Il n’y a pas de Pyrénées : Circulation des artistes entre France et Pays-Bas espagnols au XVIIe siècle

Journées d’études internationales

organisées par Manuel Couvreur, Sabine Van Sprang et Ralph Dekoninck

 

Bruxelles, 11 - 12 janvier 2019

 

Avec le soutien de la Société française d’étude du xviie siècle, des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, de l’Académie royale de Belgique, de l’Université catholique de Louvain et de l’Université libre de Bruxelles.

 

L’historiographie des relations entre la France et l’Espagne a toujours privilégié la seule Espagne péninsulaire, celle d’au-delà des Pyrénées, oubliant souvent que ce même royaume bornait aussi la France sur ses frontières Nord : une frontière qui, au gré des conflits territoriaux entre les deux monarchies, n’a cessé de se déplacer sur cette région désignée de manière tout aussi floue sous la dénomination de Flandres.

            Nombre d’études récentes ont mis en lumière la circulation intense des artistes et des œuvres entre la Péninsule et les Pays-Bas espagnols, depuis la publication du Lazarillo de Tormes à Anvers dès 1554, jusqu’au séjour de Rubens à Madrid en 1628-1629. Dans le domaine musical, même circulation constante entre la célèbre Capilla flamenca que Charles-Quint avait instituée en 1515 et la chapelle royale de Madrid, systématiquement confiée à des maîtres originaires des Pays-Bas, et le plus souvent hennuyers : de leur fusion en  1637, il résulta une unique Capilla real, officiant à Madrid et à Bruxelles.

            Entre ces deux espaces placés sous l’autorité du roi d’Espagne et sans doute plus unifiés culturellement que les historiographies nationales n’ont souvent voulu l’admettre, le royaume de France. Malgré les alliances matrimoniales avec les infantes Anne puis Marie-Thérèse d’Autriche, la France fut en conflit quasi constant avec l’Espagne, conflit parfois larvé, mais continument ouvert à partir de la guerre de Dévolution déclarée le 24 mai 1667, jusqu’à la ratification du traité de Baden, le 7 septembre 1714.

            Ce demi-siècle de guerre sur les frontières du Nord, n’a pas empêché les artistes des Pays-Bas espagnols de se rendre en France, comme l’avaient fait, dans la première moitié du siècle, le Bruxellois Philippe de Champaigne ou le Athois Jacques de Saint-Luc. C’est en repartant du parcours déjà largement étudié de ces illustres devanciers, que le présent colloque souhaite évaluer celui de leurs successeurs dans la seconde moitié du siècle, période nettement moins étudiée et pourtant tout aussi riche en circulation croisée.

            Nombreux furent en effet les artistes formés aux Pays-Bas espagnols qui firent carrière au service de Louis xiv, comme les peintres Nicasius Bernaerts, Adam van der Meulen, ou Pieter Boel, voire les frères Le Nain, les sculpteurs Gérard van Opstal, voire les frères Gaspard et Balthazar Marsy, les musiciens Nicolas Hotman, Thomas-Louis Bourgeois ou Jacques Lœillet. Leur nombre était si important qu’à Paris, ils s’étaient fait des lieux de ralliement de certains « cafés flamands ». Au tournant du xviiie siècle, la cour de Maximilien-Emmanuel, gouverneur des Pays-Bas espagnols, fut contrainte de s’installer à Lille, puis à Suresnes : ce prince amateur de musique fit alors découvrir en France des formes nouvelles. Certains de ses musiciens restèrent en France, d’autres qu’il y avait recrutés, comme le dramaturge et musicien Nicolas Racot de Grandval ou le portraitiste Joseph Vivien, l’accompagnèrent jusqu’en Bavière.

            L’un des aspects négligés que le colloque entendra mettre en évidence est que cette circulation ne se faisait pas en sens unique : Antoine Arnauld trouva refuge en 1678 à Bruxelles où Fénelon vint corriger les épreuves de son Télémaque ; Henri Desmarest y composa des motets pour Maximilien-Emmanuel, mademoiselle de Maupin y fit ses débuts de cantatrice, le chorégraphe Pierre Deschars y fit carrière.

            En outre, les échanges culturels entre la France et les Pays-Bas espagnols ne se limitent pas à la circulation des individus. Tournai devenue française en 1667 verra ses célèbres manufactures tisser les cartons de Charles Le Brun, à l’instar de celles des Gobelins. Bruxelles devint la capitale de la contrefaçon des livres français et le lieu d’édition d’ouvrages interdits en France mais dont le marché était inondé, tout autant que le fut celui du marché d’art par les tableaux flamands.

            Afin de dépasser l’accumulation de parcours individuels, les intervenants seront invités à aborder systématiquement quelques questions fondamentales : spécificité de la formation initiale et son intérêt par rapport au pays cible ; motivations du déplacement vers celui-ci ; identification des réseaux favorisant ces circulations ; évaluation de l’influence du contexte initial sur l’évolution de leur esthétique et originalité éventuelle de celle-ci au sein de la production artistique du pays cible. Le présent colloque ne vise pas à traiter de manière exhaustive ce domaine neuf, aussi vaste que complexe, mais s’efforcera, d’une part, d’initier une dynamique de recherche internationale et de tracer les axes les plus porteurs.

           

 

Programme

 

Vendredi 11 janvier 2019

14h30.

Lieu : Bozar

Theodoor van Loon. Un peintre caravagesque entre Rome et Bruxelles

Visite guidée, par Sabine van Sprang, commissaire de l’exposition.

 

17h.

Lieu : Palais des Académies (salle de marbre)

Pierre Laurens (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) et Florence Vuilleumier-Laurens (Université de Brest), Échos de la guerre de dévolution et de la guerre de Hollande à la Galerie des glaces de Versailles (titre sous réserve).

 

La conférence sera suivie d’un drink.

 

 

Samedi 12 janvier 2019

Lieu : Musées royaux des beaux-arts de Belgique (auditorium B)

 

10h30- Accueil

 

11h-13h- Le contexte historique et artistique

- Jean-Robert Armogathe (EPHE/PSL), Le joker espagnol. Le recours à Madrid dans les affaires flamandes

– Bruno Demoulin (Université de Liège) : Le contexte historique

– Mickaël Szanto (Centre André Chastel) : Peinture et marché d’art

– Jean-Philippe Van Aelbrouck (Université libre de Bruxelles) : Le spectacle (danse et théâtre)

– Fanch Thoraval (Université catholique de Louvain) : Musique

 

14h30-18hApproches ponctuelles

 

1re table ronde : (14h30-15h45)

            1. Gwendoline de Mûêlenaere (UGent-FWO) :

Les frontispices de thèse entre France et anciens Pays-Bas

            2. Delphine Schreuder (UCL) :

Étude comparée des frontispices des traités de fortification entre France et anciens Pays-Bas

            3. Nathalie Dereymaeker (Université de Lille Sciences humaines et sociales-UCL) : Étude comparée des plans en reliefs

            4. Anne Delvingt (ULB) :

La peinture caravagesque flamande en France dans la seconde moitié du xviiesiècle

 

2e table ronde : (16h.-17h45)

            5. Eduardo Lamas Delgado (IRPA-ULB) :

Les artistes franc-comtois à Madrid, sujets flamands du roi d’Espagne (1650-1700)

            6. Géraldine Patigny (IRPA-ULB) :

Des sculpteurs « flamands » à Versailles (Van Osptal et van den Bogaert)

            7. Jean-Philippe Huys (Centre international pour l’étude du xixe siècle) :

Présence des écrivains et plasticiens français à Bruxelles sous Maximilien-Emmanuel de Bavière(Fénelon,  Du Bos,  Vivien)

 

Pour les collègues parisiens/de passage à Paris:

Nous proposons aux personnes intéressées de prendre ensemble le train depuis la gare du Nord à 10h25 (arrivée 11h47) le vendredi 11 janvier. 
 
Pour faciliter l’organisation et effectuer une éventuelle réservation commune à l’hôtel le vendredi 11 au soir, nous vous serions reconnaissants de vous signaler auprès des secrétaires (carine.barbafieri@gmail.com et lise.michel@unil.ch) dès que possible si vous pouvez être des nôtres pour ce voyage.
 
Au plaisir de vous revoir à cette occasion, avec nos amicales salutations,
 
Jean-Robert Armogathe, Président
Carine Barbafieri et Lise Michel, Secrétaires de la Société d’Etude du XVIIe siècle
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