Ce Conseil exerce des pouvoirs spécifiques mais aussi généraux en matière de commerce, de police et de diplomatie. Le père Druillettes est ainsi envoyé par le Conseil à Boston pendant le printemps 1650 pour négocier un traité de commerce et d’assistance mutuelle avec le gouverneur Dudley.

Le supérieur des Jésuites, Jérôme Lallemant est, lui, envoyé en France la même année, après avoir reçu la haute surveillance des finances du pays dans la métropole.4 Certains notables n’apprécient guère cette ingérence de l’Église missionnaire dans les affaires de la colonie. Godefroy, Tilly, des membres importants de la Communauté de Québec, et Maheux, le syndic de cette ville, sollicitent alors le retour des récollets en Nouvelle-France, expliquant qu’ils y sont « ‘de plus en plus souhaité[s] par la plus grande partie des Habitants Français, leurs consciences se trouvant trop genées d’avoir affaire aux mêmes gens, tant pour le spirituel que pour le temporel’ » (Lanctôt 258). Cette requête va échouer du fait des bonnes relations des Jésuites en métropole, en particulier avec le futur gouverneur Lauzon.

Pour ce qui est du contrôle de la qualité de l’émigration, le père Le Jeune écrit à la fin des années 1630 qu’aucune femme de moralité douteuse ne peut venir s’établir en Nouvelle-France. A la rumeur de l’arrivée d’émigrantes indésirables, il répond que c’est un « faux bruit » et qu’ayant « vu tous les vaisseaux » à leur arrivée, « Pas un n’était chargé de cette marchandise. » (Lanctôt 214). Cette affirmation sera répétée en 1654 par le père Le Mercier (Lanctôt 392). 5 Même si nous ne pouvons accorder une totale crédibilité à ces propos, il est certain qu’un contrôle minutieux est assuré par les pères missionnaires à l’arrivée des vaisseaux.

Il en est de même de l’émigration protestante presque inexistante à l’époque, et cela depuis 1627. Presque inexistante, mais non pas totalement: ainsi, quelques protestants vont rester dans la colonie au fil des années comme matelots, commis et même colons, souvent au su et vu des missionnaires jésuites qui s’efforcent de les convertir. Ainsi s’égrènent les abjurations au cours des ans: une en 1635, deux en 1646 … Les jésuites imposent donc avec vigueur et rigueur leur magistère moral dans les premières décennies de la colonisation de la Nouvelle-France, à l’image du contrôle de nombre de communautés par les autorités puritaines dans les colonies de Nouvelle-Angleterre.

Parfois, commerce et religion sont liés. C’est ainsi qu’au Canada, le commerce des fourrures et la vente des armes sont in¬fluencés par la politique d’évangélisation des jésuites. Pour ce qui est de la traite des fourrures, dès 1632, et d’une façon plus renforcée encore après 1640, deux prix de vente sont proposés aux Indiens pour les marchandises de traite: « un prix païen » plus élevé et un « prix chrétien » plus bas. Comme l’explique Denys Delâge: « pour une même quantité de fourrures, le néophyte rapportera davantage de marchandises de traite en Huronie que ne le fera le ‘traditionnaliste’ [le non converti] ». (129) Le « commerce privilégié » est ainsi un vecteur efficace dans la stratégie d’évangélisation par les jésuites, surtout dans les premières années.

Il en est de même de la vente des armes, encouragée par les autorités de la ville de Québec. La lettre d’un père jésuite, publiée dans la Relation de 1643–44, loue cette pratique:

L’usage des arquebuses refusé aux infidèles, par Monsieur le Gouverneur, & accordé aux Néophytes Chrétiens est un puissant attrait, pour les gaigner: il semble que le Seigneur se veuille servir de ce moyen, pour rendre le Christianisme recommandable en ces contrées. (Thwaites [vol. 25] 26)

Cette politique sélective de vente d’armes ne se fera cependant que de façon sporadique, étant donné les risques encourus par les missionnaires mais aussi par les colons si les armes tombent en de mauvaises mains. Ce n’est pas la confiance qui règne. 6

L’influence des jésuites s’exerce encore, dès 1633, dans la condamnation régulière des boissons enivrantes, avant que le vi¬caire apostolique, l’évêque « in partibus » Mgr de Laval, qu’ils ont choisi7 , en arrive à excommunier en 1660 les contrevenants, à la colère du gouverneur d’Argenson qui estime que l’Église empiète sur l’autorité civile, ce délit relevant de la juridiction royale. Le mandement épiscopal que les jésuites appuient totalement pose un temps d’arrêt au commerce illicite de l’alcool vendu aux Amérindiens, une boisson qui désintègre les communautés indigènes8. Mais bientôt, le commerce reprend. C’est alors que le nouveau gouverneur, d’Avaugour, en bons termes avec Monseigneur de Laval et les missionnaires, publie en 1661 une ordonnance interdisant toute traite d’alcool aux Indiens sous peine des châtiments les plus sévères. Les 7 et 11 octobre 1661, deux violateurs de l’ordonnance (les sieurs Voil et Laviolette) sont exécutés par arquebuse cependant qu’un troisième est fouetté en place publique. La peur fait son effet et le vicaire apostolique peut suspendre son excommunication. La crise des boissons enivrantes n’est cependant pas finie, loin de là, qui va opposer par la suite, d’un côté les jésuites et l’évêque en faveur de l’interdiction, et de l’autre les gouverneurs successifs puis l’intendant Talon, en faveur d’une permission réglementée. C’est le pouvoir civil qui va finalement, après 1665, l’emporter pour de bon.

En matière d’éducation, de francisation et d’évangélisation enfin, les jésuites vont créer une école pour garçons dès 1636, une école qui va se voir aussi et aussitôt prêter un rôle politique dans ce contexte de colonisation de la Nouvelle-France. Le père Le Jeune développe en 1634 son projet d’école, de « séminaire » (pour reprendre le mot de l’époque) pour les petits « Sauvages »:

si l’on tient ici les petits Hurons, ou les enfans des peuples plus esloignez, il en arrivera plusieurs biens: car nous ne serons pas importunés ny destournés des peres, en l’instruction des enfans; cela obligera ces peuples à bien traitter, ou du moins à ne faire aucun tort aux François qui seront en leur pays (Relation de 1634, Thwaites [vol. 6] 153–54).

En résumé, ces « séminaristes » seront non seulement des élèves mais des otages. Le Jeune poursuit sur ce thème en 1636:

un Séminaire [… sera] une chose très importante au salut de ces Nations, & au bien de Messieurs de la Compagnie [des Cent Associés]; car leurs enfans nous seront autant d’ostages, pour l’asseurance des François qui sont parmy eux, et pour l’affermissement du commerce. ( de 1636, Thwaites [vol. 9] 282) 9

Les missionnaires sont certes de fins politiques mais de piètres pédagogues des enfants amérindiens qui ne supportent pas l’autorité, le monde fermé des « pensionnats » et de la salle de classe, et les châtiments corporels.

Jusqu’à l’arrivée de Mgr de Laval en 1658 et le début de l’établissement d’une « Église des colons » organisée d’une façon régulière (évêché, diocèse, paroisse…), les jésuites dominent la vie de la Nouvelle-France dans le cadre de « l’Église de mission » dont ils sont les moteurs. C’est ainsi que, pendant plus de 25 ans (1632–1658), ils vont assumer des responsabilités non seulement religieuses mais civiles, comme nous l’avons vu, suppléant par là même la faiblesse de la représentation de l’administration royale. Et l’influence du clergé colonial ne repose pas seulement sur le nombre de ses membres qui est bien supérieur à celui des officiers civils, mais découle aussi du fait que c’est un groupe très structuré et extrêmement bien organisé. Les missionnaires s’immiscent ainsi dans la justice, le commerce, la gestion des finances de la colonie… non tant par volonté d’établir un pouvoir théocratique que pour atteindre leur but officiel: l’évangélisation de la Nouvelle-France qui passe par le développement économique de la colonie.

Comme l’écrit Cornelius Jaenen dans «Church-State Relations in Canada»: « Political power was not distasteful to the Jesuits, but open assumption of political office was undesirable.» (15) Preuve en est que les jésuites quittent en 1657, à leur propre demande, le Conseil de Québec10 ; de même que le Général de la Compagnie de Jésus à Rome, le père Goswin Nickel, va refuser l’attribution de l’évêché de Nouvelle-France à un jésuite, comme le désirait pourtant la reine.

Certes, des dérives n’ont pu être évitées. Ainsi, quelques jésuites se sont par trop engagés dans les affaires civiles et politiques de la toute jeune colonie. L’exemple du père Ragueneau en est une excellente illustration. Comme l’explique l’historien Camille de Rochemonteix, lui-même jésuite, dans son ouvrage: Les Jésuites et la Nouvelle-France au XVIIème siècle, quatre pères missionnaires firent parti du Conseil de Québec de 1647 à 1657: Lalemant, Ragueneau, Le Mercier et Le Quen.

Parmi eux, [écrit Rochemonteix], le P. Ragueneau seul y a occupé une grande place, beaucoup trop grande, à notre avis. Les Pères [jésuites de Québec: Poncet, Vimont, Le Quen, Le Mercier] écrivirent à leur Général que le vice-recteur se mêlait beaucoup des affaires publiques du pays et des intérêts privés des colons. […] Aussi le Général Nickel ordonna-t-il au Provincial de Paris d’éloigner le P. Ragueneau de Québec. (vol. 2, 184)

Le Père Le Quen, un temps le supérieur des jésuites de Nouvelle-France, explique précisément ce dont il est fait grief au père Ragueneau: «sed saecularibus negotiis plus aequo implicatus quam Societatem nostram decet et multarum in nos querelarum causa et odiorum.» (mais il «s’engage dans les affaires publiques plus qu’il ne convient à notre société [Société de Jésus], soulevant contre nous de multiples querelles et haines.») (Lettre datant d’octobre 1656 citée par Rochemonteix [vol. 2] 184)11 . Pour punition, il est envoyé dans la mission de Trois-Rivières puis chez les Iroquois.

L’ironie est que, avec la venue du nouveau gouverneur, Pierre d’Avaugour, en 1661, le supérieur des jésuites est à nouveau tenu de siéger au Conseil. Comme le père Lallemant fait tout ce qu’il peut pour ne pas s’immiscer dans les affaires publiques, le gouver¬neur, eu égard à son expérience, opte pour le père Ragueneau qu’il va d’ailleurs placer à la tête du Conseil!

Autre critique faite aux jésuites: « la gêne des consciences » de la part de ces missionnaires qui ont le monopole de la religion à Québec tant qu’une «Église des colons» n’a pas été établie. Chrétien Le Clercq écrit, dans son Premier Etablissement de la Foy dans la Nouvelle France (publié en 1691), qu’en 1650, des habitants de Québec se plaignent des jésuites et désirent voir le retour des récollets: «Il y avoit près de trente ans que l’on se plaignoit en Canada de la genne des consciences, à mesure que la Colonie augmentoit, les clameurs des habitans se multiplioient, & se faisoient entendre avec plus de force. » (vol. 2, 85) Et Le Clercq d’expliquer que les Canadiens n’ont cessé de demander le retour des récollets depuis la rétrocession de la colonie à la France en 1632.

L’ursuline québécoise Marie de l’Incarnation écrit, quant à elle, tout d’abord, en 1646, que les jésuites doivent rester le seul ordre à Québec et que l’établissement d’un évêché, soit d’un diocèse, et donc d’un cadre religieux supplémentaire essentiellement destiné aux colons, n’est pas encore nécessaire:

Pour moy, mon sentiment est que Dieu ne veut pas encore d’Evêque en Canada, le païs n’étant pas encore assez fait: et nos Réverends Pères ayant planté le Christianisme, il semble qu’il y a de la nécessité qu’ils le cultivent encore quelque temps, sans qu’il y ait personne qui puisse être contraire à leurs desseins. [Mis en italiques par nous] (Correspondance, lettre du 11 octobre 1646, 295)

Dix ans plus tard, elle se ravise, quoiqu’elle le fasse en termes très diplomatiques et d’une manière édulcorée, parce qu’elle a eu des problèmes avec certains pères jésuites (le père Vimont en particulier12 ) sur la constitution que devait adopter la communauté des ursulines de Québec:

Ces personnes qui disent que les Jésuites gênent les consciences en ce païs, se trompent, je vous as¬sure; car l’on y vit dans une sainte liberté d’esprit. Il est vray qu’eux seuls ont la conduite des âmes, mais ils ne gênent personne […] Il pourroit néanmoins arriver de certains cas où l’on auroit besoin de recourir à d’autres; et c’est pour cela en partie que l’on souhaite icy un Evêque [Mis en italiques par nous] (Correspondance, lettre du 24 août 1658, 597)13 .

Les dissensions naissent donc au sein même de la communauté religieuse de Québec lorsque des membres de certains ordres (ursulines, hospitalières) commencent à avoir du mal à accepter l’autorité des jésuites auxquels elles sont soumises.

Cette accusation de « gêne des consciences » ne va cesser de revenir, même après le retour de la Nouvelle-France au domaine royal en 1663, soit, dans les faits, après la démission de la Compagnie de la Nouvelle-France et le rattachement direct de la colonie à l’administration royale. Et elle va perdurer, portée aux oreilles de Louis XIV et de Colbert par l’intendant Talon, le représentant de l’autorité royale arrivé dans la colonie en 1665.

Jean Talon écrit ainsi, en 1667, dans un « Mémoire sur l’état présent du Canada »:

On a lieu de soupçonner que la pratique dans la¬quelle ils [l’évêque et les jésuites] sont qui n’est pas bien conforme à celle des Eclésiastiques de l’ancienne france, a pour but de partager l’autorité temporelle, qui, jusques au temps de l’arrivée des troupes du Roy en Canada [en 1665] résidoit principalement en leurs personnes.
A ce mal qui va jusques à gehesner, et contraindre les consciences et par là desgouster les Colons les plus attachez au pays, on peut donner pour remède l’ordre de balancer avec adresse et modération cette autorité par celle qui réside ez personnes envoyées par Sa Majesté pour le gouvernement (cité dans Rapport de l’archiviste de la Province de Québec 64).

Et l’intendant du roi préconise de renvoyer un ou deux jésuites, de ceux qui reconnaissent le moins l’autorité temporelle et troublent le « repos de la colonie », et de faire venir quatre ecclésiastiques autorisés à administrer les sacrements de façon à ne pas être dépendants de l’évêque ultramontain Laval 14. Colbert va accéder à sa requête et accepter l’envoi de quelques récollets (qui n’arriveront pas avant 1670) sans, cependant, rappeler de jésuites.

En 1669, c’est Colbert qui évoque la contrainte des consciences prétendument causée par les missionnaires, tandis que, cette fois-ci, c’est l’intendant qui le rassure sur l’attitude de l’évêque [projésuite] et des révérends pères de la compagnie de Jésus, lui expliquant qu’ils ne dépassent pas les bornes de leur autorité ecclésiastique. Les instructions envoyées par Colbert et le roi à Talon, en mars 1665, sont désormais appliquées en 1669:

il est absolument nécessaire de tenir dans une juste balance l’authorité temporelle, qui réside en la personne du Roy et en ceux qui le représentent, et la Spirituelle, qui réside en la personne dd.s. Evesque et des Jésuites, de manière toutefois que celle cy soit inférieure à l’autre. [Mis en italique par nous] (Rapport de l’archiviste […] 11)

L’équilibre à atteindre doit être à l’avantage du pouvoir civil au dépens du pouvoir religieux. Ce but est accompli à la fin des années 166015.

Peut-on pour autant parler d’une orientation théocratique adoptée par les missionnaires jésuites entre 1632 et 1658 dans la conduite, en commun avec le gouverneur, de la toute jeune colonie? Il ne faut pas oublier que les affaires coloniales sont sujettes, à l’époque, à une confusion entre pouvoirs religieux et civil: évangélisation et développement de la colonie sont intimement liés. De plus, dans le contexte des toutes premières décennies de la colonisation de la Nouvelle-France, la mission porte la colonie. Le Canada est en effet, au tout début, un pays de mission pris en charge, dans une large mesure, par les missionnaires jésuites, rapidement secondés par les ordres religieux féminins aidés de leurs bienfaiteurs respectifs, du fait de l’échec de la compagnie des Cent Associés.

Nous pouvons illustrer, par l’exemple suivant, la confusion: autorités religieuse et civile évoquées ci-dessus, une confusion apparemment plus marquée encore dans ce contexte de début de colonisation. Ainsi, en matière de code de moralité, l’Église, en France comme à Québec, est secondée par le pouvoir monarchi¬que: que ce soit pour la censure des écrits licencieux, l’observance des jours religieux, la répression des actes de sorcellerie ou de blasphémie 16… A Québec, l’Église missionnaire condamne de plus le commerce de l’alcool aux Amérindiens, jusqu’à l’excommunication des contrevenants français si nécessaire: autre culture, autre contexte, autres mesures.

Ce pouvoir religieux pesant, s’il semble plus oppressant encore en cette terre de mission qu’est la Nouvelle-France, dans le contexte d’établissement de la toute jeune colonie, l’était en réalité probablement moins: du fait — du genre de vie de nombre de colons souvent très en phase avec la nature (par les activités de chasse et de traite, de pêche, et d’exploration pratiquées), — de la grande distance séparant ces gens d’une France au tout autre mode de vie, — et finalement de l’assez grande liberté de mouvement et d’esprit des colons, surtout parmi les jeunes. C’est que les colons ont plus tendance à « s’indianiser » au contact des Amérindiens que ces derniers à devenir français, à « être francisés ». Comme l’écrit Cornelius Jaenen, «There was an independence of spirit and an expression of individualism in New France which appeared incongruous with royal government and established church.» («Church-State […]» 28) Cet esprit d’indépendance est plusieurs fois évoqué par Marie de l’Incarnation dans sa correspondance.

Les filles des colons (pensionnaires ou externes), qui fréquentent ainsi le couvent des ursulines dans le cadre de leur éducation, sont difficiles à contrôler, épris de liberté et souvent plus avancées dans la connaissance de «certains sujets» que les jeunes filles françaises: (Lettre du 1er septembre 1652) «les filles Françoises seroient de vraies brutes, sans l’éducation qu’elles reçoivent de nous, et de laquelle elles ont encore plus besoin que les sauvages» (476); (Lettre du 19 août 1664) « il est certain que si Dieu n’eût amené des Ursulines en ce païs, elles seraient aussi sauvages, et peut-être plus que les sauvages mêmes. » (735) La citation suivante, en date du 9 août 1668, est cependant la plus éloquente:

L’on est fort soigneux en ce païs de faire ins¬truire les filles Françoises; et je vous puis assurer que s’il n’y avoit des Ursulines elles seroient dans un danger continuel de leur salut. […] [L]es filles en ce païs sont pour la pluspart plus sçavantes en plusieurs matières dangereuses, que celles de France. Trente filles nous donnent plus de travail dans le pentionnaire que soixante en France. (801–02)17
Il n’y a pas de doute que, dans cette culture de Nouvelle-France, au contact des Amérindiens et des coureurs des bois, les filles, souvent plus libres qu’en France, sont initiées plus tôt à la sexualité. De fait, on se marie plus tôt qu’en France et les enfants sont nombreux, des enfants qui ont « un esprit assez bon, mais [sont] un peu libertins » explique un contemporain (cité par Lanctôt 395). Nous ne sommes plus en présence de Français mais de « Canadois », désormais 18.

Nos conclusions concordent donc avec celles de Jaenen (voir « Church-State […] » 28) pour affirmer que les premières décennies de la Nouvelle-France ne sont pas caractérisées par une théocratie. Mais il est clair que nous avons affaire à une hypertrophie de la représentation religieuse (une cinquantaine de jésuites, d’ursulines et d’hospitalières pour une population européenne de 650 personnes vers 1650!) dominée par la compagnie de Jésus 19.

Si théocratie il y a, c’est peut-être au niveau des « réductions », « villages pour indiens » établis au Québec par les missionnaires jésuites pour favoriser la sédentarisation, l’évangélisation et la protection des Amérindiens. Ces villages prennent pour modèles les « réductions » d’Amérique du sud mises en place par la même Compagnie de Jésus dès 1610. Le père Le Jeune écrit ainsi en 163720:

si celuy qui a escrit cette lettre [faisant l’éloge de l’effort missionnaire en Nouvelle-France] a leu la Relation de ce qui se passe au Paraquais, […] il a veu ce qui se fera un jour en la nouvelle France […]. La Religion Chrestienne (moiennant la grace de Dieu) florira en ce païs cy, comme elle fait en celuy-là, notamment aux Hurons. (Relation de 1637, Thwaites [vol. 12] 221)

Si Montesquieu parle de ces « réductions » comme de « républiques », plus par l’esprit qui les a vu naître que par la réalité des pratiques qui y sont observées, Jean Lacouture, dans son ouvrage Jésuites, les qualifie, justement selon nous, de « confédération de théocraties coopérativistes autonomes. » (vol. 1, 507),

Les « réductions » de Nouvelle-France, dont la plus célèbre est celle de Sillery, sont généralement administrées par deux chefs indigènes: l’un, responsable de l’ordre dans le village, le « capitaine », l’autre, chef des affaires religieuses, le « dogique », tous deux élus par la communauté amérindienne. En fait, les jésuites qui supervisent ces villages peuvent faciliter (et le font) l’élection de certains convertis. A Sillery, il semble que les néophytes aient peu à peu laissé la nomination des chefs à la discrétion des pères. Comme l’explique Marc Jetten dans son ouvrage Enclaves amérindiennes: les « réductions » du Canada (1637–1701): « En quelques années, […] les jésuites s’arrogent le pouvoir de nommer les chefs qui leur sont favorables. » (49)

Ce sont aussi les jésuites qui instituent les punitions corporelles, des pratiques qui n’existent pas entre Indiens d’une même famille ou communauté mais qui sont très rapidement adoptées et appliquées par les néophytes les plus zélés. C’est ainsi que l’exposition aux intempéries, le jeûne et la flagellation sont les châtiments infligés aux villageois reconnus coupables, avec l’approbation des pères missionnaires qui pensent que la punition physique ramènera les pêcheurs dans le droit chemin 21. Ces réductions sont, pour l’historien Denys Delâge, de « véritables institutions totalitaires » (298), où les jésuites détiennent quasiment tous les pouvoirs. Si donc il y a théocratie en Nouvelle-France, dans la première moitié du XVIIème siècle et encore après, c’est dans le cadre de ces « villages pour Indiens »22.

Le pouvoir religieux en Nouvelle-France, dans les trois premières décennies de la colonisation, relève en résultat d’une domination conjuguée des congrégations religieuses sur la petite colonie et se concentre pour une bonne part, sinon essentiellement, dans les mains des jésuites qui exercent un fort ascendant sur la communauté. Les missionnaires veulent en effet établir une « terre de catholicisme » libre de l’hérésie protestante, et libérée, autant qu’il est possible, du paganisme amérindien. La Nouvelle-France, dans l’esprit de ces missionnaires, doit être l’antithèse religieuse de l’ancienne, ce que l’«Ancienne France » n’a pas pu être.

L’«Église de mission » en terre canadienne, si elle a parfois pu donner l’impression qu’elle cherchait à établir un régime théocrati¬que pour mieux arriver à ses fins d’évangélisation, ne visait en réalité qu’à imposer un ordre sur lequel elle pourrait, grâce à son magistère moral et sa forte autorité, guider le développement de la colonie. Les réalités de la colonisation, aussi bien sur le terrain que, par la suite, depuis la France, s’y sont opposées. Mais cette influence religieuse, si elle s’est affaiblie à partir du moment où l’«Église de mission » a laissé la place à l’«Église des colons », au début de la seconde moitié du XVIIème siècle, est encore restée puissante jusqu’à la fin de l’«époque française » et a nettement marqué l’Histoire de la Nouvelle-France.

Berry College

NOTES

1 Nous avons décidé de limiter notre étude aux années précédant l’arrivée du vicaire apostolique, Monseigneur François de Laval, en 1659 (lui qui va devenir le premier évêque de Nouvelle-France en 1674), bien que les premières années de son séjour à Québec (surtout de 1663 à 1665) puissent aussi relever de la même problématique. En effet, Laval règne en maître presque absolu, «brûlant» trois gouverneurs en six ans (D’Argenson, D’Avaugour, Mésy). Comme l’écrit Jean Blain dans L’Église de la Nouvelle-France: «Avant tout homme d’Église, l’évêque [évêque de Pétrée ‘in partibus’ — vicaire apostolique, soit Mgr de Laval] a tendance à confondre dans une même vision ses responsabilités religieuses et son exceptionnel mandat civil. […] Administrateur colonial sans aucune expérience quand il arrive en Nouvelle-France en 1659, il se met naturellement - et encore une fois [étant déjà passé, enfant, dans les salles de classe de la Compagnie de Jésus] — à l’école des Jésuites qui connaissent bien la colonie pour avoir eux-mêmes, et souvent avec le plein accord de la Cour, exercé une influence directe ou indirecte sur son destin. » (251) Rapidement se forment, pour défendre des intérêts économiques et politiques liés au développement de la colonie, des groupes privilégiés que domine, entre 1659 et 1665, le vicaire apostolique qui a pris la succession des jésuites. C’est ainsi que Blain va intituler la période 1663–1665: « Les belles années de la théocratie » (212). Cette période particulièrement riche réclame une étude particulière.

2 Pour éviter toute équivoque possible sur le terme “théocratie”, nous l’entendons, dans cette étude comme « la doctrine selon laquelle l’Église détient la souveraineté dans les affaires temporelles » d’après la définition qu’en a donné Marcel Pacaut dans La Théocratie (7).

3James Ronda écrit très justement, dans « The European Indian: Jesuit Civilization Planning in New France »: « In the eyes of the Jesuits [driven by the moral puritanism of the Counter-Reformation], New France was to be a ‘holy Europe’ — one free of sin and vice. » (393)

4 Les membres du Conseil de Québec remettent au supérieur des jésuites, pour les représentants de la Communauté des Habitants en France, ordre « de ne rien faire dans la poursuite et détermination des affaires, dans l’emprunt des deniers et quoique ce soit d’importance, sinon par l’advis, ordre et direction du R. Père Hiérome Lallemant. » (Lanctôt [vol. 1] 257)

5Denys Delâge écrit en ce sens: « c’est l’Église catholique, par l’entremise des Jésuites principalement, qui prend l’initiative du peuplement à des fins missionnaires. […] Evidemment, on exige des arrivants une probité morale exemplaire, autrement dit qu’ils soient bons catholiques. En 1658, le gouverneur d’Argenson [sur avis des religieux] retourne en France une fille-mère débarquée d’un bateau de La Rochelle. » (308)

6Cette pratique sélective de vente d’armes cessera en 1644; et l’interdiction de ce commerce aux Amérindiens favorisera l’extermination des Hurons alliés des Français par les Iroquois armés, eux, par les Hollandais.

7« En janvier 1657 [écrit Jean Blain], on s’est mis d’accord en France comme en Nouvelle-France sur la nécessité d’un évêque à Québec. Au moment où l’Assemblée du Clergé de France a fait l’unanimité sur le choix de Monsieur de Queylus [un sulpicien] comme futur évêque avec l’assentiment de Mazarin, c’est le nom de François de Laval [un de leurs anciens élèves au collège de La Flèche] qui est proposé à tous. Toute l’affaire a été menée par les Jésuites qui tiennent à s’assurer le concours d’un évêque qui leur sera sympathique. Passant outre aux vues et aux décisions de l’Assemblée du Clergé, c’est à la Cour directement qu’ils s’adressent en utilisant l’influence du père Annat sur le roi et celle du père Le Jeune sur Anne d’Autriche, régente du royaume. » (128–29) Finalement, Louis XIV va choisir Laval.

8Les Amérindiens, explique la Sorbonne à qui Mgr de Laval a demandé l’avis, doivent être protégés des mauvaises influences parce que ce sont encore des enfants: « les sauvages sont quasi par toute l’Amérique censés comme Pupilles et Mineurs […]. C’est pourquoi on défend aux Français et aux autres Européens de leur vendre de ces boissons. » « Délibération de la Sorbonne sur les boissons enivrantes [en date de février 1662]. » Mandements […] 41. Sur le thème de la perception des Amérindiens par les missionnaires, consulter notre article: « ‘Pensez-vous venir à bout de renverser le pays?’: la pratique d’évangélisation en Nouvelle-France d’après les Relations des jésuites. »

9Les ursulines, ordre enseignant installé depuis 1639 à Québec, désirent recevoir de petites pensionnaires amérindiennes pour les même raisons: éducation, évangélisation, et « levier politique » pour garantir la sécurité des jésuites en mission. Marie de l’Incarnation, l’auteur d’une abondante correspondance adressée à son fils, Claude Martin, qu’elle a eu très jeune, écrit ainsi dans une lettre du 12 octobre 1655: « Ah! qu’il nous tarde que nous ne voyons une troupe d’Hiroquoises en notre Séminaire: ô combien nous les chéririons pour l’amour de celuy, qui a répandu son sang pour elles aussi bien que pour nous! Il est important que nous en aions pour servir d’hostage, à cause des Réverends Pères qui sont à leur païs. » (Correspondance, 566)

10Jaenen explique, dans The Role of the Church in New France: « in 1656, they appealed to the home government to be relieved of their administrative responsibilities (that is, of their seat on Council), in order to pursue without distraction their missionary activities. »

11Traduction de Lanctôt, Histoire du Canada, vol. 1, 407. Rochemonteix explique encore que, dans sa relation très particulière avec le gouverneur, au milieu des années 1650, le père Ragueneau, représentant au Conseil de Québec, « exerçait […] une influence considérable sur M. de Lauzon, dont il obtenait tout ce qu’il voulait. Il était l’ami, le conseiller intime du gouverneur, dont il dirigeait la conscience: situation très délicate, dont il ne sut pas tirer le bon parti pour le bien général de la colonie » (vol. 2, 184).

12Consulter notre article intitulé « Le passage de l’Atlantique: une traversée pleine de ‘traverses’ » (spécifiquement 23–24) en ce qui concerne l’évolution des rapports entre Marie de l’Incarnation et le père Vimont. Marie passe ainsi de la confiance et estime la plus absolue pour le père au sentiment d’avoir été trahie.

13Marie décrit ainsi à la supérieure des ursulines de Tours, pendant l’été 1656, le conflit qui l’a opposée aux jésuites: [J’ai montré aux pères jésuites] « que je n’etois pas si flexible en un point si important [la Constitution de ce couvent] qu’on se l’étoit imaginé. Je me comporté dans tous les respects possibles, mais toujours avec vigueur et fermeté […] [A]voir des démêlez avec des saints pour qui l’on a toute la créance et toute l’affection possible; ne pas acquiescer à leurs raisons capables d’ébranler à cause de leur solidité; en un mot, se voir dans un état actuel et dans une obligation précise de leur résister, c’est une croix non-pareille et d’un poids insuportable. » (Correspondance 576–77) Et pourtant, elle ne va pas hésiter à le faire et l’emporter contre ces « saints hommes ».

14Talon désire que les ecclésiastiques envoyés de France soient des récollets, les premiers missionnaires de Québec: "Plus nous aurons de Récollets [écrit-il dans un mémoire à Colbert], mieux sera contrebalancée l’autorité trop enracinée des autres." (Cité par Rochemonteix, vol. 3, 88) Il est ironique, comme l’écrit Joseph Cossette dans « Jean Talon, champion au Canada du gallicanisme royal », que l’intendant dénonce l’empiètement de l’Église sur le temporel, et n’hésite pas lui-même à empiéter sur le pouvoir religieux, à s’ingérer « dans la juridiction strictement spirituelle de Mgr de Laval. » (341)

15Thomas Chapais explique, dans Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France (1665–1672), que « De 1670 à 1672, Talon n’eut point de conflit avec l’Église. Mais il était toujours animé des mêmes préjugés, du même esprit gallican, et, sous la courtoisie des formes, il conservait des dispositions peu sympathiques envers l’évêque, les Jésuites et les prêtres séculiers. » (386) Chapais présente Talon en victime du gallicanisme, soit « de son époque, de son milieu, de sa formation administrative. » (201)

16Comme l’explique Joseph Cossette, « [à l’époque] le pouvoir séculier lui-même punissait rudement les délits contre la morale et les ordonnances ecclésiastiques. » (341)

17En ce qui concerne l’enseignement prodigué aux jeunes filles amérindiennes et françaises dans le cadre du couvent des ursulines de Québec, lire notre étude: « L’éducation des filles au couvent des ursulines de Québec à l’époque de Marie de l’Incarnation (1639–1672) ».

18Marie utilise ce terme de « Canadois » pour parler des Français nés au Canada et qui ont grandi dans une culture moins contraignante, plus « libre ». L’ursuline écrit ainsi le 16 octobre 1666: « Nos nouveaux Chrétiens Sauvages suivent l’armée Françoise [dans la guerre menée contre les Iroquois] avec nos jeunes François-Canadois qui sont très vaillants, et qui courent dans les bois comme des Sauvages. » (768) Les jeunes « Canadois » se sont « indianisés ».

19Autre exemple de l’hypertrophie de cette représentation religieuse, en ce qui concerne les jésuites cette fois: 54 pères de cette compagnie viennent en Nouvelle-France entre 1632 et 1637! (cf. Delumeau, 158) L’historien Pierre Chaunu a dénoncé le monopole religieux des jésuites sur la colonie: "L’implantation de la compagnie de Jésus en Nouvelle-France est la principale cause de l’échec à long terme d’une Amérique française." (Cité par Hamelin dans Histoire du Québec, 111). Ce propos est exagéré. Il est certes vrai que, si les Huguenots avaient pu s’y établir avant et après 1685, la population de la colonie se serait considérablement accrue mais aussi les rivalités religieuses, pour ne pas dire la menace de guerre entre catholiques et protestants. C’est exactement ce que Richelieu et ses successeurs au pouvoir en France ne voulaient pas voir se reproduire en Nouvelle-France.

20Les « réductions » d’Amérique du sud seront au nombre d’une trentaine regroupant jusqu’à 200.000 Indiens guaranis entre 1610 et 1767 (sur les pays que sont présentement l’Argentine, le Paraguay et le Brésil). Sur le sujet des « réductions » en Nouvelle-France, lire notre article intitulé: « Les ‘réductions’ de Nouvelle-France: une illustration de la pratique missionnaire jésuite ». Consulter aussi les excellentes études d’Alain Beaulieu: « Réduire et instruire: deux aspects de la politique missionnaire des jésuites face aux Amérindiens nomades (1632–1642) » et de Marc Jetten: Enclaves amérindiennes: les « réductions » du Canada (1637–1701), deux travaux que nous ne connaissions pas lors de la rédaction de notre article sur ces mêmes réductions.

21Lire, par exemple, le récit fait par Marie de l’Incarnation de la flagellation par des néophytes d’une jeune Amérindienne condamnée à tort. Le père De Quen, qui officie à Sillery, approuve la flagellation de la jeune femme sans savoir de quoi il en retourne: « Lui sans sçavoir ce qui s’étoit passé ni jusqu’où la chose devoit aller, repartit que ce seroit bien fait, puis il se retira. » (Lettre du 29 septembre 1642, 164) L’Amérindienne, après un sermon donné par le néophyte zélé qui va faire office de bourreau, commence à être fouettée. Au troisième coup, « le Père De Quen, entendant qu’on ne cessoit point et qu’on y alloit fort rudement sortit et fit faire le holà au zélé exécuteur. » (164) L’épilogue de cette histoire est ainsi raconté par Marie de l’Incarnation: « je me pensé fâcher contre lui [le père] d’avoir laissé fouetté cette pauvre innocente sans arrêter la ferveur inconsidérée des Sauvages, mais enfin comme le tout s’étoit passé innocemment de part et d’autre, il fallut se rire de la simplicité des Sauvages, et demeurer édifiez de la patience de la femme. » (164)

22Les « réductions », selon le père Le Jeune en 1637, doivent permettre de sédentariser, de franciser et de « réduire » à la foi les Amérindiens, mais aussi, comme il l’écrit dans la Relation, de former des réserves d’«hotages pour asseurer la vie de nos François au païs des Hurons, & pour conserver le commerce qu’ils ont avec tous ces peuples & nations plus esloignées. » (Relation de 1637, Thwaites [vol. 12] 78) Une fois de plus, le développement de la colonie et le réflexe de sécurité se profilent derrière les impératifs religieux, à l’instar de la fondation de « séminaires » ou écoles pour enfants amérindiens, des « séminaires » ayant aussi pour but d’être des réserves d’otages.

Ouvrages cités

Beaulieu, Alain. « Réduire et instruire: deux aspects de la politique missionnaire des jésuites face aux Amérindiens nomades (1632-1642). » Recherches Amérindiennes au Québec17, nn. 1–2 (1987), 139–154.
Blain, Jean. L'Eglise de la Nouvelle-France (1632-1675). La mise en place des structures. Thèse de doctorat d'histoire (thèse soutenue le 13 octobre 1967). Université d'Ottawa, faculté des Arts, 1967.
Chapais, Thomas. Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France (1665-1672). Québec: S.-A. Demers, 1904.
Cossette, Joseph. « Jean Talon, champion au Canada du gallicanisme royal, 1665-1672 (d'après sa correspondance avec la Cour de France). » Revue d'Histoire de l'Amérique Française 11.3 (décembre 1957), 327–352.
Delâge, Denys. Le Pays renversé. Amérindiens et Européens en Amérique du nord-est (1600-1664). Québec: Boréal Express, 1985.
Delumeau, Jean et Monique Cottret. Le Catholicisme entre Luther et Voltaire. Paris: Presses Universitaires de France, 1996.
Deslandres, Dominique. Croire et faire croire. Les missions françaises au XVIIème siècle. Paris: Fayard, 2003.
Goyau, Georges. Les Origines religieuses du Canada. Paris: Grasset, 1924.
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———. « Le passage de l'Atlantique: une traversée pleine de 'traverses'. » (7–35) Publié dans Femme, mystique et missionnaire. Marie Guyart de l'Incarnation. Sous la direction du professeur Raymond Brodeur. Québec: Les Presses de l'Université Laval, 2001.
———. « Les 'réductions' de Nouvelle-France: une illustration de la pratique missionnaire jésuite. » Dix-septième siècle 196.3 (1997), 519–529.
———. «'Pensez-vous venir à bout de renverser le pays?': la pratique d'évangélisation en Nouvelle-France d'après les Relations des jésuites. » Dix-septième siècle 201, n.4 (1998), 681–707.
Guyart, Marie, dite de l'Incarnation. Marie de l'Incarnation Ursuline (1599–1672). Correspondance. Nouvelle édition de Dom Guy Oury. Sablé-sur-Sarthe: Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 1971.
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Rapport de l'archiviste de la Province de Québec pour 1930–1931. Québec: Rédempti Paradis, 1931
Rochemonteix, Père Camille de. Les Jésuites et la Nouvelle-France au XVIIème siècle. Paris: Letouzey et Ané, 1896. 3 vol.
Ronda, James. « The European Indian: Jesuit Civilization Planning in New France . » Church History 31 (1972), 385–95.
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Hubert: Accounting for Critical Displacements

Article Citation: 
Cahiers du dix-septième: An Interdisciplinary Journal, XI (2006), 1–17
Author: 
Judd Hubert
Article Text: 

As a Fulbright research fellow back in 1956, one of my assignments consisted in consulting Sorbonne professors in my field of research. Antoine Adam, in those days a highly respected scholar in seventeenth-century French literature, asserted that my critical approach suffered from the fact that, living far away from the Bibiothèque Nationale and other serious sources I had no other recourse than to indulge in subjective interpretation. My colleague at Harvard, René Jasinski, engaged at the time in composing his Vers le vrai Racine, originally entitled Le Vrai Racine, complained that, having received seven erroneous explications de textes from his seminar students, he regretfully had to supply the eighth, the only valid commentary. However, I met many other distinguished Sorbonne professors, notably Jean Pommier, Albert-Marie Schmidt, Frédéric Deloffre, Octave Nadal, Raymond Picard who did not voice objections to unorthodox methods. Of course, my open-minded teachers at Columbia accepted any approach within reason.

Literary studies have evolved during the last half-century thanks to Anglo-American new criticism, structuralism, deconstruction, psychoanalysis, feminism, and post-colonialism. Today, all approaches have become acceptable, though somewhat reluctantly, to “dix-septièmistes” who may have remained more faithful than scholars in later fields to traditional methods by insisting on historically based close readings of texts.

I still find it surprising that in spite of new ways of analyzing and deconstructing literary works without worrying unduly about historical and biographical details most scholars continue to specialize in centuries. Perhaps hiring practices help to keep the centuries alive. I.A. Richards had shown, merely by eliminating dates and typographical clues, that for lack of a proper historical framework, students felt at a loss in dealing with specific poems. During the years I spent at Columbia, I enjoyed most of all a summer course taught by a visitor from Yale, Henri Peyre, a brilliant scholar and teacher skilled in revealing the mysteries of poetic texts. Because of his influence, reinforced by my discovery of William Empson’s Seven Types of Ambiguity, a book familiar at that time to graduate students in English, but unknown to those in French, I developed a strong interest in analyzing literary texts. Previously, as a student at the French lycée in Brussels and at Middlebury College in Vermont, I had a marked preference for philosophy thanks mainly to Emmanuel Mounier, the founder with Jacques Maritain of the Personalist movement in France. Instead of assigning the standard manual in preparing us for the “Baccalauréat” in philosophy, Mounier had us read complete texts by Bergson, Nietzsche, and Whitehead. As a result, we all passed without difficulty. As a graduate student, my enthusiasm for philosophy hardly abated for I insisted on taking Jacques Maritain’s seminar in epistemology instead of courses in French literature useful in preparing comprehensive exams. Years later, when so many scholars with minimal training in philosophical speculation, metamorphosed overnight into theorists, I nonetheless refrained from immediately participating in the new venture. I have to admit, however, that my very first article, “Esbozo de una critica ontological de la poesia,” published in an avant-garde Peruvian journal, pertained to literary theory.
I endeavored, in my doctoral thesis, to apply Empson’s method to Baudelaire, my favorite poet. As this resulted in L’Esthétique des Fleurs du mal: Essai sur l’ambiguïté poétique (1953), I willy-nilly started my career as a nineteenth-century new critic, if not necessarily as a scholar. Baudelairean scholars had privileged biographical and source criticism, for instance in matching the poems with the women who had allegedly inspired them or in finding every line of poetry that Baudelaire may have remembered. However, gifted scholars such as Jean Pommier had preferred to place the Flowers of Evil in a meaningful historical context.

I looked for double meanings, for instance in etymological puns, realizing that Baudelaire, a lexical purist, would hardly countenance the outrageous puns favored by more recent poets. “Danse macabre” provides a good example of Baudelaire’s method in “L’élégance sans nom de l’humaine armature” where “sans nom” means both “nameless” and “extreme.” In the condemned poem “A celle qui est trop gaie” synesthesia predominates. Words involving both light and sound such as “claire,” “éclatantes, ” “retentissantes” combine with joyful colors in opposing the persona’s so-called satanic aggression and “atonie.” Nor did I limit myself to purely verbal ambiguities. Form plays a major part in “Bien loin d’ici,” a reversed sonnet in which the sextet precedes. While in so many of his poems, Baudelaire associated “souvenir” with perfumes, here he dwells on the origin of memory: “De haut en bas, avec grand soin,/Sa peau délicate est frottée/ D’huile odorante et de benjoin.” By turning the sonnet form upside down, he has shown the origins of memnonic poems such as “La Chevelure,” triggered by perfume. Although I closely followed Empson, I differed in some respects from several other new critics, notably I.A. Richards who, hoping that semantic polyvalence would enable him to uncover the source and secret essence of a poet’s creativity, relied on a highly sophisticated biographical approach based on wordplay rather than events. I felt that the writer’s life, secret or overt, only superficially accounts for his work. In writing a poem, a play, a novel, a writer goes beyond personal experience. Indeed, the work of art transcends personal experience and leads an independent existence.

I considered Baudelaire the first modern poet. His Romantic predecessors in France had, in one way or another, maintained a physical presence in their poems. Lamartine often favors a recumbent position while Vigny, seated upright, expresses a stoic dignity. Moreover, he versified texts that he had originally written in prose. The great Victor Hugo, who composed standing up, vigorously moves about in his poems. Even in his numerous confessional texts, Baudelaire’s presence in his poetry remains operational insofar as by giving no more importance to his body and his emotional makeup than to other aspects of his subject matter he subordinates everything to a functional structure. In short, he completely devoted himself to his creative task and, as a result, reduced the barrier separating the self from the outside world, an accomplishment characteristic of modernity. Later French poets followed suit, notably Rimbaud with his “Je est un autre” and Eluard in whose works the barrier separating the inner from the outer world has completely disappeared.

My interest in philosophy made its presence felt in the opening chapter in which I attempted to elaborate a theory about literary research that may have alienated more readers than my interpretations of the poems themselves. Inspired by the epistemologies of Hans Vaihinger and Emile Meyerson, I pointed out the assumptions of all critical and scholarly approaches to literature including those of new critics such as I.A. Richards. I also revealed my own assumptions including the distinction between poetic function and semantic plurality. In short, I tried to show the cognitive presuppositions of literary studies that I regarded not as a science but as a discipline and an art. However, I stubbornly privileged the literary text unlike some later critics who considered theory self-sufficient. Looking back at L’Esthétique des Fleurs du mal, I realize that I had undertaken a semantic deconstruction of the texts in order to reveal their poetic functions.

While teaching seventeenth-century French literature at Harvard, I spent more time explicating drama than discussing moralists, novelists, and poets, wondering whether a method derived from Anglo-American new criticism might lead to the discovery of hidden meanings in tragedies noted for clarity of expression. By applying a similar sort of close reading with modifications to Racine I entered the field of seventeenth-century French literature to which I still belong in spite of lengthy excursions into French symbolist poetry, Shakespeare, and, in collaboration with Renée Hubert, contemporary artists’ books. I treated Racine’s tragedies as poems, substituting inner coherence for poetic function. Interrelating metaphors mattered much more to me than studying plots and characters or showing the dramatist’s success in representing mythological or historical events. Nor did it matter too much whether a protagonist or a minor character uttered a speech for all words in the play belonged to the same poem and thus could reveal its inner coherence. After all, the great Leo Spitzer needed only to analyze a single paragraph to reveal the entire system of a text.

My approach consisted in trying to show that leading characters, for instance Pyrrhus, Oreste and Hermione in Andromaque, dissatisfied with their past actions or present situation, vainly tried to attain perfection. The brutal Pyrrhus wanted to become Hector, the rejected Hermione tried to ”launch a thousand ships,” while Oreste, too young to have joined the Greek forces, envied his father’s prestige as leader of the Greek armies. I thus saw the tragedy as a sort of ghost story in which Hector set the Trojan war in reverse by punishing the Greeks for their crimes and giving the power in Epirus to his widow. Though I still consider Hector the occult protagonist of the play I have misgivings about my reliance on perfection as a means to explain the behavior of Racine’s leading women and men. In a second edition of Essai d’Exégèse racinienne: les secrets témoins (1985), described as “edition augmentée” even though it contained commentaries on only three tragedies, precisely those assigned that year for the “agrégation,” I supplied a “postface” that provided a more theatrical orientation. Dismissing the search for perfection—a moral value—as a means to account for a character’s conduct, I advocated a performative reading. Leaving perfection aside, Pyrrhus, Hermione, and Oreste, dissatisfied with their roles, vainly seek a different casting and in so doing fail also as dramatists. In “Les Ecarts de Trézène” (1986), I provided a more theatrical reading of Phèdre than in the Essai d’éxégèse by focusing on the unity of place—on the tranquil and ordered Trézène, invaded by evil forces. No longer able to sustain his part as follower of Venus, Hipppolyte wants above all to leave the city or rather the stage while Phèdre, pursued by Venus, refuses to make an appearance. Nevertheless, Hippolyte shows reluctance in admitting his transformation and in following in his womanizing father’s footsteps. Phèdre, unable to sustain her part as a mean mother-in-law and ashamed of her role as lover, leaves the function of dramatist to Œnone. The peaceful order of Trézène, an ally of the Sun, has turned against her. Thus, I contrasted the orderly framework of classical drama with the violent state of disorder taking place within it.

Neither poetic function nor inner coherence can account for Molière’s masterpieces, featuring brilliant (dis)connections. After all, laughter arises from forcing together incompatible scenarios. Nonetheless, my approach in Molière and Comedy of Intellect did not undergo a radical change in spite of my growing awareness of the importance of theatricality for I continued to minimized those historical, moral, and psychological considerations that have made so many studies of the comedies so serious in tone that Molière might as well have composed essays. Although his plays may lack the obvious metaphorical unity and poetic coherence of Racine’s, they possess, however, a theatrical unity featuring entertainment at all costs. And they do provide more than enough material for verbal analysis. Indeed, his one and only tragic-comedy, Don Garcie de Navarre, requires as searching a metaphorical study as any tragedy of Corneille and Racine. Intellectual terms involving perception, self-deception, illusion, and subversion of established values appear in practically all the works. Even in Don Juan, a play seemingly lacking in continuity, the interplay of movement, immobility, wordiness, and testing give it an undeniable coherence. While treating Molière’s comedies in much the same way I had analyzed Racine’s tragedies, I discovered that theatricality and entertainment prevailed over all other considerations. In spite of my critical intentions, Molière and the Comedy of intellect revealed the overriding importance of theatricality in all successful works written for the stage. Unfortunately, I did not become aware of this truth until about twenty years later when, in collaboration with Franco Tonelli, I wrote “Theatricality: The Burden of the Text.”In the meantime, I remained more or less faithful to my usual new critical approach in writing about Molière’s two burlesque styles as well as in several articles on Corneille and other seventeenth-century dramatists such as Longepierre. Nor did I neglect poetry: Malherbe, seventeenth-century burlesque parody, Baudelaire, Malherbe, Rimbaud, and Nerval. In addition, I finally ventured into historical scholarship. Although I had spent many hours at the Bibliothèque Nationale and at the far more appealing Arsenal, my scholarly publiations stemmed mainly from collecting antiquarian books, an inexpensive habit in the 1950s and 1960s. Indeed, books in your personal collection to which you can return at leisure can provide greater rewards than volumes consulted in research libraries. In this manner, I discovered the source of Jean de Schélandre’s tragedy, Tyr et Sidon, rewritten as a tragicomedy, in Les Fantasies amoureuses (1601), an exceedingly rare anonymous novel of considerable merit containing excellent poetry. Ownership of several “recueils collectifs” enabled me to show in “Le Mystère des deux Acante,” how La Fontaine had imitated and improved upon his friend Pellisson’s clever verse, much of which had appeared anonymously but that I easily managed to restore to him. Both of these articles appeared in La Revue d’Histoire Littéraitre de la France where I would probably have had difficulty at that time in placing my more interpretative pieces. I had also acquired Voltaire’s 1764 edition of Corneille’s Théâtre, at a very low price because somebody had written in the margins. It turned out that a “philosophe,” Pierre-André Le Guay de Prémontval, rather than a vandalizing freshman had penned all the annotations for the edification of his pupils, nephews of the great Frederic of Prussia. A devotee of Racine, Premontval had so little respect for “le grand Corneille” that he considered Voltaire’s strictures far too lenient. Fortunately, Voltaire included Racine’s Bérénice so as to establish a belittling comparison with Corneille’s Tite et Bérénice. Prémontval’s impressive notes on Racine’s tragedy appeared in “Une Appréciation inédite sur Racine en 1764” in which I suggested that Prémontval, a remarkably original friend of Diderot and Lessing, deserved further study and perhaps a doctoral dissertation.

I departed from this safe kind of research by the risky attribution of anonymous poems appearing in Emile de la Bédollière’s Les Industriels to Baudelaire at an early stage in his career. Major Baudelaire scholars such as Bandy and Pichois strongly resisted this attribution, but Jean Pommier, a literary historian who really understood poetry, agreed with me. I also thought that La Rochefoucauld had produced, in addition to his maxims and memoirs, an essay entitled La Justification de l’amour. As hardly anybody deigned to take notice of this problematic attribution, I gathered that scholars hardly ever object when you restore an anonymous work to a minor author such as Paul Pellisson but that you had better not attribute a minor work to a major writer.

I also became concerned with the problems of translation. In teaching stylistics at UCLA and Irvine, I occasionally asked the graduate students to operate both as ”theme” and “version translators. I had them translate a passage from “The Fall of the House of Usher” without consulting Baudelaire’s rendition. While Poe’s prose in this tale suggests aggression with a blunt instrument, Baudelaire’s has much more in common with a rapier. The students’ translations fell somewhere in between. And we all agreed that French style favors spatial relations far more than does English. My interest in translation as a pedagogical tool resulted in articles comparing Baudelaire’s “La Cloche fêlée” and Mallarmé’s “Ses purs ongles très haut déployant leur onyx” to various English renditions whose inevitable shortcomings helped to reveal the hidden meanings of the poems.

The article composed in collaboration with Franco Tonelli showed at the very least that I had finally succumbed to the critical theory contagion by invoking authorities such as Michel Foucault, Roland Barthe, Merleau-Ponty, and Jacques Derrida. The theatrical method we developed—and that I expanded in the introductory chapter of Metadrama: the Example of Shakespeare and reduced to more manageable proportions in Corneille’s Performative Metaphors— probably did not require so abstruse a discourse. Consisting essentially of close readings of plays as plays rather than narratives or poems, a theatrical approach can probably thrive without theorizing about metadrama. A performative reading depends on a certain number of interpretive techniques. In studying the language of a play, the reader focuses on words and metaphors relevant to the stage, words and metaphors that often go unnoticed particularly when they fit unobtrusively into the mimetic aspects of the play, notably the psychological, moral, and historical behavior of the speaker. For instance, lines concerning Macbeth’s costuming show his inability to fit into the role of king. He fails not only as an actor but also as a dramatist, for the witches with the help of Lady Macbeth have imposed upon him their evil scenario. As certain twists in the plot advance the action while others serve mainly to retard it, a performative interpretation may profit from a careful examination of this alternation of forward and backward movements. I have referred to the former as illusion and the latter as elusion. Without the protagonist’s procrastinations, Hamlet would have lasted little more than a single act while Phèdre would not figure in the repertory if Hippolyte, as promised, had immediately left Trézène or if Phèdre herself had persisted in her refusal to appear on stage. In Renaissance tragedy, Jean de la Taille’s Saül le furieux, the mad protagonist whose ranting about God and the prophet Samuel takes up most of the play, dwells on the past instead of joining his sons in resisting the Philistines. While illusion consists in building up the plot and in focusing on action, elusion, by retarding the unfolding of the play, creates, so to speak, suspended time. Seventeenth-century French dramatists, in avoiding violent action on stage, required narratives, often spoken by a minor character, to inform the on-stage and off-stage audience of what hasd happened. Naturally, all such narratives mark a momentary step back into the past instead of progression toward the future.

By treating the text as a score, a performative approach postulates that a play, however accurately it may portray people and events, represents even more successfully its own theatrical manipulations. The play within the play in Hamlet provides an overt manifestation of this process, ever present in less obvious form throughout the tragedy. It so happens that dramatists tend to make their characters conform to the requirements of the stage in order to represent them more convincingly. Among Hyppolyte’s first words we find the highly theatrical: “Je me suis applaudi quand je me suis connu” while the reluctant Phèdre complains about her hairdresser and costumer thus introducing early in the play the idea of spectacle in addition to stage directions. By such means dramatists succeed in bridging the gap between the persons and events they purport to represent and the framed artificiality of saging. Although a theatrical approach cannot completely dispense with mimetic interpretations of drama, it emphasizes the self-referential aspects of plays. It so happens that displacement provides a useful tool in showing transitions from the mimetic to self-referential theatricality.

Having discovered in Molière—actor, writer, producer, playwright—the overwhelming importance of theatricality, I tackled another master of the stage: Shakespeare. I had previously written a book about Racine and devoted several articles to Pierre Corneille, dramatists considered so different from one another that many scholars with a preference for the former have shown little inclination to write about the latter. The still greater gap between Shakespeare and Racine has discouraged Elizabethan and Jacobean scholars from interpreting classical French theater and prevented specialists in classical French theater from devoting time to Shakespeare. Among the few exceptions, I must single out Jean Dubu who has provided excellent historical studies on both Racine and Shakespeare. I could write without qualms about both Corneille and Racine perhaps because I did not worry about the incompatibility between the semblance of heroic behavior and sense of honor predominating in Corneille’s dramas and the fatal weaknesses displayed by so many of Racine’s protagonists. Because of my preoccupation with theatricality, all plays, whether classical, Elizabethan, or modern became grist for my mill. Their performative aspects diminished all mimetic differences insofar as characters, however true to life or myth, tend to function at one time of another as actors, dramatists, and spectators. In no way did I invent this inevitable displacement from a so-called imitation of reality to theatricality. James Calderwood, for one, had discussed metadrama in all his studies of Shakespeare and Kenneth Burke provided the initial justification for this approach in his Grammar of Motives.

Having taught a course in comparative literature on early modern theater in which I had included both French and English dramatists, I decided to apply a theatrical approach to Shakespearean tragedy by writing an article on King Lear and Macbeth, both of these plays belonging to my century if not exactly to my field. I thus tackled two of the most complex and least classical plays in the English repertory but certainly among the most theatrical. In the abdicating and verbalizing Lear I saw a king who had willfully ceased to function as a dramatist and had thereby reduced himself to acting in scenarios imposed by others before becoming the miserable spectator of his own downfall. Edgar, his successor, successfully performed the parts of madman, of villager, and of knight according to his own scenarios before acceding to the throne. By continually overreaching himself, Macbeth never could succeed in establishing a reliable scenario and fitting into a part. His failures contrast with Banquo’s endless pageant of successors including King James I who probably enjoyed the play at its first performance. He must have strongly approved of this distant ancestor, for Jean de Schélandre, during his sojourn at the English court, composed for his benefit three cantos of an epic poem entitled La Stuartide, featuring Banquo’s son, Fleance. Both Shakespeare and Schélandre found devious ways to exculpate Banquo , an active accomplice in Duncan’s assassination.

Metatheater: The Example of Shakespeare followed several years later. I limited my study to six plays. Rather than psychological verisimilitude and a realistic story, Much Ado about Nothing features country dancing with its numerous permutations and reliance on fashion. For this reason, the comedy provides displacements far different from the dramatic mimeticism of other plays. Twelfth Night features spatial displacements in keeping with the scenic divisions of the Elizabethan stage. Three sets of characters produce their own kind of illusions and elusions without too much interference from the outside apart from the enterprising mobility of Viola and the entertaining clown Feste. From a theatrical point of view, the comedy reaches a climax in the imprisonment of Malvolio. Separations also mark Measure for Measure where Duke Vincentio, the protagonist, functions as chief dramatist, director, and spectator while featuring inauspiciously in scenarios created by lesser dramatists.

Instead of including King Lear and Macbeth, I chose Othello and Hamlet. In Othello, I dwelled on the discrepancy between his stage presence as a Moor and his prestige as general and governor, a discrepancy epitomized in Iago’s referring to him as “his Moorship.” Having transformed his military tribulations and ultimate triumphs into the inevitably fictionalized narratives that Desdemona found so appealing, he becomes the victim of Iago’s story telling. Moreover, he moves from an epic style to a manner of speech closer to Iago’s demeaning language. In Hamlet, I saw a sophisticated actor unwilling to star in an outmoded revenge play rather than the victim of complexes or a person incapable of taking a decision. Basing myself on the first quarto of the tragedy, I displaced the famous “To be or not to be” from soliloquy to reading and the following scene to a comic interlude in which Hamlet, carrying the volume from which he had just read a passage, makes fun of Ophelia, a submissive non-reader who displays a prayer book no doubt handed to her by her father. In addition to the comedies and tragedies, I included The Winter’s Tale, a romance or tragicomedy based on a novel. Shakespeare’s skill in bridging the sixteen-year gap separating the first from the second part interested me most of all. I discovered that the play consisted of far more gaps than the one in time. In the first part, the paranoid Leontes imposes upon his skeptical courtiers a dismal drama in which he casts himself in the shameful role of cuckold. In the second part, the con artist Autolycus imaginatively concocts self-serving shows as false but far less harmful than Leontes’ dismal drama while Perdita, the jealous king’s cast away daughter, playing the part of Flora, entertains the audience with a poetic pastoral. Playing the part of statue, Queen Hermione comes back to life and rejoins de cast. In brief, everyone performs or serves as an audience including Time itself, transformed into a dramatist and an actor.

I had to reduce a gap of my own making in order to give a semblance of continuity to Corneille’s Performative Metaphors. David Rubin had encouraged me to publish in book form the various articles I had published on Corneille from 1958 until 1993, an abeyance more than twice as long as that of The Winter’s Tale. And like the famous romance, it consisted of two quite separate parts. Having published between 1958 and 1971several articles in which I treated various plays of Corneille as poems, I started in 1984 to interpret some of his other dramas from a theatrical point of view. Realizing that a book length study requires a minimum of continuity, I rewrote and augmented the earlier articles, left the most recent with only minor changes, and added several chapters dealing with plays I had not previously discussed. As a result, the book, far from limiting itself to previously published articles, consists for the most part of new material. I must admit, however, that while emphasizing the theatrical aspects of drama, I did not neglect whatever I may have gleaned in treating plays as poems. As these revisions consisted in blending, as best I could, a poetic with a theatrical bias, I inevitably had to conjure away their mimetic aspects, considered by many critics as essential. Completeness tends to elude scholars who often suffer from the same limitations as the ghost of King Laios in Cocteau’s La Machine infernale. Unable to a make himself visible and audible at the same moment, he fails to warn Jocasta of impending dangers.

In the ”The Greatest Roman of Them All: Corneille’s Sertorius,” I dwelled on the metaphors of division and divorce, matrimonial as well as political, while stressing the importance of greatness as resulting from moral values rather than power. In the book, a considerably expanded commentary on Sertorius stresses in addition role-playing and displacement while personified greatness functions as an actant capable of creating scenarios of its own. One of Sertorius’s problems arose from his reluctance to assume the part of foreign potentate in which Viriate insisted on casting him. Interestingly enough, the Spanish Queen, unlike our present leadership, felt little need to free other nations, including Rome itself, from tyranny: ”Affranchissons le Tage, et laissons faire au Tibre,/La liberté n’est rien quand tout le monde est libre” (1333–35). In brief, she wishes to enjoy, in the company of Sertorius, the protracted spectacle of an independent and thriving Spain.

In le “Réel et l’illusoire dans le théâtre de Corneille et celui de Rotrou,” an article stressing the importance of reasoning in French seventeenth-century literature, I contrasted the use of analogy in Le Véritable saint Genest with reliance on the concepts of “volonté” and “efficacité” in Polyeucte. While stressing the metadramatic qualities, worthy of Pirandello, of Rotrou’s religious tragedy, I failed to discuss the less obvious theatricality of Polyeucte. I made up for this lack in the book by insisting that although the Armenian prince’s rush to martyrdom overtly resulted from the power of grace it depended even more on the dramatist’s skillful use of the unity of time. Thus, divine grace required the even greater efficiency of theatricality. In short, the play favored its own operations in the course of representing a religious event. In addition, I discussed the importance of ostentatious performance, particularly on the part of Néarque and Polyeucte himself.

In recent years, I collaborated with Renée Hubert on The Cutting Edge of Reading: Artists’ Books and on several articles involving related subjects. After completing her Ph.D. at Columbia University, Renée, tired of writing about Dreyfus and the novel, published in France several volumes of poetry including Le Berceau d’Eve in 1956 at the Editions de Minuit. However, her enthusiasm for avant-garde poetry and painting eventually reconciled her with scholarship. In addition to two volumes on Surrealism and The Cutting Edge, she produced some 180 articles on a variety of subjects. Shortly before her death, she completed Cultural (dis) Connections: Memoirs of a Surrealist Scholar appearing in April, 2005, at Black Apollo Press. I naturally shared her interests. Instead of adding to our collection of rare antiquarian volumes, I joined her in acquiring Surrealist “livres de peintres” and, later on, even more recent artists’ books that pose as many questions as metadrama even though they obviously require a far different kind of reading particularly when they display only graphics. Thanks to Louis Marin and others, reading paintings has become a fixture in recent art history. Renée, an expert in Surrealist art and in relating texts and images, played the main part in treating the visual aspects of our enterprise while I contributed particularly to the verbal side. In any case, we wrote and rewrote our analyses of these hybrid works situated in the no-man’s-land between literature and art. We met many book artists both in this country and in Europe. A young artist to whom we had devoted a chapter expressed astonishment when we met him. He thought that The Cutting Edge of Reading owed its existence to youthful critics rather than to octogenarians. Perhaps he did not realize that close reading, hardly dependent on age, can deal with all sorts of creative endeavor.
Actually, the study of artists’ books fits into our previous research, Renée’s far more obviously than mine insofar as The Cutting Edge of Reading provides a sequel to Surrealism and the Book. Inner coherence obviously plays a more important part in bookwork than in ordinary book production. Indeed, artists strive for cohesion among the various parts of the book by giving equal status to its various aspects such as images, typography, paper, binding, page setting, folds, collages… And while traditional volumes, whether illustrated or not, rely mainly on readability, artists’ books feature performance.

University of California, Irvine

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